JPM - Films vus - Notules -  Novembre 2010

Notules - Novembre 2010

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : Submarino – Festen – Be bad !Youth in revoltSix feet underAmerican tripGet him to the Greek – The hanghover – Very bad trip – L’année dernière à Marienbad – Inception – Festivus Festivus – La passion du Christ – Expendables : unité spécialeThe expendables – Salt – Une famille très moderneThe switchLe dernier été de la BoyitaEl último verano de la Boyita – Very bad cops – The other guys – La femme infidèle – Que la bête meure – Le boucher – La rupture – Tron (2010) – Tron: Legacy – Tron (1982) – Avatar – L’apprenti sorcierThe sorcerer’s apprenticeL’apprenti sorcierPoetryShiThe townThe housemaid (2010)The housemaid (1960)HanyoCyrus – Hors-la-loi – Indigènes – Une ChinoiseShe, a chineseMourir comme un hommeMorrer como um homemSimon Werner a disparu...Ces amours-làDouble take – Les oiseaux – Psychose – Soldat de papierBumazhnyy soldatSans queue ni tête

Personnes citées : Thomas Vinterberg – Jean-Pierre Cassel – Miguel Arteta – Michael Cera – Jacques Perrin – Gaspard Ulliel – Martin Scorsese – Kar Waï Wong – Nicholas Stoller – Judd Apatow – Fabrice Luchini – Philippe Muray – Élisabeth Lévy – Mel Gibson – Sylvester Stallone – Arnold Schwarzenegger – Nicolas Sarkozy – Tom Cruise – Angelina Jolie – Jennifer Garner – Jennifer Aniston – Jason Bateman – Guy Ritchie – Jude Law – Julia Solomonoff – Claude Chabrol – Jeff Bridges – James Cameron – Jon Turteltaub – Paul Dukas – Nicolas Cage – Monica Bellucci – Chang-Dong Lee – Ben Affleck – Sang-soo Im – Ki-young Kim – Rachid Bouchareb – Samy Naceri – Jamel Debbouze – Bernard Achour – Xiaolu Guo – Joao Pedro Rodrigues – Fabrice Gobert – Claude Lelouch – David O. Selznick – Alfred Hitchcock – Jean Cocteau – Judith Magre – Sergueï Rachmaninoff – Liane Foly – Zinedine Soualem – Samuel Labarthe – Gilles Lemaire – Raphaël – Laurent Couson – Francis Lai – Ki-young Kim – Johan Grimonprez – Alfred Hitchcock – Alexei German Jr – Youri Gagarine – Jeanne Labrune – Isabelle Huppert – Arthur Penn – Tony Curtis – Édith Piaf – Jean Cocteau – Federico Fellini – River Phoenix

Submarino

Mercredi 1er septembre 2010

Réalisé par Thomas Vinterberg

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 13 février 2010

Sorti en France le 1er septembre 2010

Le réalisateur avait triomphé avec Festen, en 1998. De ses films suivants, deux seulement ont été diffusés en France, mais ils n’ont eu aucun succès. Submarino, sorti très discrètement (seulement six salles à Paris), aura peut-être son petit succès, mais il est austère et n’a pas l’intérêt de Festen, dont le scénario reposait sur une histoire de pédophilie et d’inceste, ce qui ne pouvait que plaire. Une pièce en a d’ailleurs été tirée, qui a été jouée à Paris par Jean-Pierre Cassel.

Deux jeunes garçons tentent d’élever leur petit frère, un bébé dont leur mère alcoolique ne s’occupe pas. Mais le bébé meurt. Des années plus tard, les deux frères ont mal tourné, puisque chacun a fait de la prison. L’aîné a été quitté par sa femme et tente de protéger son ex-beau-frère, obèse et vierge ; le cadet se drogue et devient vendeur d’héroïne pour pouvoir gagner l’argent lui permettant d’élever son propre fils. Il retourne en prison et se suicide, tandis que son frère, amputé d’une main, s’occupera de son jeune neveu.

C’est une histoire sur les pauvres, tous ceux qui n’ont aucune chance de s’en sortir. Pas joyeux, on s’en doute, mais digne d’intérêt. Vinterberg, qui a renoncé à la charte Dogma inventée par Lars Von trier (lequel ne l’a jamais utilisée), filme tout cela de façon très classique, dans une Copenhague lugubre, ce que la ville n’est pas.

En bref : à voir.Haut de la page

Be bad !

Jeudi 2 septembre 2010

Réalisé par Miguel Arteta

Titre original : Youth in revolt

Sorti en France (Festival de Deauville) le 11 septembre 2009

Sorti en France le 1er septembre 2010

Encore un titre faussement original, par lequel les distributeurs français remplacent le véritable titre, dont on pense que ces ploucs de spectateurs ne le comprendraient pas. Bref, le vrai titre signifie « Jeunesse révoltée », mais comme personne en France ne connaît le mot youth, n’est-ce pas ?...

Miguel Arteta a réalisé beaucoup de téléfilms, dans des séries célèbres comme Six feet under. Son interprète, Michael Cera, lui, est doté d’une bonne bouille sympathique et d’un physique juvénile qui le vouent aux rôles de jeune garçon vierge, boulet qu’il va sans doute traîner jusqu’à l’âge de trente ans (il en a vingt-deux), comme naguère Jacques Perrin. On lui écrit donc des scénarios sur mesure.

Ce film suit strictement les canons du genre, et ne réserve aucune surprise ni aucune audace. Mais on le voit sans déplaisir, en dépit d’une seconde moitié plutôt ratée. Contraste absolu avec Submarino, ceci expliquant sans doute cela.

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Bleu, de Chanel

Jeudi 2 septembre 2010

Depuis quelques jours, les télévisions diffusent un spot de pub au profit du parfum Bleu, de Chanel. Pas de surprise, tout y est bleu, de ce bleu « rasoir électrique » lancé il y a quelques années dans la publicité, et dont on espérait bien être débarrassé après quelques années de coloriage et de bariolage. Ben non.

