Œuvres citées (en italique, autres que des films) : 1984 – Le Reader’s Digest – Le voyage de James à Jérusalem – Paycheck – Big fish – Sleepy hollow – Batman returns – Edward aux mains d’argent – Ed Wood – Ali Zaoua –
Personnes citées : Richard Burton – Tim Burton – James Ellroy – Johnny Depp – Souhail Ben Barka – Mehdi Ben Barka – Mohammed Oufkir – Hassan II – Charles De Gaulle –
J’ai revu le film récemment. Il a la particularité d’avoir été tourné entre avril et juin 1984, précisément la période décrite dans le livre. Et c’est le dernier film de Richard Burton, sauf erreur. Atmosphère déprimante. Le plus terrible, c’est que tout ça est arrivé bel et bien. On est foutus, les amis, et pas seulement parce qu’on mange trop !
Le livre, je l’avais lu une première fois quand j’avais une douzaine d’années. Ce n’était pas une version complète, mais un ouvrage « condensé », façon Reader’s Digest. Il y manquait, je crois, la scène la plus terrible, celle de la ratière. J’y vois l’illustration de ce que je pense : que l’amour « plus fort que tout », c’est de la foutaise. Quand on est terrorisé, il n’y a plus d’amour qui tienne.

On peut se passer de voir Paycheck !

Un film forcément bon de Tim Burton avec Johnny Depp ? Hélas, Sleepy hollow n’était pas si bien que ça. Cette histoire fantastico-policière, visuellement belle, manquait terriblement d’humanité. Tim Burton n’est jamais si bon que quand il présente des personnages bizarres, et qui souffrent de leur bizarrerie. Pensez au Pingouin de Batman returns, ou à Edward avec ses mains remplacées par des ciseaux. Une exception, Ed Wood, lui aussi très bizarre, mais qui ne souffrait de rien, parce que, complètement innocent, il ne voyait pas qu’il était un ringard. Soit dit en passant, c’était sans doute le meilleur film de Burton.

Pas très emballé, bien que le film ne soit pas déshonorant. Le cinéma marocain est moribond, comme tout le cinéma africain. Il ne sort pas plus d’un film tous les deux ans. Naguère, il y avait davantage de productions, mais elles subissaient une censure féroce. Je vous reparlerai demain de Souhail Ben Barka.

Le cinéaste marocain Souhail Ben Barka était le neveu de Mehdi Ben Barka, ce chef d’un parti politique de gauche qui avait dû fuir son pays, et qui s’était fait enlever à Paris par deux policiers français (se croyant en mission officielle). Remis entre les mains du général Oufkir, ministre de l’Intérieur de Hassan II, il avait été brutalisé, sans doute assassiné, et son corps n’a pas été retrouvé. Cette affaire a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre De Gaulle et Hassan II (je ne dis pas « entre la France et le Maroc »), et le Général avait qualifié le roi de « petit trou du cul », détail que Hassan II a curieusement oublié de mentionner dans ses mémoires. Oufkir a été jugé par contumace en France, et condamné à la prison à vie, ce qui ne l’a pas empêché, ensuite, de venir à Lyon chaque mois pour se faire soigner les yeux. Comme quoi, la police française sait fermer les siens, même vis-à-vis d’un Arabe condamné !
Souhail Ben Barka s’est fait connaître par son premier film, Mille et une mains, tourné à Casablanca lorsque j’y habitais. Il parle de l’utilisation de petites filles de six ans pour la fabrication des tapis vendus aux touristes. Ensuite, il a réalisé La guerre du pétrole n’aura pas lieu, film interdit au bout de six jours sur plainte de l’Arabie Saoudite. Après, il a sorti un film sur l’apartheid en Afrique du Sud. Et enfin, une adaptation d’une pièce de Garcia Lorca, Noces de sang.
Pour le faire taire, Hassan II l’a nommé directeur du Centre National du Cinéma, organisme sans grande activité, qui s’occupait surtout de produire les Actualités qu’on passait naguère dans les salles, et qui ont disparu avec l’expansion de la télé. Après ça, comme on pouvait s’y attendre, Ben Barka n’a plus fait de films. En somme, il est allé à la soupe.
Le cinéma marocain n’existe plus. Pas davantage, les cinémas algérien et tunisien. En Tunisie, Farid Boughedir, qui était l’auteur de l’excellent Halfaouine, a fait ensuite un navet avec Claudia Cardinale revenant à Tunis, sur les lieux de son enfance. Puis plus rien.
Pourtant, on tourne beaucoup de films au Maroc et en Tunisie. Mais ce sont des films français ou étatsuniens. Martin Scorsese tourne souvent au Maroc. Quand il a fait Kundun, le palais de Mao, censé se trouver à Pékin, était en fait la préfecture de Casablanca !

