JPM - Films - Notules - Novembre 2006

Notules - Novembre 2006

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : Scoop – Match point – Le labyrinthe de PanEl laberinto del FaunoNe le dis à personne – Mon idole – Saw 3 – Hannibal – Prête-moi ta main – Un ticket pour l’espace – Azur et Asmar – Les fragments d’Antonin – Les sentiers de la gloire – Nouvelle chance – Le boucher – Augustin, roi du kung-fu – Kung-fu master – Mylady – Le village – Le Dahlia Noir – Les incorruptibles – Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation KazakhstanBorat: Cultural learnings of America for make benefit glorious nation of Kazakhstan – Da Ali G. show – Le prestige – Le limier – Memento – Insomnia – Batman Begins – Désaccord parfaitBabel – Amours chiennes – 21 grammes – Casino Royale (2006) – Helzapoppin’ – The hostGwoemul – Titanic – Boogie nights – Mou gaan dou – Infernal affairs – L’homme qui en savait trop – Les dix commandements – Gangs of New York – Aviator – CœursRoméo et Juliette – Smoking – No smoking – Souris CityFlushed away

Personnes citées : Woody Allen – Charles Dance – Scarlett Johansson – Rosalind Russell – Joshua Logan – Ida Lupino – George Cukor – Howard Hawks – Katharine Hebpurn – Guillermo Del Toro – Sergi López – Guillaume Canet – Darren Lynn Bousman – Bernadette Lafont – Alain Chabat – Éric Lartigau – Gabriel Le Bomin – Anne Fontaine – Jean-Chrétien Sibertin-Blanc – Agnès Varda – Madame du Deffand – Julie de Lespinasse – Danielle DarrieuxArielle Dombasle – Josée Dayan – Andy Gillet – Éric Rohmer – Jack Lang – Dominique Besnehard – Brian De Palma – Night A. Shyamalan – Jérôme Garcin – Éric Neuhof – Vilmos Zsigmond – John Boorman – Don Siegel – George Miller – Roland Joffé – Jack Nicholson – Sean Penn – Irwin Winkler – Kevin Smith – Steven Spielberg – Michael Cimino – Richard Donner – Robert Altman – Jerry Schatzberg – Marc Rydell – Woody Allen – Scarlett Johansson – Josh Hartnett – Alain Riou – James Ellroy – Xavier Leherpeur – Hilary Swank – Maurice Chevalier – Pierre Murat – James Ellroy – Raymond Chandler – Robert Aldrich – Larry Charles – Sacha Baron Cohen – Mohammed Fayed – Guy Bedos – Coluche – Jean-Paul Grousset – David Bowie – Joseph Mankiewicz – Laurence Olivier – Michael Caine – Christopher Nolan – Christian Bale – Scarlett Johansson – Gérard Depardieu – Antoine de Caunes – Ségolène Royal – Pierre Carlet de Marivaux – Édith Cresson – Jean Rochefort – Charlotte Rampling – James Thiérrée – Orson Welles – Alejandro González Inárritu – Robert Altman – Ségolène Royal – Voltaire – Renaud Donnedieu de Vabres – Jack Lang – Jeanne d’Arc – Xavière Tiberi – Martin Campbell – Albert R. Broccoli – Charles K. Feldman – Billy Wilder – Woody Allen – John Huston – Orson Welles – Jean-Paul Belmondo – David Niven – Deborah Kerr – Burt Bacharach – Barbara Broccoli – Vladimir Poutine – Joon-ho Bong – Martin Scorsese – Leonardo DiCaprio – Mark Wahlberg – Matt Damon – Alfred Hitchcock – Cecil B. DeMille – Howard Hugues – Alain Resnais – Molière – Georges Feydeau – Luchino Visconti – Ludwig van Beethoven – Pierre Arditi – Sabine Azéma – André Dussollier – Jacques Chirac – David Bowers – Sam Fell – Eugène Ionesco – Jean Reno

Scoop

Mercredi 1er novembre 2006

Réalisé par Woody Allen

Sorti aux États-Unis le 28 juillet 2006

Sorti en France le 1er novembre 2006

Toujours à Londres – élément indispensable puisque la mort du prestidigitateur n’aurait pas pu avoir lieu dans un pays où l’on conduit à droite –, retour à la comédie pour Woody Allen, après son chef-d’œuvre londonien, Match point, qui était un drame. Disons tout de suite que c’est moins réussi : le début est assez drôle, puis cela ronronne un peu. Comme d’habitude, le fil de l’intrigue n’est qu’un prétexte au dialogue, parsemé des plaisanteries dont Woody s’est fait le producteur exclusif. Le personnage du tueur n’est pas très charismatique, mais la présence du grand Charles Dance compense un peu. Et Scarlett Johansson est toujours aussi belle et talentueuse.