En dépit des plans très courts, comme c’est la mode pour plaire aux djeunz, on reconnaît l’acteur principal, Gaspard Ulliel, qui, après bien d’autres, a vendu sa physionomie aux publicitaires. Dommage, on le trouvait sympathique jusque là. Mais du coup, plus du tout. Et d’autant moins que ce garçon ne sait pas se déplacer : quand il marche, le haut de son corps se balance, gauche-droite, gauche-droite, comme chez les voyous de cinéma. Aurait-il avalé un métronome ?

Or ces spots disparates font partie d’un film nettement plus long, qui ne passe, jusqu’ici, que dans les salles de cinéma. Et là, apothéose, non seulement un générique de fin confirme que l’acteur est bien Ulliel, mais, de plus, il fournit le nom du réalisateur : Martin Scorsese !

Voilà donc un homme qui a longtemps passé pour un artiste (bien que je soutienne qu’il est devenu un fruit sec depuis vingt-cinq ans), et qui, non seulement vend le peu de talent qui lui reste aux marchands du temple, mais ressent le besoin de le faire savoir. Un grand bravo ! Jusque là, un seul réalisateur avait eu le culot de se ridiculiser en signant un spot de pub, d’ailleurs minable, pour un téléviseur, un écran aussi plat que son film, et c’était Kar Waï Wong. À présent, ils sont deux. Vous pariez que l’épidémie va s’étendre ?

American trip

Vendredi 3 septembre 2010

Réalisé par Nicholas Stoller

Titre original : Get him to the Greek

Sorti au Kazakhstan le 3 juin 2009

Sorti en France le 1er septembre 2010

Cela commence à devenir pénible. Parce que The hanghover a été rebaptisé « Very bad trip » et que cette comédie a marché, les distributeurs rebadigeonnent tout à coups de bad et de trip, vu que les Français connaissent ces mots. Hier, c’était Be bad !, aujourd’hui, c’est American trip. Vite, messieurs, profitez-en pour ressortir L’année dernière à MarienBAD ! Le véritable titre de ce film est donc Get him to the Greek, ce qui ne signifie pas « Envoie-le chez les Grecs », mais « Emmène-le au Greek », lequel est un théâtre.

Cela précisé, on n’est pas surpris de retrouver, au générique de fin, Judd Apatow comme producteur, car ce film est assez vulgaire, truffé de gags et de répliques scatologiques ou obscènes. La mode actuelle est ainsi. Et, alors que le début, qui montre la genèse d’une chanson populaire caressant le public dans le sens du poil, African child, est assez réjouissant, la suite est très peu inattendue et incite fortement au sommeil réparateur.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Dictature du vacarme

Samedi 4 septembre 2010

J’y ai fait une courte allusion dans ma critique d’Inception, mais l’actualité... théâtrale m’incite à y revenir. En effet, Fabrice Luchini est à l’affiche, il va lire au Théâtre de l’Atelier, à partir du 7 septembre, des textes de Philippe Muray, un esprit libre s’il en était (il est mort il y a quatre ans et demi, je le signale).

Or, dans ses conversations avec Élisabeth Lévy, publiées sous le titre Festivus festivus, Muray parle longuement du film de Mel Gibson La passion du Christ, et déclare qu’il ne voit plus les films en salles, mais chez lui. Je cite : « Je ne supporte plus depuis longtemps l’enfermement dans une salle, ni le sinistre dressage par le bruit qui transforme n’importe quel spectacle en rave. Je ne vois pas pourquoi je subirais, sans y être obligé, l’ensemble des intimidations monstrueuses (vacarme systématique, montage cardiaque, récit stroboscopique, atteintes directes au système nerveux, etc.) par lesquelles l’art cinématographique en perdition depuis pas mal de temps essaie de retenir le spectateur en anéantissant pour commencer sa liberté critique. Entrer dans une salle obscure, c’est accepter de s’exposer à un genre de technique de l’étourdissement qui ressemble à celle précédant la mise à mort des animaux de boucherie. [...] Il y a donc longtemps que je ne vais plus au cinéma, une dizaine d’années au moins, puisqu’il est impossible d’y baisser le son ».

Naturellement, il y avait dans cette diatribe un peu de pose, comme toujours chez Muray, mais le fond est pertinent. Je me souviens d’avoir ressenti un véritable malaise durant la projection d’Inception, aggravé par le genre de son que produit le procédé Imax, et qui ressuscitait ce vieux truc de foire des années soixante-dix, le Sensurround. Tout ça est détestable, et le son ou la musique des films à grand spectacle est certainement ce qui me gêne le plus. Car, si on peut fermer les yeux face à des images pénibles, on ne peut se crever les tympans.

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Expendables : unité spéciale

Lundi 6 septembre 2010

Réalisé par Sylvester Stallone

Titre original : The expendables

Sorti aux États-Unis le 3 août 2010

Sorti en France le 18 août 2010

Ainsi donc, Son Excellence monsieur le gouverneur de Californie a daigné faire un caméo (pour ceux qui ne connaissent pas ce terme, il s’agit d’un rôle minuscule tenu par une grande vedette, qu’en général on ne mentionne pas au générique) dans le film de son ennemi intime Stallone. Il ne joue certes pas de ses muscles, ne reste qu’une minute, et se contente d’inviter la vedette à dîner... « dans mille ans », à quoi l’invité rétorque « C’est encore trop tôt », avant de commenter, une fois l’autre parti : « Son défaut ? Il a envie d’être président ». Ces deux-là s’adorent toujours.

Ce film est de pure distraction, et raconte comment un commando de types fauchés (mais qui ne semblent pas manquer de moyens financiers !) va combattre, dans une petite île des Caraïbes nommée Vilena, un général dictateur qui s’est mis en cheville avec un gros trafiquant de drogues, magouille dont le principal adversaire est sa propre fille. Ayant dû s’échapper en catastrophe en abandonnant la fille aux mains du trafiquant, Stallone, pris de remords, revient sur les lieux et casse tout.