Ra’anan Alexandrowicz a fait deux courts-métrages et un documentaire en long-métrage sur la Palestine avant Le voyage de James à Jérusalem, mais on n’a guère de chance de les voir en dehors des festivals. Déjà, les courts-métrages tournés chez nous sont quasiment invisibles ! J’ai recherché tout à l’heure des renseignements sur Jalil Lespert, et j’ai pu constater qu’il a tourné plusieurs courts-métrages. Or on n’en a vu aucun dans les salles. Je me demande pourquoi on en fabrique et comment les réalisateurs trouvent de l’argent, ces films ne passent que sur Arte.

Big fish, c’est très bien, mais je préfère quand même Ed Wood. Ici, il y a un petit côté « Restez vous-même / Aimez les gens » qui n’est pas très inattendu. L’humain, on finit par s’en méfier.

Les gains pharamineux de Jamel Debbouze sont surprenants, compte tenu de ce qu’il ne tourne guère de films. Mais il a été très malin : son contrat pour le dernier Astérix prévoyait sur sa demande qu’au-delà de huit millions de spectateurs, il percevrait 14 centimes par place vendue. Or il y a eu quinze millions de spectateurs ! Résultat : sept millions de fois 14 centimes font 980 000 euros rien que pour ce film, en plus de son cachet initial.

Tout comptes faits, et après avoir vu ce matin La jeune fille à la perle, qui ne vaut que par sa photographie, le meilleur film de la semaine est dû à un réalisateur dont je ne suis pas fou, Gus von Sant. Son Gerry, réalisé avant Elephant et bien supérieur à mon avis, est du vrai cinéma. Mais très austère, à déconseiller aux amateurs de Matrix et aux fans de Jean Reno – vous savez, l’acteur qui a deux jeux de scène, un avec lunettes et un sans lunettes, comme disait je ne sais plus qui. Là, deux gars, tous les deux prénommés Gerry, partis en balade, se perdent, d’abord dans un paysage aride, puis en montagne, enfin dans le désert. Après avoir marché trois jours sans boire ni manger, ils comprennent qu’ils sont foutus, et se battent avec les dernières forces qui leur restent, chacun voulant tuer l’autre pour lui épargner de souffrir davantage. C’est Gerry-Matt Damon qui réussit à étouffer Gerry-Casey Affleck. Juste après, il s’aperçoit qu’il est à un kilomètre d’une route, où des voyageurs le recueillent. Fin. Ni dialogue ordurier, ni poursuites de voiture, ni coups de feu, ni explosions, ni extraterrestres voulant détruire la Terre (donc pas de Bruce Willis), rien. C’est donc très bien.
J’ajoute que, pour voir ce genre de film, il y a peu d’amateurs de popcorn dans la salle, donc on est tranquille. Hier, durant TOUTE la projection de Big fish, j’ai entendu des crissements de papiers de bonbons. Failli partir.