Dernier exploit de nos amis les sous-titreurs : lorsque le nom de Rosalind Russell est cité dans le dialogue, et considérant que le spectateur français est trop ignare pour savoir de quelle actrice il s’agit (après tout, elle n’a tourné que cinquante-sept films, dirigée par Joshua Logan, Ida Lupino, George Cukor ou Howard Hawks), on « traduit » son nom par celui de Katharine Hebpurn !

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Le labyrinthe de Pan

Jeudi 2 novembre 2006

Réalisé par Guillermo Del Toro

Titre original : El laberinto del Fauno

Sorti en France (Festival de Cannes) le 27 mai 2006

Sorti en France le 1er novembre 2006

Ofelia, petite fille imaginative âgée d’une dizaine d’années, a perdu son père, un tailleur pauvre ; sa mère, Carmen, lasse d’être seule, s’est mise en ménage avec le capitaine Vidal, un officier franquiste. Tout cela en pleine guerre d’Espagne. Comme la plupart des partisans de Franco, le capitaine est un horrible individu, meurtrier, tortionnaire, impitoyable. Et Carmen attend un enfant de lui. Ofelia, grande lectrice de contes de fées, et qui se doute bien des activités de son beau-père sans en avoir été le témoin, se réfugie dans le rêve : sortilèges, faunes, monstres gluants, mandragores... Message évident : les monstres issus de l’imagination sont bien moins horribles que LE monstre qu’elle doit cotoyer dans la réalité. Lorsque sa mère meurt en couches (le capitaine, en bon catholique, a exigé du médecin qu’il sauve l’enfant plutôt que la mère), Ofelia tente de s’enfuir grâce à l’aide de la servante Mercedes, mais on les rattrape. Sur le point d’être torturée car elle renseignait les maquisards républicains, Mercedes parvient à blesser le capitaine avant d’être abattue, mais Ofelia se cache dans la forêt. Hélas, le capitaine la retrouve et la tue. Mais les partisans abattent le capitaine, recueillent le bébé... et Ofelia ressuscite !

Franchement, le réalisateur s’est donné beaucoup de mal, et son film est bien fait, mais, en ce qui me concerne, la mayonnaise ne prend pas. Il faut sans doute aimer le mélange des genres, qui est lui-même un genre, mais casse-gueules. Le film a beaucoup plu à la critique, mais il manque terriblement de subtilité.

Sergi López est odieux à souhait, on ne l’a jamais vu ainsi.

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Ne le dis à personne

Vendredi 3 novembre 2006

Réalisé par Guillaume Canet

Sorti en France et en Belgique le 1er novembre 2006

Guillaume Canet avait loupé son premier film, Mon idole, qui se voulait une satire de la télé-poubelle mais se révélait un pétard mouillé, pourvu en outre d’un dénouement ridicule. Il se rattrape avec l’adaptation d’une histoire plus solide, puisque issue d’un roman policier qu’on dit à succès (je n’ai pas vérifié). Disons qu’on voit rarement une histoire aussi noire, dans laquelle presque tous les personnages ont quelque chose à se reprocher ; plus embrouillée, aussi, puisqu’on finit par ne plus savoir qui a tué qui. Cependant, le récit est assez bien conduit pour qu’on ne s’ennuie jamais. Le clou du film est une course-poursuite, non pas en voiture, ainsi que le voudrait l’éternel cliché, mais... à pied ! Comme cela inclut l’ultra-périlleuse traversée du boulevard périphérique nord de Paris, ponctuée par un bel accident, le morceau de bravoure n’est pas sans intérêt.