On voit qu’il est inutile de se rendre au cinéma muni d’un tube d’aspirine, nous ne sommes pas dans Inception. Mais le film est sympathique, efficace, et me donne l’occasion de préciser que, contrairement à la quasi-totalité des médias, je ne me moque pas de Stallone. Certes, je me suis payé la tête de ce ministre idiot qui l’avait décoré de l’Ordre du Mérite lors d’un de ses passages à Paris – je m’étais demandé en quoi Syl méritait ce Mérite –, mais d’autres ont fait bien pis que ce ministre, par exemple Sarkozy, en recevant à l’Élysée monsieur Tom Scientology Cruise... Et puis, on ne peut ignorer que les deux derniers films de Stallone sont bons, et surtout, n’abusent pas de l’alibi traditionnel, la Défense du Monde Libre, comme le fait le ridicule Salt, avec Angelina Jolie dans le rôle de Jennifer Garner. La preuve, ici, le salaud est un ancien de la CIA.

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Une famille très moderne

Mardi 7 septembre 2010

Réalisé par Josh Gordon et Will Speck

Titre original : The switch

Sorti en Israël et en Russie le 19 août 2010

Sorti en France et en Belgique le 25 août 2010

Jennifer Aniston se sent vieillir ; ou plutôt Kassie, son personnage d’intervieweuse pour la télévision (bizarre, on ne la voit jamais travailler). Elle voudrait un enfant avant que ce soit trop tard, mais n’a trouvé aucun homme convenable. Alors, elle se décide pour l’insémination artificielle, et déniche par petites annonces un donneur épatant, beau, intelligent, sportif et tout, Roland, que l’artistiquement correct oblige à présenter comme ennuyeux, car vous ne voudriez quand même pas qu’il ait tout. Mais son ami de toujours, Wally, qui n’ose pas lui avouer son amour car il a « laissé passer sa chance », comme on dit au cinéma (il faut dire qu’il est un peu névrosé), est jaloux. Complètement ivre, il remplace subrepticement le sperme du donneur par le sien – d’où le titre, qui signifie dans ce cas « l’échange » –, et nul ne s’en aperçoit. De son côté, dégrisé le lendemain, il a tout oublié. Enceinte, Kassie quitte New York et ne revient que sept ans plus tard, avec un petit garçon, Sebastian, plutôt surdoué, névrosé lui aussi, donc tout le portrait de son vrai père !

Ce n’est pas le genre de film qui réserve quelque surprise que ce soit, puisqu’on a deviné dès la première scène que Kassie et Wally vont finir par s’aimer, se marier et former, quoique avec retard, la Famille Idéale – idéale selon les canons du cinéma d’Hollywood. Le public s’attache surtout au personnage de Wally, joué par un acteur atypique, Jason Bateman, et à la lente amélioration de ses rapports avec son fils, qui commencent plutôt mal : lorsqu’il refuse de manger un somptueux canard rôti qui a coûté 84 dollars, et déclare qu’il détestera quiconque en mangera, pour exiger à la place du riz blanc avec une sauce au soja, notre instinct de Français se révolte, et on le giflerait volontiers !

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Après Scorsese, Ritchie

Mardi 7 septembre 2010

Je l’avais parié il y a cinq jours seulement (relisez plus haut) : après le film publicitaire sur le parfum de Chanel, fabriqué par Scorsese, on ne pouvait pas manquer la suite obligée. Cette fois, c’est Guy Ritchie qui fabrique un autre film sur un autre parfum, de Dior cette fois. Et la vedette est Jude Law. Ça tombe bien, le premier a fait jouer le second dans un film sur Sherlock Holmes, l’année dernière. Et comme précédemment, un générique de fin nous informe de ces détails essentiels (les cons disent « incontournables »). Réalisation qui se borne d’ailleurs à quelques gros plans sur des visages, et à une vue prise devant la Tour Eiffel. On a manqué d’argent, pour cette production ?

À suivre...

Les publicitaires, qui se prennent tous pour des génies créateurs, croient-ils vraiment le public assez bête pour s’identifier à Jude Law, jusqu’à croire qu’en achetant un parfum, tous les hommes vont lui ressembler ?

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Revolver

Mercredi 8 septembre 2010

Je ne vais pas parler d’un film (c’est pourquoi il n’y a pas, ci-dessus, le petit logo d’un bout de pellicule signalant les critiques de films), mais d’une affiche qui me donne l’occasion de me payer encore une fois la tête de Guy Ritchie, comme hier. Voyez :

 

Revolver

 

Donc, nous sommes d’accord, le film s’intitule « Revolver », c’est écrit assez gros. Mais l’affiche ne montre pas le moindre revolver, elle montre... deux pistolets. Je croyais que seuls les Français ignoraient la différence entre revolver et pistolet, ces deux ustensiles utilitaires, mais non, aux États-Unis, ils ne savent pas non plus !

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Le dernier été de la Boyita

Vendredi 10 septembre 2010

Réalisé par Julia Solomonoff

Titre original : El último verano de la Boyita

Sorti en Argentine le 30 mars 2009

Sorti en France le 8 septembre 2010

Cette Boyita est une caravane (pour vacanciers, pas pour chameliers) garée dans le jardin familial d’un médecin, et ne joue aucun rôle dans le récit. Ce médecin a deux filles, l’aînée qui commence à courir les mâles, et la cadette, qui découvre son corps et s’entiche d’un jeune garçon, d’environ treize ans, Mario, qui s’occupe, lui, de chevaux, ne va plus à l’école et appartient à une classe sociale inférieure à la sienne.

Mais on va découvrir très graduellement que le garçon, qui couvre sa poitrine d’un bandage, ne se baigne en aucune occasion et saigne parfois entre les jambes, est en réalité une fille.

L’histoire, qui démarre très lentement, agace au début, à cause de la caméra portée. Et lorsque l’énigme est dévoilée, plus rien ne se passe, car le film s’arrête sans conclure. Tout est centré sur les deux enfants, cette fille curieuse et ce garçon renfermé qui finit par s’ouvrir un peu. Mais le tout est un peu frustrant.