Peter Pan s’est ignoblement ramassé. Sans doute parce que les distributeurs n’y ont rien compris et l’ont traité comme un film pour gosses. Ainsi, il n’a pas été projeté en V.O. dans la journée, il fallait attendre huit heures du soir pour ça. Et retiré de l’affiche au bout d’une semaine dans la plupart des salles. J’ai dû le voir à une heure défavorable : foule de crétins, dont un gratiné, placé à ma gauche, et qui sortait à tout bout de champ son téléphone portable à écran ultra-lumineux pour vérifier qu’il n’avait pas un appel. Ça faisait deux écrans pour le prix d’un seul. Histoire de compléter l’encadrement du pauvre JPM, j’avais à ma droite une conne qui bouffait du popcorn. Je me demande pourquoi je vais encore au cinéma !
Pour en revenir à Peter Pan, le générique de fin réserve une surprise : le film est produit par Mohammed Al-Fayed, l’ennemi intime de la reine d’Angleterre, et dédié à la mémoire de l’amant de lady Di. La dédicace tombe comme un cheveu sur la soupe. Il est vrai que personne ne lit les génériques de fin...
Toujours à propos des téléphones portables, la « nouvelle génération » – comme ils disent – de ces engins à la con ajoute une nuisance supplémentaire, non plus sonore, mais visuelle : étant donné que ces gadgets peuvent à présent prendre des photos (de mauvaise qualité), il y a maintenant des abrutis qui les sortent pendant le film pour photographier l’écran. Naturellement, il faut d’abord allumer le bouzin, pour cadrer la cible, et donc éblouir les voisins. On se demande quelle sera la prochaine et géniale invention. Le jour approche, où je n’irai plus au cinéma. La fin d’une époque...

Toilettes au cinéma : moi, je profite des scènes d’action pour y aller. Ou des scènes d’amour. On est sûr que, pendant ce temps-là, il ne se passe rien.

Vu L’effet papillon. Un jeune garçon, perturbé depuis l’enfance, tient un journal de tout ce qui lui arrive, sur le conseil donnés à sa mère par un psy. Devenu un jeune adulte, et alors qu’il a une vie merdique, il découvre qu’il peut remonter dans le temps en se concentrant sur ledit journal. Il remonte alors dans le passé et modifie le cours de son existence. Mais, chaque fois, ça empire. Alors il recommence, jusqu’au moment où il retombe à une époque où le journal n’existait pas encore : plus de modification possible de son prétendu « destin ». Mais il restait un film en super-8 tourné par son père. Il l’utilise pour un dernier retour en arrière, et supprime sa rencontre avec la future femme de sa vie, son amie d’enfance. Alors, tout s’arrange. Moralité : il faut savoir sacrifier le principal quand on ne peut pas faire autrement, quitte à verser dans la médiocrité. Bon, c’est un peu fumeux, mais racontable. Malheureusement, si l’idée de scénario est acceptable, la réalisation est bourrée d’effets sonores et visuels qui en font un horrible magma confus et moche. Donc c’est raté.

Woody Allen est probablement le seul génie du cinéma encore vivant. Impossible (pour moi) de trouver quelque chose d’original à dire sur lui. C’est plus facile avec les artistes prêtant à controverse, comme Spielberg, qui a fait le pire et le meilleur.
Les films classiques dont j’ai parlé sont ceux dont je ne me lasse pas, mais que les jeunes ignorent presque totalement : j’en ai connu qui connaissaient à peine le nom d’Hitchcock ! Woody Allen, lui, n’est pas ignoré, il a, au moins en France, un succès populaire constant. Jerry Lewis a eu son heure de gloire, mais faites le test de taper son nom dans un moteur de recherches sur Internet. Quasiment introuvable !

La télé passe en moyenne un film d’Hitchcock par mois. En ce moment, il y a le mois Hitchcock sur TMC. Et pourtant... Et l’on connaît mieux Luc Besson qu’Orson Welles, aujourd’hui, c’est un fait. Citez en public n’importe quel film important, comme ça m’est arrivé au Marathon Friends en décembre 1999 à propos de Taxi driver, et aussitôt fusent les quolibets : « C’est vieux ! ». La bêtise et l’inculture, elles, sont inusables. Ces sottises ne font pas que m’irriter, elles me découragent. Les ciné-clubs n’existent plus, il n’y a plus de films en V.O. à la télé sur le service public, sauf un sur France 3 dans la nuit du dimanche au lundi, et tout à l’avenant. Quand on pense au bonheur que procurent les bons films, on est tenté de se dire que les ignares n’ont que ce qu’ils méritent, mais quand même... Mauvaise volonté ? Veulerie, plutôt. Le goût de la facilité, entretenu par les publicitaires et les fabricants de productions médiocres, a tout balayé.