La distribution est un défilé de vedettes qui tiennent presque toutes des rôles mineurs, et dont la liste est par conséquent inutile. Tout aussi inutile que le résumé de l’histoire.

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Saw 3

Vu le lundi 6 novembre 2006 - Sortie prévue le mercredi 22 novembre 2006

Réalisé par Darren Lynn Bousman

Sorti en Slovénie le 26 octobre 2006

Sorti en France le 22 novembre 2006

Jigsaw, l’horrible tueur qui « déteste les assassins » (sic) et se prend pour un justicier, n’était pas mort, il revient une nouvelle fois dans ce troisième opus, qui tente un retour aux sources avec un nombre de personnages réduit et une unité de lieu retrouvée, après l’éparpillement du deuxième épisode. Mais celui-ci est le moins bon des trois : le scénario est très travaillé et ne manque pas d’ingéniosité, cependant les intentions sadiques sont trop évidentes, et le fil de l’histoire est encore plus embrouillé. Il faut donc attendre la fin pour comprendre où résidait le piège traditionnel dans cette série, lorsque la principale victime du moment, un père de famille dont le jeune fils a été tué par un chauffard, est incitée par le tueur à « pardonner ». L’homme ne pardonne pas, égorge le méchant au moyen d’une scie circulaire, pour apprendre, par une bande magnétique que son tourmenteur avait enregistrée, qu’il vient de tuer la dernière personne pouvant lui dire où se trouvait sa fille, désormais promise au trépas. À vrai dire, ce n’est pas une grande surprise.

Répétons-le car c’est assez rare, le seul moteur de ce type de film est le sadisme. C’est toujours aussi bruyant et crade, et le clou du film, une opération du cerveau, est le passage le moins horrifique (c’était plus distancié dans Hannibal). Espérons, sans trop y croire puisque cela marche auprès du public, que cet épisode sera le dernier.

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Prête-moi ta main

Mardi 7 novembre 2006

Réalisé par Éric Lartigau

Sorti en France et en Belgique le 1er novembre 2006

Il est « nez », le divin enfant. Entendez par là que Luis, à 43 ans, est, d’une part, toujours sous la coupe de sa mère et de ses cinq sœurs, qui l’infantilisent, et que, d’autre part, son travail consiste à concevoir de nouvelles fragrances pour un parfumeur. Harcelé par son gynécée qui le presse de se marier enfin, il loue les services d’une fille, avec le projet suivant : une fois le mariage décidé, elle le larguera au pied de l’autel, il feindra la déprime, et plus personne n’osera lui suggérer de convoler ! Un beau programme... Hélas, c’est sa mère, redoutable Bernadette Lafont vivant dans le culte de son époux défunt, qui se paie une dépression, et, pour l’en tirer, Luis doit renouer avec la pseudo-fiancée.

Vous avez compris, comme tout le monde, que l’Hhhhâââmour est au bout et que le tout se terminera par un vrai mariage. Et aussi que, sans la dérision fournie par les dialogues d’un cynisme réjouissant, ce serait insupportable. D’autant plus qu’après une première partie assez pétillante, on flirte avec le sentimental, à grands renforts de violons et photos de bébés proposés pour l’adoption. Toujours le même travers, ne pouvoir imaginer une comédie qui se contente de faire rire, et coller de l’humain partout.

Éric Lartigau, qui avait débuté comme réalisateur aux Guignols de Canal Plus, a magistralement raté, il y a quelques mois, Un ticket pour l’espace, déjà conçu par deux rigolos de la télé. Avec Prête-moi ta main, il met en scène un sujet d’Alain Chabat, co-scénariste avec quatre complices. Comme Chabat est plus que doué, le résultat est meilleur, surtout dans la première partie. Mais enfin, tout cela ne va pas loin. Allez plutôt voir Azur et Asmar, le meilleur film français de l’année.

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Les fragments d’Antonin

Vendredi 10 novembre 2006

Réalisé par Gabriel Le Bomin

Sorti en France le 8 novembre 2006

D’un film qui parle de la guerre, difficile de dire qu’on ne l’a pas aimé : on passe immanquablement pour un salaud. Or ce film appartient bel et bien à la catégorie « C’est pas beau la guerre », et il est plein de bonnes intentions : Antonin a survécu à celle que préférait Brassens, mais il en revient l’esprit démoli. On cherche à le soigner, donc à comprendre pourquoi il est dans cet état – d’où les innombrables retours en arrière du récit, vite lassants.