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Faux titres en anglais

Vendredi 10 septembre 2010

Qu’est-ce que je disais ? Selon les distributeurs, les Français ne connaissent que trois mots d’anglais, donc on rebaptise avec ce vocabulaire de protozoaire tous les films qui sortent. Après le faux Very bad trip et le faux American trip, voici que s’annnonce, pour le 27 octobre, un faux Very bad cops (toujours very bad, donc). Le film, en fait, s’intitule The other guys, mais il ne faut pas attendre de ces crétins de spectateurs qu’ils soient capables de traduire, pas vrai ? Alors on leur ressert la soupe qu’ils ont avalée mille fois. Après tout, puisque personne ne s’insurge...

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Chabrol

Dimanche 12 septembre 2010

La journée commence mal : Claude Chabrol est mort ce matin, à l’âge de 80 ans. Certes, il ne faisait plus de bons films depuis 1970 (quatre en deux ans, 1969 et 1970 : La femme infidèle, Que la bête meure, Le boucher et La rupture) – et quarante ans de navets, c’est quelque chose de quasi-unique puisque seul Lelouch a fait pis –, mais il nous faisait bien marrer avec les mensonges énormes qu’il donnait à gober aux journalistes.

Retenons cette citation : « Nous vivons une époque où les pizzas arrivent plus vite que la police ».

Fin.

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Tron

Dimanche 12 septembre 2010

Reçu avant-hier une invitation pour aller voir, jeudi aux Champs-Élysées, un extrait de Tron, qui sortira en France... le 2 février 2011 ! Mais le 16 décembre 2010 en Argentine, en Australie, en Allemagne, en Israël, en Malaisie, en Russie et à Singapour, ce que je trouve très vexant pour nous autres Français, qui sommes tout de même les plus grands amateurs de cinéma in the world.

Le film, en fait, s’intitulera Tron : Legacy, car il y a déjà eu un Tron en 1982, produit par la firme Disney, où jouait au moins une vedette, Jeff Bridges, alors que la nouvelle version, réalisée par un inconnu, est interprétée par des inconnus aussi.

Quel intérêt, dans ce cas ? Strictement aucun, sinon que cette nouvelle version sera en 3D, vous l’auriez parié, et selon le fameux procédé Imax qui m’avait si bien cassé les oreilles (et les pieds) lors de la projection d’Inception, en juillet à Ivry. J’ajoute qu’Inception était justement précédé d’une bande-annonce de ce Tron, et qu’il avait fallu distribuer des lunettes aux spectateurs rien que pour cette chose, alors qu’Inception n’était pas en 3D ! D’où un quart d’heure de récupération des gadgets à l’entracte... Gag : il n’y a pas à Paris une seule salle permettant l’Imax, comme je l’ai déjà noté.

Cette invitation pour le nouveau Tron, je me suis empressé de n’y pas répondre, car l’extrait annoncé durera... huit minutes ! Aller aux Champs-Élysées pour cela... Et puis, huit minutes de 3D, qui pourrait supporter cette épreuve ? Profitons-en pour noter que James Cameron, qui avait naguère fait une avant-première de seize minutes et au même endroit pour son Avatar, a ressorti ce film, déjà trop long, avec encore huit minutes supplémentaires, et que les spectateurs ne se sont pas bousculés pour aller voir cette nouvelle mouture. Le monde est mal fait.

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L’apprenti sorcier

Lundi 13 septembre 2010

Réalisé par Jon Turteltaub

Titre original : The sorcerer’s apprentice

Sorti au Canada (Fantasia Film Festival) le 8 juillet 2010

Sorti en France le 11 août 2010

L’enchanteur Merlin, victime de la fée Morgane, a pu léguer avant de mourir ses secrets à Balthazar, et lui confier la mission de rechercher le « premier Merlinien ». Quelques siècles plus tard, Balthazar le retrouve... à New York – c’est tout naturel –, de nos jours, dans la peau d’un étudiant féru de physique. Mais le disciple de Morgane, un affreux sorcier nommé Horvath, l’a suivi.

Tout le reste n’est que confusion, vacarme et trucages numériques. On a voulu, néanmoins, caser une séquence illustrant le fameux conte de L’apprenti sorcier, mis en musique par Paul Dukas, mais la partition qui accompagne cette séquence est un arrangement médiocre.

Nicolas Cage, une fois de plus, a un rôle alimentaire, et Monica Bellucci, qui n’a que quatre ou cinq minutes à la fin du film, parvient à se ridiculiser. Dire que, naguère, on l’avait prise pour une actrice !

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La pub s’affiche

Lundi 13 septembre 2010

Cela passe les bornes du ridicule. Jusqu’à présent, dans les halls des salles de cinéma, les seules affiches qu’on pouvait voir étaient des affiches de cinéma : soit pour un film, soit pour un festival. Eh bien, c’est changé. Maintenant, on peut y rencontrer des affiches... pour des spots de publicité !

J’ai mentionné, dans cette page, les deux micro-films publicitaires tournés par Martin Scorsese et Guy Ritchie, au profit de deux parfums pour hommes. Or il se trouve que les pubeux ont trouvé bon de faire fabriquer une affiche pour vanter le second de ces spots, celui avec Jude Law, pour le parfum Dior Homme. Cette affiche en 160×120, que j’ai pu admirer – avec la joie que vous imaginez – à l’UGC des Halles, est en tout point semblable à celle d’un film : photo de la vedette, titre du spot en grosses lettres, noms de l’acteur et du metteur en scène, et, je crois, mention du compositeur de la musique. Si elle est vue de pas trop près, les spectateurs s’y laissent prendre et croient à un véritable film.

J’attends impatiemment la suite logique de ce foutage de gueule : voir sur les écrans un film expliquant comment on a fabriqué l’affiche. Le making of, comme disent les Français. Au point où on en est...

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Poetry

Mardi 14 septembre 2010

Réalisé par Chang-dong Lee

Titre original : Shi

Sorti en Corée du Sud le 13 mai 2010

Sorti en France le 25 août 2010

Certes, la traduction du titre coréen est exacte, mais pourquoi la donner en anglais ?