Avez-vous remarqué, au rayon de ces petits détails qui font de notre vie de téléspectateurs un enchantement permanent, cette incapacité de tous les journalistes et chroniqueurs à prononcer correctement le prénom de Stallone ? Ça paraît incroyable, mais pourtant si : ils disent tous Silver-ster !

Ce Ciné-Club existe toujours sur France 3, et c’est toujours Patrick Brion qui s’en occupe. C’est à ça que je faisais allusion, en disant qu’il n’y avait qu’un film en V.O. par semaine sur les chaînes hertziennes. J’avais eu avec Patrick Brion une intéressante conversation d’une heure par téléphone ; il m’avait expliqué la nature et les difficultés de son travail, et il m’avait donné le numéro de son bureau, mais on ne réussit jamais à le joindre, il est toujours en projection. J’ai laissé tomber. C’est lui qui choisissait les films pour La dernière séance, l’ancienne émission présentée par Eddy Mitchell.
Il existait aussi sur France 2 le Ciné-Club du vendredi soir, présenté par Claude-Jean Philippe, mais cette émission a disparu. Supprimer les V.O., ça a été la première décision de Jean-Pierre Elkabbach quand il est devenu président de France Télévisions. Il a préféré embaucher des types comme Jean-Luc Delarue... Bref, le saccage de la politique culturelle sur le service public, c’est une décision volontaire, pas l’effet du hasard. Les chaînes payantes du câble en profitent. Si tu ne peux pas payer, tu n’as droit à rien. On appelle ça le libéralisme économique.

Le point commun entre ces deux films, c’est l’œuvre de départ, une nouvelle de Philip K. Dick. Comme je crois avoir eu l’honneur de le dire, on trouve des idées excellentes dans les livres d’anticipation et de science-fiction (voir La planète des singes), mais, au cinéma, elle y perdent souvent l’essentiel, qui est la réflexion intelligente. Généralement, le résultat à l’écran est un film d’action, avec un maximum de cascades et de trucages numériques. C’est-à-dire un film popcorn. Un bel exemple hier soir sur M6 avec Godzilla : les essais nucléaires français dans le Pacifique mettaient-ils en péril l’humanité, via les mutations génétiques ? À l’arrivée, un film idiot avec Jean Reno et aucun personnage intéressant (mais, comme d’habitude, la destruction de New York. Les yankees adorent filmer la destruction de New York, mais ils exigent que le monde entier chiale avec eux quand Ben Laden fait ça en vrai).
Dans Paycheck, un homme, privé articiellement d’une partie de sa mémoire sur une période de trois ans, cherche à reconstituer sa vie oubliée grâce à des objets qu’il s’est envoyés à lui-même, et en prévision de cela, durant cette période. En perspective, une sorte d’enquête psychologique qui aurait pu être passionnante ; un peu comme dans ce film policier d’Orson Welles, Confidential report, où un homme très riche paie un enquêteur pour tout savoir sur son propre passé (alors que lui n’avait pas perdu la mémoire ! Ce projet bizarre, on l’apprenait à la fin, ne visait qu’à retrouver tous les témoins de ses propres crimes en vue de les éliminer). Malheureusement, et surtout dans la dernière partie, le but poursuivi par le réalisateur semble être de casser un maximum d’objets, en verre principalement. Un peu comme dans les films de Jackie Chan, autre réalisateur chinois. Avec cette différence que Jackie Chan, lui, est drôle.