C’est un festival de déjà vu : scènes de tranchées avec soldat qui perd pied et refuse d’aller à l’assaut, sommaire exécution d’un « lâche » au revolver ; exécution capitale devant le front des troupes ; infirmière héroïque ; conflit des Alsaciens entre France et Allemagne ; fraternisation entre un Allemand et un Français ; et, par-dessus tout, scènes exhibant des blessures horribles. Le tout sur fond de violons, comme d’habitude. Non, décidément, mieux vaut revoir Les sentiers de la gloire.

Si je classe ce film comme « À voir à la rigueur », c’est pour une seule scène du début : on apporte au chirurgien-colonel son contingent de blessés du jour, et il choisit ceux qu’il va opérer, « Celui-ci, je prends, celui-là, aussi, celui-là, on oublie », on croirait qu’il fait son marché ! Oui, mais... il a raison : « Pour sauver celui-ci, il me faudrait quatre heures ; pour sauver ces trois-là, il me faut une heure, une heure et deux heures. Vous savez compter ? ». Cette arithmétique peut sembler primaire, mais lorsqu’il s’agit d’en sauver le plus possible, comment faire autrement ?

Et puis, ceux qu’on abandonne parce que leur état est désespéré, auxquels on retire leur plaque d’identité, jetée dans un seau, alors qu’ils sont toujours vivants et conscients. S’ils avaient encore des illusions...

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Nouvelle chance

Lundi 13 novembre 2006

Réalisé par Anne Fontaine

Sorti en France (Festival de Cannes) le 24 mai 2006

Sorti en France le 8 novembre 2006

Ce n’est certainement pas pour sa réalisatrice Anne Fontaine qu’on ira voir ce film : elle s’était signalée l’an passé par son Entre ses mains, qui était un pur plagiat du film de Claude Chabrol Le boucher – ce que la critique professionnelle, par le plus grand des hasards, avait oublié de signaler. Sachant cela, je me serais abstenu, mais il y a son frère comme interprète, le curieux Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, qui reprend ici le personnage d’Augustin, créé en 1999 dans Augustin, roi du kung-fu, film qui, en dépit de son titre, n’avait pas plus à voir avec les arts martiaux que le Kung-fu master d’Agnès Varda. Cette fois, Augustin, pourvu d’une famille japonaise, est garçon de bain à la piscine du Ritz, et naïf metteur en scène, à ses heures, de spectacles théâtraux ringards pour comités d’entreprise. Toujours à côté de ses pompes, Augustin (« Je suis désolé, j’ai fait tomber de l’eau dans la piscine »), obligé de monter une pièce commanditée par une société suédoise, opte pour Les salons, d’après un texte de madame Du Deffand, qui la mettra en scène avec Julie de Lespinasse. Interprètes, Odette, une chanteuse d’opérette (c’est Danielle Darrieux), retrouvée dans un asile de vieillards et sur le point de devenir aveugle, et Bettina, rencontrée au Ritz, et qui joue dans des téléfilms (c’est Arielle Dombasle, que l’on voit dans le ridicule Mylady de Josée Dayan). Au début, tout se passe apparemment bien, mais les deux femmes ne tardent pas à échanger des piques, puis à se haïr, au point qu’Augustin doit sacrifier Odette – on ne saura pas, trou dans le scénario, qui reprend son rôle. Quant à Bettina, qui a déjà fait remplacer son partenaire, fâcheusement pourvu d’un accent pied-noir, par un jeune homme au visage d’ange, Raphaël, ben voyons !, joué par Andy Gillet (qui débute au cinéma, et sera Céladon dans le prochain film d’Éric Rohmer), elle se voit larguer par le godelureau le soir de la première.

Je regrette de dire qu’on ne croit jamais à cette histoire, qui souffre aussi d’une pipolisation plutôt accentuée : Jack Lang, Dominique Besnehard, Josée Dayan viennent y montrer leur binette, dont on se fout royalement. On reste pour Danielle Darrieux, mais le film n’ajoute rien à sa gloire, c’est le moins qu’on puisse dire !