Mija est une grand-mère coréenne qui travaille en province comme bonne à tout faire chez un vieillard quasi-impotent qu’on appelle « Monsieur le président » et qui ne refuserait pas de sa part un dernier service sexuel, ce pour quoi il s’est procuré du Viagra. Indignée, elle a refusé et quitté son emploi. Mais les circonstances vont l’obliger à faire marche arrière. En effet, le petit-fils qu’elle élève, un parfait crétin boutonneux, sale et cossard, coincé devant la télé et les jeux vidéo, a participé, pendant six mois, à un viol collectif, avec cinq copains, sur une de leur camarade de classe, qui s’est suicidée. Il faut indemniser la mère de la victime pour qu’elle retire sa plainte, et Mija n’a pas d’argent. Alors, elle fait un peu chanter son ex-employeur, qui raque.

C’est la partie la plus intéressante de l’histoire, qui en comporte deux autres : Mija commence à être atteinte de la maladie d’Alzheimer, et elle veut apprendre à écrire de la poésie, ce pour quoi elle n’a guère d’aptitudes. On a donc beaucoup glosé sur la poésie comme remède à la maladie affectant la mémoire, mais je confesse n’avoir pas pris au sérieux cet épisode, qui a fait pousser des cris d’admiration à la critique. Le film s’achève ainsi, et malheureusement, sur une longue récitation d’un poème, en voix off, accompagnant des images en flashback de la jeune suicidée.

Il est néanmoins sauvé par l’ambigüité de son dénouement : deux policiers viennent arrêter le jeune violeur, en dépit de l’indemnisation, et sa grand-mère, qui a commencé une partie de badminton avec le premier policier qu’elle connaît un peu, laisse l’autre emmener son petit-fils sans aucune réaction et sans interrompre sa partie. On croit comprendre qu’elle l’a dénoncé pour lui apprendre à vivre, mais rien n’est exprimé. Nous sommes très loin des actions primaires et violentes qui constituent les deux tiers du cinéma d’aujourd’hui.

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The town

Mercredi 15 septembre 2010

Réalisé par Ben Affleck

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 8 septembre 2010

Sorti aux États-Unis le 14 septembre 2010

Sorti en France le 15 septembre 2010

Réalisateur et vedette, Ben Affleck ne s’est foulé ni pour le titre, ni pour le scénario, écrit avec deux co-scénaristes : un mauvais garçon, qui a dévalisé avec trois complices une banque de sa ville, a pris en otage la jeune directrice de la banque, puis l’a relâchée quand tout danger était écarté. Hélas, elle habite le même quartier qu’eux, et il ne tarde pas à la rencontrer. Évidemment, ils tombent amoureux. Après bien des péripéties, dont un autre vol à grand spectacle dans un stade et quelques carambolages et tueries, il décide de « changer de vie » (sic), quitte la ville et lui laisse l’argent volé.

Le film n’est pas mal réalisé, mais il reste cantonné dans les limites imposées par les canons du genre.

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The housemaid

Jeudi 16 septembre 2010

Réalisé par Sang-soo Im

Titre original : Hanyo

Sorti en Corée du Sud le 13 mai 2010

Sorti en France (Festival de Cannes) le 14 mai 2010, puis en salles le 15 septembre 2010

« Pardonnez-moi d’avoir couché avec vous alors que vous êtes si supérieur à moi », dit à son patron la jeune et jolie bonne à tout faire. Mais, au contraire de ce qu’ont cru voir les critiques bien-pensants, celui-ci n’a nullement exercé sur elle un quelconque droit de cuissage : c’est bien elle, pas si naïve, qui lui a ôté son pantalon de pyjama et s’est jetée sur l’objet de ses convoitises alors dévoilé, en soupirant « Oh, que j’adore cette odeur ! ».

Bref, la jeune et jolie bonne se retrouve enceinte, alors que sa patronne l’est aussi. Mais la mère de celle-ci tente de la tuer, rate son coup, et la fait avorter avec la complicité de sa fille. Finalement la bonne organise un suicide spectaculaire, en se pendant à un lustre et en se mettant le feu !

Le dénouement montre la famille, quelques années plus tard, pas du tout traumatisée.

Le film est le remake d’un autre film coréen en noir et blanc, portant le même titre, datant de 1960, et réalisé par Ki-young Kim. Ce film, que je n’ai pas vu mais que je vais tâcher de voir, est chargé d’une réputation étrange, car il oscillait entre le ridicule, les audaces et le plastiquement sublime – dit-on. Le remake, très peu audacieux finalement, est du Chabrol en plus violent, et réussi. Ce film montre à quel point les Asiatiques sont doués pour raconter des horreurs de la manière la plus raffinée qui soit, et c’est sa principale qualité, puisque le scénario ne tient pas la route. Mais on a du mal à condamner le très riche patron, qui est si beau et qui joue si bien les sonates de Beethoven !

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Cyrus

Vendredi 17 septembre 2010

Réalisé par Jay Duplass et Mark Duplass

Sorti aux États-Unis( Festival de Sundance) le 23 janvier 2010

Sorti en France le 15 septembre 2010

Ils se sont mis à deux (frères) pour écrire le scénario et le filmer ! Le scénario tiendrait au dos d’un timbre-poste : un brave type, pas très brillant, divorcé, fait la connaissance d’une femme avec laquelle il pourrait refaire sa vie, mais elle est pourvue d’un fils de 22 ans, obèse, qui se croit musicien, et surtout, ne songe qu’à écarter tous les prétendants de sa mère. Il s’efforce donc sournoisement de briser cette relation, et on s’attend à un affrontement sanglant. Mais, subitement, il... s’excuse et réintègre l’intrus au foyer de sa mère. Le film sombre donc dans la sentimentalié niaise.

La réalisation ? Je n’ai rien vu depuis longtemps d’aussi mal filmé : caméra portée gigotante, zigzags incessants d’un visage à l’autre, montage haché, cadrages hésitants (petit coup de zoom avant, petit coup de zoom arrière, puis on repart vers l’avant, on dirait un gars de quinze ans faisant ses premiers essais avec le caméscope reçu pour son anniversaire), et surabondance des gros plans sur des visages qui n’en méritent pas tant.

