JPM - Films - Notules - Septembre 2002

Notules - Septembre 2002

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (entre parenthèses, autres que des films) : L’homme au Masque de ferThe man in the iron mask – Frankenstein – L’homme invisible – Windtalkers, les messagers du ventWindtalkersLes neuf reinesNueve reinasAraratRoméo et JulietteLe bel indifférent – Le monocle noir – L’œil du monocle – Le monocle rit jaune – Les barbouzes – Les tontons flingueurs – En cas de malheur – Le crime était presque parfait – Dial M for murder – Orange mécanique – Fenêtre sur cour – La mariée était en noir – La sirène du Mississippi – Rear Window – Family plot – Lifeboat – L’inconnu du Nord-Express – Bon voyage – Aventure malgache – L’adversaire – Chaos – TartuffeRoméo et Juliette – La grande illusion – La Cinquième Symphonie de BeethovenDon Quichotte – PolyeucteLes femmes savantes – The shining – Singin’ in the rain – Full metal jacket – L’Homme Invisible – L’homme qui en savait trop – 2001, l’Odyssée de l’espace – Monique – Être et avoir – Les sentiers de la perdition – Entre chiens et loups – American beauty – Le grand bleu – Le grand sommeil – La comédienne – Adorable Julia – Minority report – Ressources humaines – La vierge des tueurs – TenSimoneBlancheThe Bourne identityLa mémoire dans la peau11’09’’0111’09’’01 - Septembre 11Corto Maltese, la cour secrète des arcanes – A.I.

Personnes citées : James Whale – Leonardo DiCaprio – Louis XIV – Nicolas Fouquet – Louise de La Vallière – Marie-Thérèse d’Autriche – d’Artagnan – Alexandre Dumas – Marcel Pagnol – Dauger – Simon Singh – John Woo – Nicholas Cage – Adam Beach – Fabián Bielinsky – Atom Egoyan – Paul Meurisse – Jean Cocteau – Édith Piaf – Georges Lautner – Brigitte Bardot – Jean Gabin – Edwige Feuillère – Claude Autant-Lara – Alfred Hitchcock – Cornell Woolrich – William Irish – François Truffaut – The Moliere Players – Daniel Auteuil – Catherine Froh – Line Renaud – Jean Renoir – Pierre Corneille – Laurent Ruquier – Jack Nicholson – Luc Besson – Gérard Miller – Lionel Jospin – Youssef Chahine – Judd Law – Sam Menges – Luc Besson – Claude Klotz – Marc-Gilbert Sauvageon – Lilli Palmer – Steven Spielberg – Michel Ciment – Agatha Christie – Arthur Conan Doyle – Abbas Kiarostami – Amin Maher – Andrew Niccol – Rachel Roberts – Bernie Bonvoisin – Carole Bouquet – Jean Rochefort – Gérard Depardieu – José Garcia – Antoine De Caunes – Roschdy Zem – Doug Liman – Matt Damon – Arielle Dombasle – Ken Loach – Amos Gitai – Claude Lelouch – Emmanuelle Laborit – Youssef Chahine – Sean Penn – Idrissa Ouedraogo – Oussama Ben Laden – Pascal Morelli

L’homme au Masque de fer

Samedi 2 septembre 2002

Réalisé par James Whale

Titre original : The man in the iron mask

Sorti aux États-Unis le 13 juillet 1939

Sorti en France le 23 septembre 1948

Vu ce soir sur Arte L’homme au masque de fer, dans la version en noir et blanc de James Whale. C’était le réalisateur de Frankenstein, en 1931, et de L’homme invisible, en 1933. Il était homo, et un film sur lui a d’ailleurs été diffusé à la télé la semaine dernière.

L’histoire est la même que dans le film avec Leonardo DiCaprio, et c’est assez gratiné : Philippe, jumeau de Louis XIV, qui devient roi de France ; le surintendant Fouquet abattant d’un coup de pistolet Louise de La Vallière (la pauvre, en réalité, s’est retirée au Carmel) dans l’église où allait se célébrer le mariage de Louis (en fait, Philippe) avec Marie-Thérèse d’Autriche ; d’Artagnan qui meurt aussi le même jour au même endroit (alors qu’il est mort au siège de Maestricht)... C’est ça qu’il inventait, Alexandre Dumas ? Ça vaut bien un séjour au Panthéon, non ? En tout cas, il devait bien se marrer, à écrire toutes ces conneries.