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Brian De Palma et Le masque et la plume

Mardi 14 novembre 2006

Voici une contre-critique (j’avais bien rédigé une « avant-critique » pour Le village, de Shyamalan ! On a le droit de s’amuser un peu), basée uniquement sur l’émission de France Inter Le masque et la plume, mais on pourrait choisir une autre cible ; l’émission a cet avantage de réunir quatre critiques de cinéma, plus un présentateur censé ne pas donner son avis, mais qui le donne quand même. On a donc un pack de grands pros, qui dissertent sur Le Dahlia Noir, film de Brian De Palma sorti cette semaine, et que presque tous ont détesté. Appréciez les arguments :

- Jérôme Garcin : « Deux flics se lancent dans l’enquête tout à fait labyrinthique sur une affaire qui n’a jamais été élucidée ». Contre-vérité, elle a été élucidée, lire la critique du film.

- Éric Neuhoff : « C’est d’une laideur épouvantable, on a l’impression que De Palma a trempé la pellicule dans un bouillon de pot-au-feu ». Je n’ai rien remarqué quant à ce bouillon de pot-au-feu, mais rappelons au passage que le directeur de la photo est Vilmos Zsigmond, l’un des meilleurs au monde, qui, ayant débuté en Bulgarie en 1955, a, durant un demi-siècle, travaillé notamment avec John Boorman, Don Siegel, George Miller, Roland Joffé, Jack Nicholson, Sean Penn, Irwin Winkler, Kevin Smith, Steven Spielberg (deux fois), Michael Cimino (deux fois), Richard Donner (deux fois), Robert Altman (trois fois), Jerry Schatzberg (trois fois), De Palma lui-même (quatre fois), Marc Rydell (quatre fois), et, last but nos least, Woody Allen, rien que des ringards par conséquent, et qui se fichent éperdument de l’aspect visuel de leurs films !

- Éric Neuhoff encore : « Voilà quelqu’un qui [...] filme les femmes d’une façon [...] nulle, elles sont toutes moches ». Avis personnel, bien entendu. Nous n’avons pas vu le même film.

- Éric Neuhoff toujours : « L’autre, là, Scarlett Johansson, dont j’suis pas fana, a un côté porcin qui est redoutable. [...] Les acteurs sont nuls, le héros, là, Josh Hartnett [...] c’est une tranche de mou de veau ». Faudrait savoir, c’est du porc, ou du veau, cher Éric ? Comme conclut Alain Riou, « c’est un film alimentaire ». Oui, mais Riou a parfois de l’esprit. Neuhoff, là, qui trouve tout « nul », jamais.

- Éric Neuhoff, concluant : « La production a payé James Ellroy pour accompagner le film en promotion et en dire du bien ». Élégant, et totalement inventé.

- Xavier Leherpeur : « Dès la première image, au bout de cinq minutes [sic], on sait que ça va être un ratage ». Ils sont extralucides, sur France Inter. Mais patients : ils attendent cinq minutes pour voir la première image.

- Xavier Leherpeur encore : « La pauvre Scarlett Johansson va jouer pendant deux heures la poitrine en avant, les épaules en arrière pour bien faire ressortir ses atouts, et les bras en l’air, pour montrer qu’elle est une blonde fatale ». Scarlett Johansson ne joue pas une femme fatale dans le film, mais une victime qui s’est tirée d’affaire et qui est devenue institutrice, grâce à l’aide financière d’un policier. J’ai revu le film après avoir écouté cette critique, et j’ai guetté les passages où elle avait « les bras en l’air pour montrer qu’elle est une blonde » [sic], mais je n’ai rien trouvé.

- Xavier Leherpeur toujours : « Hilary Swank [...] passe son temps à regarder l’entrejambes de Josh Hartnett, elle est bien la seule d’ailleurs à être attirée par ce truc-là ». Ça c’est de la critique, coco ! Il ne regarde jamais « ce truc-là », Leherpeur ? Ce n’est pas ce que je crois savoir. Et, comme chantait Maurice Chevalier, « Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres ! ».