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Pas de Hors-la-loi

Dimanche 19 septembre 2010

Je n’irai pas voir Hors-la-loi, le film de Rachid Bouchareb, parce que je m’abstiens de voir et de lire tout ce qui se rapporte, de près ou de loin, à la guerre d’Algérie. Mais cela ne m’empêche pas de remarquer que, si le réalisateur a repris trois des quatre interprètes de son précédent film Indigènes (assez absurdement récompensés par un prix d’interprétation collectif qui ne veut rien dire), il a, cette fois, « oublié » d’engager Samy Naceri, qui était peut-être occupé ailleurs, dans un endroit où il va souvent, nous dit-on.

À ce propos, j’avais sans doute été le seul à écrire que, pour Indigènes, donner à Jamel Debbouze le rôle d’un lanceur de grenades pendant la Deuxième Guerre Mondiale était une absurdité totale. Je n’ai rien contre ce garçon – même s’il ne m’a jamais fait rire, car je ne considère pas la tchatche comme un indice de talent –, mais enfin, il a le bras droit complètement amoché par un accident, ne peut absolument pas s’en servir, et les chefs d’une armée qui recruteraient un infirme et lui confieraient le soin de lancer des grenades seraient à enfermer au pavillon des fous : une telle recrue, non seulement serait inefficace, mais elle mettrait en danger la vie de ses camarades !

Il a fallu attendre la parution, ce mois-ci, du canard publicitaire de l’UGC, cet « Illimité » que je cite volontiers comme un brûlot mettant dangereusement en péril nos zygomatiques – tant son rédacteur manie la brosse à reluire et le cliché avec une légèreté de plomb –, pour y trouver enfin une timide et tardive remise en question de ce choix ridicule, mentionnant « cette main longtemps invisible, obstinément enfoncée dans la poche de son pantalon où qu’il apparaisse (même son soldat d’Indigènes arbore cette infirmité, ce qui, il faut oser le dire, n’est absolument pas crédible) ». Le cher Bernard Achour, auteur qui « arbore » cette phrase, a enfin « osé »... avec seulement quatre ans de retard !

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Une Chinoise

Lundi 20 septembre 2010

Réalisé par Xiaolu Guo

Titre original : She, a Chinese

Sorti en Suisse( Festival de Locarno) le 14 août 2009

Sorti en France le 8 septembre 2010

Li Mei n’est jamais sortie de son village de Chongqing, et vit de petits boulots. Elle repousse un beau garçon débrouillard, mais se fait violer par un camionneur. Puis elle part à la grande ville, est engagée dans un salon de coiffure qui fait également office de maison de prostitution. Il faut croire que cela rapporte, puisqu’elle peut bientôt aller jouer les touristes à Londres. Là, elle trouve un travail, mais ne peut toucher son salaire, puisqu’elle n’a pas le droit d’ouvrir un compte en banque (évidemment, avec un simple visa de touriste...). Pour résoudre ce problème légal, elle ne trouve rien de mieux que d’épouser un Britannique, professeur de mathématiques à la retraite, mais elle est malheureuse parce qu’il ne cesse de penser à sa femme défunte et qu’il est impuissant. Elle le trompe avec le patron d’un petit restaurant, un Indien musulman, qui la met enceinte. Quand il déclare qu’il veut retourner en Inde, elle n’ose pas lui avouer sa grossesse. Le film s’arrête là.

Seuls les treize intertitres apportent un peu d’humour à ce film qui par ailleurs est laid, misérabiliste, où il ne se passe rien d’intéressant, où aucun personnage n’est attachant, surtout pas Li Mei, plus velléitaire qu’autre chose : on a compris qu’elle veut s’en sortir, très bien, mais que fait-elle pour cela ? Elle est plus sotte qu’entreprenante. La réalisatrice, romancière et cinéaste qui vit à Londres, nous dit-on, a mis beaucoup d’elle-même dans le cheminement de son personnage.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Mourir comme un homme

Mardi 21 septembre 2010

Réalisé par Joao Pedro Rodrigues

Titre original : Morrer como um homem

Sorti en France( Festival de Cannes) le 22 mai 2009

Sorti en France le 28 avril 2010

Au début du film, que j’ai vu cinq mois après sa sortie, des hommes en uniforme et armés déambulent silencieusement dans un bois. Puis deux d’entre eux se détachent, s’embrassent, et une sodomie s’ensuit. Cela fait, l’actif fait une plaisanterie sur le père du passif, qui l’abat avec son arme. Cet épisode n’aura aucune suite dans le récit. On suppose qu’ensuite, le personnage qu’on va suivre jusqu’au bout est le père en question, qui s’avère être Antonio, travesti sous le nom de Tonia, vedette depuis vingt ans d’un cabaret de travestis à Lisbonne, et qui songe à changer de sexe pour plaire à son jeune amant, Rosário, drogué, qui l’aime mais le houspille. Le fils de « Tonia » reparaît épisodiquement et, très homophobe, semble mépriser son père ; est-ce bien lui (on ne voyait pas les visages) qui a tué le soldat qui le raillait ? Mais Tonia est menacée de perdre son travail, car la nouvelle génération est déjà là. Pour ne rien arranger, ses implants mammaires se sont infectés. Bientôt, Tonia agonise à l’hôpital, et exige d’être enterré(e) dans un costume d’homme. Il – ou elle – le sera, près de Rosário, mort lui aussi d’une overdose d’héroïne.

Le film, infiniment trop long (2 heures et 13 minutes), n’est pas gai. On se perd aussi sur les intentions de l’auteur, qui filme bien, montre de la sympathie pour ses personnages, mais ne sait pas résister à ses fantasmes, lesquels n’intéressent que lui ; par exemple, filmer des personnages immobiles dans une forêt, la nuit, pendant toute la durée d’une chanson lugubre. Naturellement, les thuriféraires du film y ont vu une séquence poétique. Passons.

Manifestement, le film est destiné à une clientèle exclusivement homosexuelle et ne passe que dans des salles spécialisées.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Simon Werner a disparu...