Chaque fois que le cinéma s’est emparé du Masque de Fer, ça a été, comme ici, pour en faire le jumeau de Louis XIV. Évidemment, c’est plus romanesque, mais c’est complètement faux, le roi de France ne pouvait pas avoir un jumeau sans que cela se sache, car, pour éviter justement les querelles dynastiques, les reines de France accouchaient en public ! Jusqu’à Marcel Pagnol qui a fait tout un livre pour « démontrer » cette thèse ultra-fantaisiste. Il gaspillait la moitié de ses pages pour prouver que le Masque n’était pas le valet Dauger – peine perdue, car c’est suffisamment évident.

Bref, le Masque de Fer, c’était Fouquet, très probablement.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Windtalkers, les messagers du vent

Mercredi 6 septembre 2002

Réalisé par John Woo

Titre original : Windtalkers

Sorti aux États-Unis le 14 juin 2002

Sorti en France le 4 septembre 2002

L’année dernière, j’avais lu un livre passionnant sur les codes secrets, d’un très bon vulgarisateur nommé Simon Singh, Histoire des codes secrets, chez Jean-Claude Lattès. Ce livre vient de sortir en poche, et je le recommande. L’un des récits qu’il contient est celui des Indiens Navajos, que l’armée des États-Unis a recrutés pendant la Deuxième Guerre Mondiale, parce que leur langue est si bizarre qu’un non-Navajo ne peut absolument pas la comprendre. On a donc incorporé quelques dizaines de jeunes venus de cette tribu, et on les a envoyés comme radio-codeurs dans les unités de combat, surtout dans le Pacifique. L’idée a très bien marché, car les messages qu’ils envoyaient et recevaient n’ont jamais pu être déchiffrés par les Japonais. On avait donc là une histoire très intéressante, reposant sur un motif intellectuel.

C’est pourquoi, sur la foi de la publicité qui affirmait que le film Windtalkers, de John Woo, utilisait ce thème, je suis allé voir ce film. Déception, c’est un banal film de guerre, avec scène de combats et de carnage comme on en a vu mille fois, où le sujet que j’espérais n’est pas du tout traité. À la place, on a casé un conflit moral reposant sur ce principe : chaque jeune soldat navajo est doublé d’un soldat chargé de le « protéger », c’est-à-dire de l’exécuter au cas où il tomberait aux mains de l’ennemi (pour qu’il ne parle pas et que le code reste inviolé). Bien entendu, on prend deux personnages, Nicholas Cage étant chargé de jouer la nounou d’Adam Beach, le jeune Indien. Et pour que ce soit bien cornélien, ils deviennent évidemment amis. Mais tout s’arrange, c’est un autre Navajo que Cage va exécuter, avant de mourir lui-même.

Mais vous avez compris, inutile d’aller voir cette merde.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Les neuf reines

Mercredi 6 septembre 2002

Réalisé par Fabián Bielinsky

Titre original : Nueve reinas

Sorti en Argentine le 31 août 2000

Sorti en France le 4 septembre 2002

Un très bon film argentin vous attend. On n’a pas vu de film argentin depuis au moins trois siècles, et il se passera bien encore trois siècles avant d’en voir un autre. Alors, courez voir cette histoire d’arnaques, de filouteries et de coups fourrés, où vous vous amuserez beaucoup. C’est ce que j’ai vu de mieux depuis très longtemps.

En bref : à voir.Haut de la page

Ararat

Jeudi 7 septembre 2002

Réalisé par Atom Egoyan

Sorti en France (Festival de Cannes) le 20 mai 2002

Sorti en France le 4 septembre 2002

Ce matin, j’ai vu Ararat, film honorable mais au scénario compliqué, pour ne pas dire entortillé, et dont un procédé ne fonctionne pas bien, celui de l’interrogatoire du jeune homme par le douanier. Des horreurs rappelant celles de la guerre d’Algérie. Pas réjouissant...

En bref : à voir.Haut de la page

Divers

Jeudi 7 septembre 2002

Depuis quand c’est une histoire d’amour qui rend un film intéressant ? Même Roméo et Juliette serait inintéressant s’il n’y avait pas de la castagne et des morts.

 

Le cinéma, je n’y vais que le matin, quand il y a le moins de monde possible. Et encore, ça reste trop. Aujourd’hui, c’était le blaireau, à trois rangs devant moi, qui n’arrêtait pas de s’étirer en tendant ses deux bras à la verticale en me bouchant la vue. On voit de ces zozos, je vous jure ! Et cet abruti de contrôleur, à la porte de la salle, qui ne voulait pas que j’entre parce que le panneau d’affichage, déréglé, prétendait faussement que le film ne commençait que dans trente-trois minutes. Si je l’avais écouté, je ratais vingt-cinq minutes de film !