Cette semaine, « Le Canard » déconseille Japanese story. Or c’est un bon film. Sandy (c’est une fille) travaille à la section informatique d’une grosse firme australienne qui creuse des carrières dans le désert. Un jeune Japonais, représentant d’une société japonaise qui est actionnaire de la boîte de Sandy, vient faire un séjour dans le coin, et elle doit se taper la corvée de le guider pour faire du tourisme. Ça commence très mal, car le Jap, très beau garçon, s’avère plutôt antipathique et renfermé. Or, après un épisode où tous deux sont perdus dans le désert, comme dans Gerry (leur voiture s’est enlisée dans le sable), ils finissent par se comprendre, et même s’aimer. Fin tragique, lui se tue accidentellement.
On n’a jamais mieux décrit la distance entre le Japon, pays définitivement incompréhensible, et le reste du monde. Le film n’a qu’un défaut, la fin traîne un peu en longueur. Mais c’est constamment intelligent et sensible.

Entre Japanese story et Lost in translation, il y a d’énormes différences : le premier se passe dans le désert entre une Australienne et un Japonais, alors que l’autre se déroule à Tôkyô entre deux Yankees (oui, c’est fini, je refuse de dire « Américains » pour les ressortissants des États-Unis d’Amérique, non mais ! Prendre la partie pour le tout, c’est indigne d’un mathématicien. C’est comme de dire que « A est inclus dans B » a le même sens que « A égale B »). L’une des clés du film est cette remarque, très juste, du Jap : le Japon est surpeuplé et n’a pas d’espace, l’Australie est vide et dispose d’immenses espaces. Le regard ne peut pas être le même dans les deux films.
Et puis, Japanese story montre une évolution de la mentalité des deux personnages, qui se détestent au début et finissent par s’aimer.
Enfin, ça se termine sur un drame, qu’on n’a pas dans Lost in translation. Je pense que seul le hasard a fait sortir à deux mois d’intervalle ces deux films, qui visent deux buts différents. Cela dit, j’admets que la fameuse incommunicabilité, qui a fait la base de tous les films d’Antonioni, par exemple, est un point commun.
Pour ce qui est de la musique, elle est souvent mauvaise, et dans tous les films. On table sur le fait que personne n’y fait plus attention, étant donné que la Terre est désormais peuplée de sourds et d’amateurs de rap (pardon pour le pléonasme)...

Revu The navigators. Après tout le bien que j’en avais écrit, impossible de faire autrement, on m’aurait lapidé. C’est vrai que le cinéma britannique est souvent meilleur que le cinéma hollywoodien. À se demander si le manque d’argent n’est pas un bienfait pour les artistes.
Vu aussi Les disparues. Étrange, on refait des westerns. Mais ils sont bien différents de ce qu’on fabriquait à l’époque de John Ford. Le mythe de la glorieuse conquête de l’Ouest est bien mort. Ce film est assez noir et cruel, on ne croirait pas qu’il a été filmé par Ron Howard. En tout cas, on peut le voir.

Ken Loach filme toujours de façon très sage et retenue, si bien qu’on ne remarque rien de particulier dans sa mise en scène. Il est certain que ce qui compte dans The navigators, c’est le pamphlet politique visant les méthodes et orientations de la mère Thatcher et de Tony Blair.
Pour ce qui est de la fin, je l’ai trouvée superflue, mais c’est un simple avis personnel : je n’aime qu’à demi la dramatisation du récit en général, je préfère la satire à la tragédie, et j’ai pensé que le film serait aussi fort sans cette dramatisation, car l’essentiel du pamphlet est dans la description des ridicules de la privatisation. Qu’elle entraîne aussi des drames, ça tombe sous le sens. Mais enfin, l’important n’est pas là.