Jeudi 23 septembre 2010

Réalisé par Fabrice Gobert

Sorti en France( Festival de Cannes) le 20 mai 2009

Sorti en France le 22 septembre 2010

« Disparu », au sens de « cher disparu », puisque le corps de ce lycéen est retrouvé dans les bois par une de ses camarades de classe, et qu’on le voit, peu avant la fin, se faire poignarder par un individu dont on ne saura rien (« Un homme de 46 ans », dit la radio), et surtout pas le motif de son acte. Le film pèche donc gravement de ce côté, car il est universellement exigé que, dans une histoire de meurtre, l’assassin ne soit pas un personnage que le public n’a jamais rencontré dans le cours du récit.

Cette réserve faite, le procédé consistant à raconter une histoire quatre fois, en changeant de témoin et donc de version, n’épate guère que ceux qui ne l’ont jamais vu employé, or il ne fonctionne qu’à condition de trouver une histoire et des personnages intéressants... ce qui n’est pas le cas ici, puisque la totalité, sauf un, des lycéens montrés dans le film brillent par leur médiocrité.

L’histoire n’est pas contemporaine (le dossier de presse dit « en mars 1992 ») : si on parle de sida, il n’y a en revanche ni téléphones portables, ni Internet, et la musique est écoutée à partir de disques vinyle 45-tours, ce qui serait très surprenant l’année susdite, alors qu’à cette date, le CD se trouve dans le commerce depuis plus de dix ans ! La réalisation est techniquement soignée, même si on peut y relever un faux raccord, mineur mais surprenant : dans le premier récit, Ravier dit à Legrand « Elle est bonne, ta mère », et dans le troisième, qui montre la même scène,  « Elle est belle, ta mère ». Mais c’est l’illustration d’un des griefs qu’on peut adresser au film : l’univers du lycée est vu au ras de terre, et ces lycéens n’ont aucune épaisseur, aucune envergure, aucune aspiration ; on payerait pour ne pas les rencontrer.

Et puis, le scénario parle au début de trois disparitions, mais c’est une fausse piste, seul Simon disparaît. Comme souvent dans le cinéma français, on escompte que le spectateur ne remarquera pas les négligences de la narration... Cette fausse piste n’est du reste pas la seule. Ainsi, quand Simon laisse quelques instants sa camarade, qui le voit remettre une enveloppe contenant de l’argent à l’entraîneur sportif, elle croit à un louche trafic. Mais non, il n’a fait que lui acheter un jeu vidéo ! À quoi cela rime-t-il ?

Un mot sur les acteurs, que tout le monde estime excellents. Mille pardons, mais à l’âge qu’ils ont, reproduire dans leur jeu les manières et le langage de lycéens dont ils sont si proches, ce n’est pas précisément un exploit. S’ils avaient joué du Shakespeare ou du Marivaux, l’exploit serait authentique, mais là...

Enfin, rions avec « Télérama », qui qualifie le film de « polar ». Cette manie de coller n’importe quelle étiquette – surtout inadéquate – sur les œuvres devient risible, à la longue. D’autres parlent de « thriller », ce qui ne vaut pas mieux, puisque ce terme désigne un film qui fait frissonner... de peur. Que tous ceux qui ont eu peur dans la salle lèvent le doigt !

*

Et maintenant, un commentaire de ce qui précède. J’ai donc, dès la première phrase, révélé le dénouement, ce qui ferait pousser des cris d’horreur à Jérôme Garcin, le Monsieur-il-ne-faut-pas-raconter-la-fin de France Inter. Mais l’auteur du film m’y incite, et doublement.

D’abord, parce qu’on découvre le cadavre dès la première séquence ; pas son visage, certes, mais le public sait déjà, à cet instant, que Simon a disparu, et qui d’autre pourrait être retrouvé mort dans un sous-bois, à ce stade du récit ?

Ensuite, parce que l’absence de toute explication à l’assassinat relègue cette mort violente au rang des accessoires : sans nécessité, elle n’a plus d’autre utilité que de justifier l’enquête filmique sur le meurtre !

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Ces amours-là

Vendredi 24 septembre 2010

Réalisé par Claude Lelouch

Sorti en Russie( Festival de Moscou) le 16 juin 2009

Sorti en France le 15 septembre 2010

Il n’y a pas lieu, comme le font certains imbéciles et autres ricaneurs systématiques, de « se payer Lelouch » à chaque sortie de ses films. Claude Lelouch a une grande culture cinématographique, et c’est un bon réalisateur. Il lui manque seulement ce que David O. Selznick fut à Hitchcock durant quelques années : un producteur expérimenté, pourvu de bon sens, qui lui serre la vis et l’empêche de donner vie à ses pires lubies, lesquelles sont à l’origine de certaines scènes idiotes. Citons-en quatre dans le présent film : la présence d’un Steinway, le meilleur et le plus cher piano du monde, dans... le modeste appartement d’une concierge (qui est aussi actrice, autre incongruité) ; la courte séquence de comédie musicale peu avant la fin, qui tombe là comme un cheveu sur la soupe ; la scène où un officier hitlérien joue La Marseillaise à l’accordina, dans un immeuble rempli de nazis éberlués ; et la tirade extraite de La voix humaine, pièce de Jean Cocteau, que Judith Magre récite dans le wagon qui l’emmène vers les camps de la mort, avec les autres prisonniers qui l’appplaudissent à la fin. Autre défaut, cette manie de caser des chansons, des airs de jazz, et même le premier mouvement du deuxième concerto de Rachmaninoff, et de les passer in extenso, sans faire grâce au spectateur d’un seul mot ou d’une seule note – ce qui, dans le cas de Rachmaninoff, ne colle pas du tout aux images de guerre que cette musique accompagne !

Cela dit, Lelouch est un réalisateur de type hollywoodien, qui bourre ses films de toutes les idées et références qui lui traversent l’esprit, et qui s’y prend souvent mieux que s’il travaillait à Hollywood. Je n’ai guère apprécié son interprète féminine, mais le duo Liane Foly-Zinedine Soualem en musiciens des rues est excellent, Samuel Labarthe est plausible en officier nazi, Gilles Lemaire est très sympathique en héritier richissime des machines à coudre Singer, le chanteur Raphaël est loin d’être insignifiant, et Laurent Couson, en avocat-pianiste, joue réellement du piano (il n’a pas de mérite, c’est aussi le compositeur de la musique du film. Lelouch avait déjà fait jouer son musicien, Francis Lai, dans deux de ses films).