 

Paul Meurisse pouvait tout faire, même rester complètement muet lorsqu’il jouait Le bel indifférent, de Cocteau, sur scène, avec Édith Piaf. Il n’avait pas un seul mot à dire. Pour la série des Monocle (non, il n’y a pas de faute d’orthographe ici, puisque c’est une série sur LE Monocle), il a commencé avec un film relativement sérieux, Le monocle noir, puis continué avec L’œil du monocle et Le monocle rit jaune, beaucoup plus déconnants. Les trois films étaient de Georges Lautner, qui faisait plutôt dans la comédie de gangsters, comme Les barbouzes ou Les tontons flingueurs.

 

En cas de malheur, que je n’aime guère, c’était surtout pour exploiter le prestige de deux vedettes, Brigitte Bardot et Jean Gabin, associés à une vraie comédienne, Edwige Feuillère, et plus encore, pour leur rencontre un peu incongrue, car ils n’avaient rien de commun. C’est Claude Autant-Lara qui avait fait ce film. Cinéaste talentueux mais très noir. Il a fini au Front National ! Tiens, comme Brigitte Bardot ! Contagion ?

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Hitchcock

Samedi 9 septembre 2002

Savez-vous que Le crime était presque parfait, en anglais Dial M for murder, est le seul film d’Hitchcock tourné en relief ? Il passe de temps en temps dans cette version au Studio Action Christine, rue Christine, dans le sixième arrondissement. Je l’ai vu deux fois projeté ainsi. Passer un film en relief, ça crée de gros problèmes pour une salle. D’abord, il faut utiliser les deux projecteurs en même temps, car il doit y avoir, exactement superposées, deux images, une pour chaque œil. Sans lunettes, c’est irregardable ; les lunettes polarisées envoient vers chaque œil l’image qui lui est destinée, or elles sont bien sûr légèrement différentes. Ensuite, comme les projecteurs n’ont pas forcément la capacité de passer tout en une seule fois, il faut arrêter le film au milieu pour changer les deux bobines. Enfin, si une bande casse et qu’on doive couper quelques images, il faudra faire la même mutilation, au même endroit, sur l’autre bande, sinon, tout est désynchronisé et le film ne peut plus être regardé. C’est pourquoi il y a très peu de films projetés en relief.

Autre inconvénient, si les sous-titres n’ont pas été synchronisés correctement lors de la fabrication, on peut avoir ceci : le sous-titre pour un œil qui démarre avant le sous-titre de l’autre œil. C’est arrivé une fois pour le film dont je parle, et c’était insupportable.

Ce qu’il y a d’agréable dans ce film, c’est que, adapté d’une pièce de théâtre (ça se voit), il n’a pas été du tout « aéré » avec des scènes d’extérieur, et on ne sort presque jamais de l’appartement. En outre, il y a une belle illustration de ce principe de mise en scène dont j’ai parlé à propos d’Orange mécanique, et qui consiste à ne rien faire sur l’écran quand la conversation est importante et doit être écoutée.

 

Fenêtre sur cour, lui, est une série de variations sur le mariage, très misogyne ! Cet aspect n’apparaissait pas du tout dans le livre, en fait une grosse nouvelle, de Cornell Woolrich, plus connu sous le pseudo de William Irish (auteur de deux livres filmés par François Truffaut, La mariée était en noir, excellent film, et La sirène du Mississippi, un navet).

Hitchcock apparaît dans Rear Window : on le voit, évidemment par la fenêtre, chez un voisin, en train de remonter une pendule. Au début, au temps du muet, Hitchcock ne paraissait pas dans ses films. Puis il a commencé à le faire, et ensuite, quand le public a repéré le manège, il a dû continuer, car, s’il s’était abstenu, le même public aurait été déçu. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il plaçait son intervention de plus en plus tôt, pour ne pas « faire attendre » (et ne pas disperser l’attention du public, ce qui aurait été un inconvénient du point de vue de la narration). Il a fini par ne plus se montrer qu’en ombres chinoises, dans Family plot, car il était tellement célèbre (c’est lui qu’on voit sur les affiches, pas les acteurs !) que cela suffisait.

La caméra sort de l’appartement tout à la fin de Rear window : elle se trouve dans le jardin. C’est un peu dommage.