Seul Pierre Murat a remarqué que traduire James Ellroy au cinéma, c’est impossible, et que De Palma en a fait autre chose – un film « rétro, à la Chandler » –, citant Les incorruptibles pour le style, ce que j’avais fait, et les films d’Aldrich. Cette autre chose, que nos valeureux critiques n’ont pas vue, c’est une étrange histoire d’amour entre une femme et deux hommes qui ne sont pas et ne veulent pas être ses amants ; le premier, parce qu’il la protège en souvenir de sa jeune sœur assassinée, le second, par loyauté envers le premier, avant d’apprendre que son coéquipier ne méritait pas son estime. De toute évidence, c’est cette situation inédite et ce côté trouble qui ont attiré de Palma, pas l’enquête policière, qu’il délaisse parce qu’elle ne relève pas du cinéma.

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Borat, leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan

Jeudi 16 novembre 2006

Réalisé par Larry Charles

Titre original : Borat: Cultural learnings of America for make benefit glorious nation of Kazakhstan

Sorti aux États-Unis le 4 août 2006

Sorti en France le 15 novembre 2006

Le personnage de Borat, journaliste au Kazhakstan, a été inventé par le comédien Sacha Baron Cohen pour son émission Da Ali G. show, à la télévision britannique, dont j’avais parlé il y a quatre ans et en un autre lieu. Il y a d’ailleurs eu un film portant le titre de cette émission, et qui n’avait eu aucun succès. Grimé en rappeur d’opérette et entouré de bimbos, Cohen tenait des propos délirants de bêtise (assumée), et invitait, en vue de les ridiculiser, des personnalités comme Mohammed Fayed – le pseudo-prince Al-Fayed, précision pour les naïfs. Quelques séquences avec Borat y étaient incluses, charriant des bordées d’âneries sur les Juifs, les Gitans, les homosexuels et les femmes – pas encore sur les musulmans, si je me souviens bien, mais il se rattrape ici.

Certes, le pseudo Borat n’inventait rien : chez nous, Guy Bedos avait autrefois un sketch sur Marrakech, où il interprétait un personnage raciste, mais il avait dû supprimer de son spectacle ce sketch fréquemment compris de travers. Aujourd’hui, le public a fait des progrès, il sait déceler le second degré, surtout grâce à Coluche, dont on n’a pas oublié les sketches sur l’alcool au volant ou sur le viol.

Cette fois, donc, le reporter ignare, raciste et ringard tient la vedette et se rend aux États-Unis pour y apprendre quelques recettes susceptibles de faire progresser son pays plus qu’arriéré. Inutile de dire que toutes les énormités y passent, et que c’est assez réjouissant. Dommage qu’à deux ou trois reprises, on ait cru insérer une touche d’émotion, notamment lorsque Borat, prétendument abandonné par son producteur, se retrouve seul et virant au clochard. Seul, mais avec une voiture et un caméraman pour le filmer, tout de même... Quant au reste, il faut être un pisse-froid comme un chroniqueur du « Canard enchaîné » ou du « Figaro » (bizarre, la concordance des avis, dans ces deux journaux de tendances pourtant opposées) pour se formaliser de ce qui n’est qu’une énorme blague.

La production a répandu le bruit que le comédien avait réellement voulu se faire passer aux États-Unis pour un véritable journaliste, et que certains de ses hôtes y avaient cru. C’est possible pour quelques séquences, comme celle où il perturbe un bulletin météo à la télévision, puisque des canulars de ce type, il y en a eu, y compris chez nous, avec Patrick Sébastien notamment ; mais très improbable, par exemple lors du dîner chez les bourgeois, ou à l’occasion d’un hébergement chez un couple juif : de telles scènes sont de toute évidence écrites et mises en scène. N’oublions pas que les séquences d’intérieur nécessitent au minimum une ou deux caméras, un preneur de son, un directeur de la photo et un éclairagiste, il est donc impossible de les filmer comme un reportage.