Vu ce matin Les choristes. Ce film suit le canevas traditionnel du genre, celui par lequel on présente une classe (ou un établissement scolaire entier) peuplé(e) de têtes dures, qu’un nouveau venu vachement humain apprivoise en un rien de temps. J’ai bien dû voir vingt ou trente films du même type, le plus connu étant Blackboard jungle (en français, Graîne de violence), parce que le rock and roll est né dans ce film de 1955. Généralement, le domptage des fauves se produit dès la première apparition du Sauveur, qui foudroie tout le monde en une seule réplique spirituelle, à l’exception de LA forte tête, qui ne se rend qu’à la fin ; cette exception, cette forte tête, non seulement a bien des excuses (« C’était un p’tit gars / Qui s’app’lait Armand / L’avait pas d’papa / L’avait pas d’maman »), mais se trouve être, invariablement, le garçon le plus beau, le plus intelligent, le plus doué de la bande ; converti, ledit garçon devient alors le plus grand fan de l’Ange Gardien.
Désolé, mais je ne crois pas à ce genre de salades. Des classes dites « difficiles », j’en ai eu et j’en ai vu ; or, même les plus doués et les plus dévoués de mes collègues n’en venaient jamais à bout. Je dis bien JAMAIS ! Canaliser les fortes têtes et pré-délinquants, ça exige de gros moyens en argent et en personnels spécialisés, il ne suffit pas de les faire chanter ou jouer au basket. Quant à la réussite entraînée par le déploiement de ces gros moyens, quand ils existent, pas de quoi être optimiste, elle est d’un taux extrêmement bas.
Par conséquent, Les choristes n’est qu’un film ultra-commercial, passablement neuneu, pour ne pas dire mensonger. Mais comme le jeune garçon qui tient le rôle principal est très beau, je le conseille chaudement aux pédophiles qui me lisent par millions.
Il faut dire que l’histoire n’est pas très solide. Le personnage de l’horrible directeur, joué par l’envahissant François Berléand, est très chargé, peu vraisemblable. On voit mal comment il peut s’intégrer à la partie de football, et on comprend encore moins la scène où, grimpé sur son bureau, il lance des avions en papier. De plus, cette scène n’ayant eu aucun témoin, comment le narrateur pouvait-il la rapporter ?

L’effet papillon, je l’ai vu, et j’ai été un peu perplexe. Bonne idée de départ, mais pas très clair une fois à l’écran. Il faudrait peut-être que je le revoie.

Peter Ustinov vient de mourir. C’était un grand monsieur. J’avais vu trois fois de suite son Billy Budd (d’après Herman Melville, avec Terence Stamp), dans le même après-midi ! Bizarre, ce film n’est pas édité en vidéo.

On ne peut qu’être d’accord sur l’impact déplorable de certaines musiques de films (et c’est en partie pourquoi le film vu aujourd’hui, traité dans la notule suivante, et qui n’en comporte pas, m’a bien reposé). Souvent, c’est l’aspect le plus désastreux qu’on peut constater dans les salles. Pour ce qui est de Titanic, la seule chanson qui pouvait blesser nos oreilles couvrait le générique de fin. Le producteur avait imposé au réalisateur James Cameron (qui n’en voulait pas) une chanson de Céline Dion n’ayant rien à voir avec le film. Et ça, c’est dans le cadre des produits dérivés : le film fait vendre la chanson, et la chanson fait de la publicité au film.

J’ai donc vu Shara, un film japonais, tourné, sans le revendiquer, selon la méthode Dogma, en caméra portée, sans éclairage d’appoint, sans musique, en son direct. L’histoire est minimaliste, comme on dit : deux jumeaux de 12 ans jouent dans les rues de leur quartier, puis l’un disparaît mystérieusement. Cinq ans plus tard, celui qui reste est toujours traumatisé. Comme il dessine, il a fait un portrait de son jumeau. Une petite jeune fille du voisinage est amoureuse de lui, mais il ne semble pas très intéressé. Elle va apprendre que sa mère n’est pas sa mère, mais sa tante. Puis il y a une fête populaire sous la pluie, et enfin, la mère du garçon accouche d’un bébé. Pas grand-chose de palpitant donc. On a l’impression que le réalisateur n’a pas su comment développer son idée de départ, aussi fait-il des scènes deux fois trop longues, où ne se passe guère d’événements. Mais bon, le résultat, étrange, est néanmoins digne d’intérêt. Et il n’y a rien à voir cette semaine.


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Dernière mise à jour de cette page le samedi 29 novembre 2008.