 

Autre exploit de ce genre, dans Lifeboat : tout le film se passe dans un canot de sauvetage en plein océan. Le canot n’est vu qu’une fois de l’extérieur. Vous allez vous demander comment Hitchcock pouvait bien y faire une apparition. Eh bien, comme dans Le crime était presque parfait, il apparaît en photo. Là, c’est sur un journal, et même deux fois ! Il avait beaucoup maigri à l’époque, et il a donc utilisé deux photos de lui, gros et moins gros, pour illustrer sur le journal une publicité pour un régime amaigrissant (avant et après) !

Lifeboat se passe pendant la Deuxième Guerre Mondiale : un paquebot voguant vers les États-Unis est coulé par les nazis, quelques passagers se retrouvent dans un canot de sauvetage, mais personne n’a de notions de navigation ! Et voilà qu’ils repêchent un homme flottant sur l’eau : c’est un nazi, qui faisait partie de l’équipage d’un sous-marin également coulé dans les parages. Et seul le nazi est capable de diriger un bateau. Ils sont donc bien obligés de lui obéir ! Mais le nazi essaie de les trahir en les conduisant vers ses compatriotes, et ils se liguent tous pour le tuer. Un bateau allié recueille ceux qui restent encore en vie. C’est un tableau de l’humanité assez terrible, avec de beaux moments pourtant. Lifeboat est un film austère, c’est pourquoi il est moins brillant que, par exemple, L’inconnu du Nord-Express. Il fait partie des films de guerre, tournés par Hitchcock parce qu’il voulait faire œuvre patriotique. Il a même réalisé deux films en français, de moyen métrage, en 1944, Bon voyage et Aventure malgache, avec The Moliere Players, une troupe d’acteurs français réfugiés à Londres pendant la guerre.

 

Demain, je vais revoir Ararat. L’histoire est assez compliquée, et je voudrais écrire la critique. Donc il faut que je comprenne bien. Ça, c’est pour les grincheux qui prétendent que je ne vais jamais voir les films avant d’en parler. Et je suis beaucoup plus heureux d’en faire une « bonne » qu’une « mauvaise », de critique. Ce qui me chagrine, c’est qu’il est devenu impossible d’aimer le cinéma sans avoir l’air passéiste. En 2002, il peut s’écouler des semaines et même des mois avant de trouver un bon film. Quand j’étais gosse, on avait au minimum deux chefs-d’œuvre nouveaux par mois. C’était mieux A-Avant ! Et merde ! Pour le cinéma, c’est vrai.

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Sur L’adversaire

Dimanche 10 septembre 2002

Je jubile : en ce moment même, les critiques du Masque et la plume sont en train de démolir L’adversaire en utilisant tous les arguments que j’ai écrits la semaine dernière. Notamment sur le refus de la psychologie et sur le jeu de Daniel Auteuil. Ils me lisent, ou quoi ?

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Chef-d’œuvre

Dimanche 10 septembre 2002

Un chef-d’œuvre, ce n’est pas très difficile à définir : c’est une œuvre à laquelle on ne peut rien ajouter, de laquelle on ne peut rien retrancher. Un chef-d’œuvre reste inoubliable, quel que soit le temps passé.

Quelques exemples a contrario : Roméo et Juliette n’est pas un chef-d’œuvre, le cinquième acte est en trop ; d’ailleurs, on le supprime à la représentation. Tartuffe a failli être un chef-d’œuvre, mais la scène finale (l’intervention royale en la personne de l’Exempt, et sa tirade très mal écrite) empêche que c’en soit un. La grande illusion a failli être un chef-d’œuvre, mais Renoir aurait dû s’arrêter après l’évasion, au lieu d’ajouter une séquence de fin, d’une durée de vingt minutes, pour y faire jouer celle que je suppose avoir été sa maîtresse du moment. La Cinquième Symphonie n’est pas un chef-d’œuvre, Beethoven ne sait pas comment s’arrêter, ça tourne un peu au ridicule. Don Quichotte n’est pas un chef-d’œuvre, c’est trois fois trop long, et les dernières pensées du personnage sur son lit de mort ne sont pas à la hauteur. Polyeucte n’est pas un chef-d’œuvre, Corneille s’est permis un calembour idiot, digne de Ruquier. Les femmes savantes n’est pas un chef-d’œuvre, la pièce perd tout intérêt au-delà du troisième acte. Family plot, d’Hitchcock, n’est pas un chef-d’œuvre, on se fout complètement des personnages.