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Le prestige

Vendredi 17 novembre 2006

Réalisé par Christopher Nolan

Titre original : The prestige

Sorti en Italie (Rome Film Fest) le 17 octobre 2006

Sorti en France le 15 novembre 2006

L’ineffable Jean-Paul Grousset, qui depuis quarante ans reproduit inlassablement (pour lui, car ses lecteurs, eux, sont lassés) la même critique au « Canard enchaîné », classe ce film dans la catégorie « Qu’on peut ne pas voir ». Inutile de préciser que c’est tout le contraire, et qu’on ressent, à ce film certes mineur, un plaisir un peu pervers ! Au fond, « Le Canard » est fiable, il suffit de prendre le contre-pied de ses avis...

Au début du film, nous apprenons que les tours de grande magie fondés sur la disparition d’un objet ou d’un personnage doivent comporter trois phases, tout comme les gags : la présentation, l’exécution et le « prestige », c’est-à-dire la réapparition de l’objet escamoté. Alfred Bolden et Robert Angier, jeunes assistants d’un grand maître de l’illusion, doivent lier avec des cordes une jeune femme, l’épouse d’Angier, avant sa plongée dans une cuve remplie d’eau. Les nœuds doivent surtout être assez lâches pour qu’elle puisse rapidement se délier seule et en sortir... mais la jeune femme se noie. Quel nœud a donc fait Borden ? Il prétend ne plus s’en souvenir. Angier va le poursuivre de sa haine tout au long de sa carrière, et, en apothéose, simuler son propre assassinat (en fait, celui du double, et je ne vous raconte pas d’où il vient, utilisé pour ses tours), afin de coller le crime sur le dos de Borden, qui est ainsi condamné à mort puis pendu. Mais Borden avait aussi un comparse, son frère jumeau, lequel exécute Angier. À moins, et le film ne le dit pas, que ce soit le frère qui est exécuté tandis que Border survit : ce qui suggère qu’entre la fiction et la réalité, la différence est mince...

Le film, intelligent, élégant et pas froid pour un penny, est une succession de coups fourrés très ingénieux, chacun des deux magiciens essayant de piquer les trucs de l’autre, et de retournements de situation. Il m’a constamment fait penser à un film de Mankiewicz, Le limier, avec Laurence Olivier et, déjà, Michael Caine. On aurait tort de le rater, d’autant plus qu’il est dû à Christopher Nolan, qui avait signé Memento, puis Insomnia, et enfin l’excellent Batman Begins, où jouait déjà (bis) Christian Bale, dont on sait, depuis ses douze ans, qu’il est un grand acteur. À noter la présence, outre celle de David Bowie dans un petit rôle, de Scarlett Johansson, pour son troisième film sorti en trois semaines. Elle va devenir aussi présente (les cons disent « incontournable ») que Depardieu.

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Désaccord parfait

Lundi 20 novembre 2006

Réalisé par Antoine de Caunes

Sorti en France et en Belgique le 8 novembre 2006

Mais qui diable a pu fourrer dans la tête d’Antoine de Caunes qu’il était capable d’être réalisateur de cinéma ? Troisième film, troisième navet, il serait temps de passer à la cure de désintoxication. Quelle pitié de ne pouvoir aimer le travail d’un homme intelligent, qui nous a tant fait rire à la télévision, mais qui manque à ce point de discernement !

Sitôt passées, au début, les vacheries du dialogue, le spectateur a tout compris : séparé depuis la chute de Saïgon (pour les ex-lofteurs et les partisans de Ségolène Royal qui se seraient égarés sur cette page, cela signifie « depuis 1975 »), le couple infernal va se retrouver à la fin dans le même lit...

Outre cela, une vulgarité qui, en comparaison, propulse Borat à la hauteur de Marivaux. Par exemple, la scène où ce chien, qui a gobé un comprimé de Viagra, va chercher un exutoire auprès du majordome gay d’un lord également gay. Certes, on savait depuis Édith Cresson que tous les Anglais étaient homosexuels, mais la belle Édith ne nous avait rien révélé à propos de leurs chiens...

Jean Rochefort gagnerait à changer de coiffure ; lui et Charlotte Rampling, à rester vêtus en toutes circonstances ; et tous deux, à lire les scénarios qu’on leur propose AVANT de les accepter. Quant à engager Charles Dance et surtout James Thiérrée, qui est un génie de la scène, pour leur faire jouer de telles panouilles (un peu comme si on avait embauché Orson Welles pour lui faire dire « Madame est servie »), c’est un crime qui vous fait rêver de la fameuse tolérance zéro.