Voyez le film, oubliez les préjugés, et faites-vous votre propre opinion.

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La servante

Samedi 25 septembre 2010

Réalisé par Ki-young Kim

Titre original : Hanyo

Sorti en Corée du Sud le 3 novembre 1960

Pas sorti en France

Film vu avec – c’est sans doute un record – un retard de... cinquante ans ! Et pas en salles, puisque le film ne se joue nulle part et n’est sans doute pas sorti en France. En fait, c’est la première version de The housemaid, que j’ai traité dans cette page, et dont je m’étais promis de voir l’original.

Cette vision laisse encore plus perplexe que le remake. La réalisation est correcte, la photographie, les éclairages, les cadrages, les mouvements d’appareil sont très bien faits, mais le scénario reflète la naïveté de l’époque, le comportement des personnages est à la fois sommaire et incohérent, et les acteurs jouent très mal, accentuant l’aspect de film d’horreur à deux sous qui domine tout, la musique renforçant d’ailleurs cette impression.

Dans cette histoire, vue comme l’illustration d’un article de journal relatant un fait-divers (un homme a trompé sa femme avec la servante de son ménage), la domestique n’est pas du tout une victime, c’est elle qui s’est jetée à la tête de son employeur, un modeste professeur de musique, et elle a supplanté la femme légitime. À la fin, l’homme se repent, et il exige de mourir auprès de sa femme.

Le film est constamment au bord du ridicule. Il n’a été restauré qu’en raison de la rareté des copies du cinéma coréen de l’époque, et Scorsese y a mis la main. On sait quel homme de goût il peut être...

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Double take

Lundi 27 septembre 2010

Réalisé par Johan Grimonprez

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 10 février 2009

Sorti en France le 22 septembre 2010

Film de montage d’archives essentiellement, qui laisse perplexe sur le but recherché. Le sujet est la guerre froide, plus particulièrement à l’époque de la crise de Cuba. Et sans doute parce qu’elle est à peu près contemporaine du film d’Hitchcock Les oiseaux, ce film est beaucoup mis à contribution, alors que la musique utilisée est principalement celle de Psychose.

Le résultat est assez confus et ne démontre rien. On sourit au début, puis on finit par s’ennuyer. L’utilisation de prétendus sosies d’Hitchcock n’arrange rien.

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Soldat de papier

Mercredi 29 septembre 2010

Réalisé par Alexei German Jr

Titre original : Bumazhnyy soldat

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 1er septembre 2008

Sorti en France le 15 septembre 2010

Ce titre s’explique sans doute par le fait que Youri Gagarine, le premier homme envoyé en orbite autour de la Terre par les Soviétiques le 12 avril 1961, était militaire, et que son exploit fit les gros titres des journaux. Il ne profita d’ailleurs pas longtemps de sa célébrité, puisqu’il mourut (dans un accident d’avion !) moins de sept ans plus tard.

Nous sommes donc sur la base de Baïkonour, où les six pilotes prévus pour le premier vol s’entraînent – entraînement dont on ne verra rien, à l’exception d’un accident mortel survenu à l’un d’eux, brûlé vif. On ne voit non plus aucune installation, aucun engin, rien... sauf, deux fois et dans le lointain, une fusée qui décolle. En fait, toute l’action est centrée autour d’un médecin chargé de veiller sur la santé des futurs cosmonautes, Daniel Pokrovsky, sa femme Nina et sa maîtresse Vera. Mais Daniel, que la perspective de sacrifier de jeunes hommes par simple gloriole patriotique n’enthousiasme pas, mourra de maladie et d’épuisement au moment même où la fusée emportant Gagarine s’envole. Les deux femmes décideront alors de vivre ensemble à Moscou, dans le souvenir de leur homme.

Les personnages parlent beaucoup pour expliciter ce qui précède, et surtout reniflent, toussent, crachent et fument de ces cigarettes dont on préfère ne pas savoir quel goût elles ont. Tout semble réuni pour que le spectateur soit aussi déprimé que les personnages, dans ce décor de baraquements en bois voués à la destruction, le tout noyé dans une boue qui a tout envahi. Ne reste en mémoire que ce beau plan d’un homme à vélo dans une plaine entièrement inondée. On se demande pourquoi Le masque et la plume a été si dithyrambique.

Si vous tenez absolument à voir ce film, ce sera difficile, il n’y a eu que quatre copies pour toute la France (deux à Paris), et le film en est à sa dernière semaine.

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Sans queue ni tête

Jeudi 30 septembre 2010

Réalisé par Jeanne Labrune

Sorti en France le 29 septembre 2010

Le film commence bien, même si le parallèle entre la psychanalyse et la prostitution est un peu lourd. Le meilleur est dans les changements de personnalité d’Isabelle Huppert, call girl de luxe qui sait s’adapter à ses clients ! Mais toute la partie du film qui concerne les psychanalystes et psychiatres est un peu sommaire, vaguement caricaturale et nourrie de clichés. Et on ne croit pas du tout à cette prostituée qui a besoin d’un psy pour avoir le courage de changer de métier, alors qu’elle est assez cultivée pour le faire sans aide, non plus qu’à la fin heureuse de cette histoire plutôt sombre. Jeanne Labrune a fait mieux.

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Arthur Penn - Tony Curtis

Jeudi 30 septembre 2010

Deux d’un coup ! C’est toujours pareil, dans le monde du spectacle, les morts vont en tandem, voire en trio. On se souvient d’Édith Piaf et de Jean Cocteau, morts le 11 octobre 1963, puis de Federico Fellini et de River Phoenix, morts le 31 octobre 1993, et bien d’autres.

Là, ils sont morts à une journée d’intervalle, Arthur Penn hier, et Tony Curtis aujourd’hui. Eux ne travaillaient plus depuis longtemps, car ils avaient respectivement 88 et 85 ans...

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 septembre 2015.