 

[À un ami qui trouvait que le cadavre de Nicholson dans Shining avait une tête d’idiot, ainsi congelé :]

 

Dimitri, je me demande à quoi ressemblerait ta tête une fois congelée comme celle de Nicholson. C’est un peu une habitude chez Kubrick de faire grimacer ses acteurs dans certaines circonstances. Ainsi, Mr Alexander, dans Orange mécanique, quand il comprend qu’Alex est son agresseur de jadis : Alex, masqué, avait violé sa femme (qui en est morte) alors qu’il portait un masque, mais il chantait Singin’ in the rain pendant le viol ; or Alex, qu’il a recueilli à sa sortie de prison, se met à chanter la même chanson dans la salle de bain : l’écrivain prend alors un visage révulsé à l’instant où il comprend. Il y a aussi le visage du soldat Gomer Pyle, bêtement rebaptisé « Baleine » dans la version française de Full metal jacket, au moment où il va se suicider dans les toilettes (salle de bain, toilettes, il y a une continuité !). La justification de toutes ces grimaces, c’est que ce ne sont pas des films réalistes, mais des fables, donc les personnages ne peuvent pas se comporter autrement que comme des caricatures.

 

En réalité, mon physique de rêve est beaucoup plus impressionnant que ma culture cinématographique. C’est pourquoi j’ai accepté d’interpréter prochainement le rôle principal de L’Homme invisible, production de Luc Besson dialoguée par Gérard Miller. Lionel Jospin a refusé.

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Suspense

Lundi 11 septembre 2002

Dire qu’un film tombe un peu à plat parce que la fin n’est pas inattendue est un non-sens. Le suspense, c’est précisément cela : le spectateur connaît une information que le personnage ne connaît pas encore. C’est le contraire de la surprise, et ça repose sur l’attente. Tel personnage va s’en sortir, mais comment ? Tout le plaisir vient de là, se demander COMMENT il va s’en sortir. On se doute bien que d’Artagnan n’est pas mort en Angleterre et que le comte de Monte-Cristo n’est pas mort au château d’If. Surprise = trois secondes de spectacle ; suspense = plusieurs minutes d’anxiété, donc de plaisir. Aucune comparaison possible. Par conséquent, écrire que L’homme qui en savait trop est « très bien fait... MAIS c’est un film de suspense » procède d’une bizarre tournure d’esprit, en semblant préférer, au meilleur, le moins bon.

À propos, j’ai déjeuné à la Tour d’Argent. Le repas était bon, MAIS ce n’est pas un McDo.

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Raréfaction des chefs-d’œuvre

Mardi 12 septembre 2002

Comme il n’y a pas d’effet sans cause, la raréfaction des chefs-d’œuvre du cinéma peut s’expliquer.

En premier lieu, et contrairement à ce qu’on pourrait supposer, on réalise aujourd’hui beaucoup moins de films que jadis. Normal : le coût de fabrication a grimpé en flèche, parce que les lois sociales ont imposé des salaires plus élevés et des assurances très coûteuses, que les lois syndicales ont imposé des équipes pléthoriques (ce pour quoi Orson Welles, par exemple, ne remettra jamais les pieds à Hollywood), que les prix de la construction ont rendu les studios ruineux, que le coût de la publicité a énormément augmenté, que la rentabilité des efforts publicitaires, ayant rendu le public exigeant... et pressé, oblige les distributeurs à sortir les films partout en même temps, ce qui oblige à tirer un nombre phénoménal de copies (jusqu’à 900, récemment, pour un film sorti en France !). Lors de son tournage, 2001, l’Odyssée de l’espace avait la réputation d’être le film le plus cher de l’histoire ; or il a coûté dix millions de dollars seulement, en dépit de quatre ans de préparation et de réalisation entre 1964 et 1968 ! Cette somme est dérisoire, selon les critères d’aujourd’hui.

Ensuite, les cinémas nationaux ont disparu. En Europe, ne demeure que la France, puis, loin derrière, l’Angleterre et l’Espagne, et, encore plus loin, l’Italie, l’Allemagne et la Belgique. On ne voit plus que très exceptionnellement des films scandinaves, russes, portugais, grecs ou d’Europe centrale. En Asie ne restent que le Japon (production de qualité médiocre) et les deux Chine, Taiwan produisant les meilleurs, mais peu nombreux. Les cinémas philippin, coréen et autres ont disparu. Exception : l’Inde, toujours à la pointe en ce qui concerne le nombre, mais pas la qualité, puisqu’elle ne fabrique que des navets pas chers (la télévision est très embryonnaire en Inde). En Afrique, il ne reste que Youssef Chahine, en Égypte, pour sortir encore un film tous les trois ou quatre ans. On tourne beaucoup au Maroc et en Tunisie, mais ce sont des productions étrangères, qui trouvent là des décors attrayants et une figuration très bon marché. En Océanie, seule l’Australie produit des films, mais ses réalisateurs, sitôt connus, émigrent à Hollywood. Sur le continent américain, seuls les États-Unis et le Canada produisent des films en quantité, les autres pays peuvent demeurer des décennies entières sans rien donner.

Enfin, il reste la raison ultime : l’uniformisation, imposée par les États-Unis, du « goût » yankee. Les canons de la mode cinématographique font qu’aujourd’hui, toujours et partout, les films se ressemblent, quel que soit le pays qui les produit. Dans ces conditions, tout ce qui tient de l’originalité, de la recherche, de la personnalité, a beaucoup de mal à passer. Ce n’est pas le climat le plus favorable à l’éclosion de nouveaux artistes capables de prendre la relève des maîtres disparus.

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Sur Monique

Mardi 12 septembre 2002

Traité le mois dernier. Par nature, on ne peut avoir de relations sentimentales avec personne, tous les êtres humains étant odieux par définition. Vivement les robots comme celui du film Monique ! Au moins, après usage, on les remet dans un placard jusqu’à la fois suivante, et on peut se plonger dans un roman policier.

Sur divers films

Jeudi 14 septembre 2002

J’aurais dû vous conseiller Être et avoir, un très bon film que j’ai vu dès sa sortie. Il était projeté dans la plus grande salle des Halles. Pardon d’avoir oublié. J’ai aussi vu Les sentiers de la perdition, mais, passée la première demi-heure, qui est très bonne, on retombe assez vite dans les éternelles histoires de cavale. Le tueur joué par Judd Law est très pittoresque et très invraisemblable, et j’ai estimé ce film plutôt décevant par rapport au premier film de Sam Menges, American beauty.

Quant à Besson, vous savez ce que j’en pense. Le grand bleu ne mérite qu’un seul prix, à mon avis : le prix Baudruche. Je pense que Besson est un homme d’affaires qui a parfaitement reniflé la manière de plaire à ceux qui n’ont jamais vu de bon cinéma. Ce n’est guère difficile. En même temps, c’est curieux : un ami lycéen parlait l’autre jour d’un cours où sa classe avait étudié Rear Window. Si on apprend le cinéma dans les lycées, il devrait y avoir davantage de culture cinématographique dans le public actuel, qui, de plus, est très favorisé pour ce qui est de la diffusion des œuvres.

Ah, et puis, Entre chiens et loups est une vraie merde. Partir d’un roman de Claude Klotz pour en arriver là, c’est gâcher la marchandise, vraiment. Pure épate pour gogos.

Le grand sommeil, même son réalisateur ne comprenait pas l’histoire ! Ne parlons pas des acteurs... Il faudrait lire le livre. J’avoue ne l’avoir pas encore fait, mais ça viendra.

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Amour et bifteck-frites

Dimanche 17 septembre 2002

Il y a quelques années, j’ai vu un vieux film dont je n’ai jamais oublié la morale. Il s’intitulait La comédienne, d’après une pièce française de Marc-Gilbert Sauvageon, Adorable Julia. C’était joué par une belle actrice allemande, Lilli Palmer, ancienne interprète d’Hitchcock. Bien sûr, c’est l’histoire d’une comédienne célèbre, qui a un ex-mari, un amant et un fils de dix-neuf ans. Et tous ces gens ont des tas de problèmes de cœur. Comme c’est une brave fille, elle passe tout son temps à tenter d’arranger les affaires des uns et des autres, sans pouvoir penser à elle. À la fin de l’histoire, ayant tout réglé, vannée mais enfin tranquille, elle se rend seule dans un restaurant où elle a ses habitudes, se commande un bon dîner, et déclare au maître d’hôtel complice : « L’amour, Charles, c’est de la rigolade, à côté d’un bifteck-frites ! ».

Je suis bien d’accord.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Sur Minority report

Lundi 18 septembre 2002

Minority report est-il vraiment « le meilleur film de Spielberg », selon la citation de Michel Ciment sur les affiches ? Ciment est un très bon critique, ce qui ne veut pas dire que je suis toujours d’accord avec lui. On verra dans deux semaines. En tout cas, les images du film sont moches !

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Hitchcock et les films policiers

Lundi 18 septembre 2002

[À un ami qui parlait d’un film d’Hitchcock comme d’une histoire policière]

 

Faudra-t-il répéter mille fois qu’Hitchcock ne faisait pas de films policiers ? Que jamais dans ses films il n’est question de résoudre une énigme du genre « Qui est l’assassin ? ». Ces films à énigme s’appellent des whodunits, et Hitchcock les dédaignait. Ça n’a donc aucun intérêt de dire qu’on a compris dès le début où est la clé de la culpabilité du méchant, ce n’est en aucun cas l’objet du film, et on ne lance aucun défi au spectateur pour qu’il trouve le coupable, comme dans Agatha Christie ou Conan Doyle.

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Hitchcock et les films policiers - Les chefs-d’œuvre

Mardi 19 septembre 2002

[Au même ami que ci-dessus]

 

Hitchcock ne faisait pas de films policiers. Il n’en a jamais fait. Aucun. Zéro. Il disait que c’était des films emmerdants. Il faisait des films, voilà tout. Et il a donné au suspense une sorte d’aura, inconnue avant lui.

Sur la quantité de chefs-d’œuvre produits ces dernières années, je me reporte à la liste des films dont j’ai parlé, or, sur les deux dernières années, je ne trouve que Ressources humaines et La vierge des tueurs qui, sans atteindre ce statut de chef-d’œuvre, méritent de rester dans les annales. Autrement dit, de chef-d’œuvre, il n’y en a eu aucun en deux ans !

C’est bien sûr mon goût personnel, je ne dis pas le contraire, mais comme il n’a pas évolué depuis assez longtemps et qu’autrefois on en trouvait bien davantage que zéro (!), il n’y a pas de fumée sans feu.

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Ten

Mardi 19 septembre 2002

Réalisé par Abbas Kiarostami

Sorti en France (Festival de Cannes) le 20 mai 2002

Sorti en France le 18 septembre 2002

Je viens de voir un film iranien, Ten. Alors là, vous n’avez jamais vu un film pareil : tout est montré en plans-séquences depuis l’intérieur d’une voiture, et la caméra, vissée à l’habitacle, ne bouge jamais. C’est la voiture qui bouge, bien entendu. Pas de problèmes de studio, d’éclairage, de techniciens, de prise de sons, de travellings, etc. Mais le film en dit très long sur la condition féminine en Iran, et la manière dont les femmes se débrouillent pour vivre malgré la loi islamique. C’est d’Abbas Kiarostami, le plus grand réalisateur d’Iran... et d’un cinéma qui n’existait pas « autrefois » ! Très étonnant ! Et il y a là un petit garçon, Amin Maher, qui est un chieur authentique. Un futur JPM, en somme. Pauvres Iraniens...

En bref : à voir.Haut de la page

Simone

Samedi 23 septembre 2002

Réalisé par Andrew Niccol

Sorti aux États-Unis le 23 août 2002

Sorti en France le 18 septembre 2002

C’est complètement invraisemblable, et ça n’a aucune importance, puisqu’il s’agit d’une fable. Un poil trop long, mais amusant.

La fille, qui n’a pas son nom au générique, et qui est très jolie, s’appelle Rachel Roberts, elle est née au Canada en 1978, elle est mannequin, et elle est... mariée au réalisateur du film. Que son nom ne figure pas au générique est un coup publicitaire, on tente de faire croire au spectateur que l’actrice elle-même est virtuelle, alors qu’elle ne l’est pas ; elle a d’ailleurs signé un accord confidentiel stipulant qu’elle tairait la vérité, et elle prenait un pseudonyme sur le plateau, Anna Green (clin d’œil au procédé de l’écran vert, anamorphic green screen). D’accord, elle n’avait rien à faire, mais elle existe.

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Blanche

Dimanche 24 septembre 2002

Réalisé par Bernie Bonvoisin

Sorti aux États-Unis le 23 août 2002

Sorti en France et en Belgique le 18 septembre 2002

Le film le plus con de l’année s’intitule Blanche, de Bernie Bonvoisin. Montrons du doigt les vedettes qui s’y ridiculisent : Carole Bouquet, Jean Rochefort, Gérard Depardieu, José Garcia, Antoine De Caunes, Roschdy Zem.

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The Bourne identity

Lundi 25 septembre 2002

Réalisé par Doug Liman

Titre original : The Bourne identity

Sorti aux États-Unis le 6 juin 2002

Sorti en France, en Belgique et en Égypte le 25 septembre 2002

The Bourne identity (La mémoire dans la peau), avec Matt Damon, n’est qu’un petit film d’action sans grand intérêt. Le plus curieux, c’est les itinéraires : une voiture dévale une rue en pente à Montmartre, et au plan suivant, elle roule sur la voie sur berge, dans le seizième ; ou encore, Matt Damon sort de la morgue, en face de la gare d’Austerlitz, et il se retrouve rue Saint-Denis ! À part ça, castagne, coups de feu et poursuites de voiture, comme d’habitude.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Arielle Dombasle

Lundi 25 septembre 2002

Madame BHV... pardon, BHL, est yankee. Ça paraît difficile à croire, étant donné sa plastique à tout casser, mais elle a 47 ans, puisqu’elle est née le 27 avril 1955 (à Norwich mais pas Union, dans le Connecticut).

Le plus beau, c’est son véritable nom : elle s’appelle Sonnery De Fromental ! Sonnery ! On se disait aussi...

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11’09’’01

Mardi 26 septembre 2002

Réalisé par Youssef Chahine, Amos Gitai, Alejandro González Iñárritu, Shôhei Imamura, Claude Lelouch, Ken Loach, Samira Makhmalbaf, Mira Nair, Idrissa Ouedraogo, Sean Penn, Danis Tanovic

Titre original : 11’09’’01 - Septembre 11

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 5 septembre 2002

Sorti en France le 11 septembre 2002

Vu 11’09’’01. On trouve à boire et à manger dans ces onze courts métrages. Très vite oubliés, les films indien, iranien et japonais. Rappel utile par Ken Loach des crimes yankees au Chili, un 11 septembre également. Économie de pellicule chez le Mexicain, qui vous inflige onze minutes d’écran noir, avec seulement quelques images de corps qui tombent des tours de New York, sur fond sonore de reportage radio et de voix psalmodiantes. Exploit technique et virtuosité chez l’Israélien Amos Gitai, puisque son film, un reportage sur les suites d’un attentat à Tel-Aviv, est fait d’un seul plan : c’est donc (à ce jour) le plan-séquence le plus long de l’histoire du cinéma. Banalité chez Lelouch : Emmanuelle Laborit, sourde-muette, est chez son amant à New York. Il part travailler au World Trade Center, et elle lui écrit une lettre de rupture. La télé reste allumée, qui diffuse les images que vous savez, mais elle n’y prend pas garde. Il rentre prématurément du boulot, couvert de poussière et pleurant. Chavadavada.

Le plus nul, celui de Youssef Chahine. Le personnage central est un certain Youssef Chahine, cinéaste, et les autres personnages l’appellent « maître » ! Le vrai, jadis grand, est devenu un mauvais cinéaste, bouffi de vanité, et le jour où il filmera la vie de Jésus, il se substituera certainement au héros sur la croix.

Les deux plus originaux, le film de Sean Penn (un veuf, qui vit dans un appartement de New York, très sombre au point que les fleurs y dépérissent, parle sans arrêt à sa femme défunte. Les tours en face s’écroulent, la lumière entre à flot dans l’appartement et les fleurs refleurissent !), et le film burkinabé de Idrissa Ouedraogo (des enfants croient voir Ben Laden sur un marché de Ouagadougou. Ils le filment avec un camescope volé pour le dénoncer à la police et empocher la prime, mais personne ne les croit, le prétendu Ben Laden quitte le pays en avion... et les gosses revendent le camescope !).

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Corto Maltese, la cour secrète des arcanes

Mercredi 27 septembre 2002

Réalisé par Pascal Morelli

Sorti en Suisse (Festival de Locarno) le 6 août 2002

Sorti en France le 11 septembre 2002

Si Blanche est le film le plus con de l’année – et je ne serais certainement pas allé le voir si j’avais su qu’il était produit par Luc Besson –, Corto Maltese doit être le plus ennuyeux : animation statique « à la japonaise », musique languissante, dialogues lents, personnages immobiles... Très vite, on décroche pour piquer un somme. Réservé aux fans, et encore...

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Sur Minority report (bis)

Jeudi 28 septembre 2002

Quand on nous dit que le prochain film de Spielberg, Minority report, qui sort mercredi, est très réussi, j’ai comme un doute. L’histoire se passe en 2054, et l’expérience a montré que tonton Steven n’est pas à l’aise dans l’anticipation. Et puis, c’est une histoire pour « faire penser », et ça non plus, il ne sait pas le faire. Vous avez tous lu que le principe, c’est de prévoir les futurs crimes, et de les empêcher en arrêtant le criminel présumé avant qu’il ait commis le délit. Ce truc d’empêcher les crimes en intervenant sur le délinquant, ça ne vous rappelle rien ? Si ! Orange mécanique, de Kubrick ! Or Spielberg s’est déjà cassé la gueule avec A.I., un scénario conçu pour (et par) Kubrick... Prions pour lui, mes frères.

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le lundi 5 octobre 2015.