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Babel

Mercredi 22 novembre 2006

Réalisé par Alejandro González Inárritu

Sorti en France (Festival de Cannes) le 23 mai 2006

Sorti en France le 15 novembre 2006

L’insuccès de ce film ne provient pas, comme on l’a prétendu, de ce qu’Inárritu utilise pour la troisième fois le processus des histoires parallèles, reliées entre elles par un événement ou un personnage, et qui n’est qu’une variante du film dit « choral » si souvent illustré par Robert Altman – lequel vient justement de mourir. Il est d’ailleurs assez ridicule de lui reprocher ce choix, après Amours chiennes et 21 grammes : un réalisateur a le droit de faire le film qu’il veut, comme il veut, et « Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux », comme l’a si bien dit Ségolène Royal... pardon : Voltaire (je les confonds souvent).

Donc, une balle de fusil bêtement tirée par un enfant, dans un village du sud marocain, blesse une touriste venue des États-Unis. Ce qui a des répercussions sur ses propres enfants, restés au pays sous la garde d’une nourrice mexicaine employée illégalement, et qui, ne sachant qu’en faire puisqu’elle doit se rendre au mariage de son fils, les emmène avec elle au Mexique, sans autorisation bien entendu ! En somme, on a un festival de bévues, auquel se rattache difficilement le troisième épisode, fort ennuyeux, celui d’une jeune Japonaise sourde et allumeuse, et dont le père avait fait cadeau du fusil au père des enfants marocains.

À vrai dire, ce qui pèche dans ce film, plus que sa construction (car l’épisode marocain est terminé avant que commencent les deux autres, or ils sont racontés comme simultanés), c’est qu’on se fiche bien des personnages, dont pas un n’a le moindre intérêt. On retiendra, et c’est la seule originalité de cette histoire, que la police marocaine montre une diligence exceptionnelle dans la conduite de son enquête, puisqu’elle retrouve les coupables du tir en quelques heures seulement, et défense de rire. Plus douée habituellement pour tabasser les rares étudiants contestataires du pays, enlever les opposants politiques, ou torturer les supposés terroristes islamistes que l’oncle Sam lui expédie par avions spéciaux, elle se donne ici un mal de chien pour satisfaire Washington, semble-t-il. Ce qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le Palais n’a rien à refuser à ses protecteurs yankees. Gageons que si la touriste avait été française, l’enquête aurait pris quelques années de plus. Voire l’éternité.

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Interdisez, interdisez...

Mercredi 22 novembre 2006

Décidément, pour faire la publicité d’un film qui, sans cette aide, ferait une carrière de deux semaines dans un placard à balais, rien ne vaut un ministre avisé. En général, c’est celui de la Culture qui s’y colle, mais je m’étonne de ne pas avoir encore vu celui de l’Intérieur, dont l’esprit est universel, se mêler de ces questions capitales. En l’occurrence, aujourd’hui sort Saw 3, dont j’ai écrit ici, le 6 novembre, toute l’estime en laquelle je tenais cette bouse épaisse. Mais monsieur Donnedieu de Vabres, qui occupe actuellement et sans le moindre scrupule le fauteuil de Jack Lang au Palais-Royal, a décidé de l’interdire aux moins de 18 ans (le film, pas Jack Lang), efficace mesure dont on sait à quel point elle terrifie les jeunes.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : tous ceux qui ont eu connaissance de la décision ministérielle se sont précipités sur Internet pour télécharger Saw 3 ! Ils n’y trouveront d’ailleurs qu’un minable camcorder (c’est-à-dire un enregistrement fait clandestinement au caméscope dans une salle par un simple spectateur, avec une image illisible et un son parasité en permanence). Explication : le DVD n’existe pas encore !

Un grand bravo, donc, à notre gouvernement et à sa connaissance de la psychologie du peuple dont il conduit les affaires.

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Casino Royale

Jeudi 23 novembre 2006

Décidément (bis), pour faire la publicité de sa candidate à l’élection présidentielle – et non « aux » élections présidentielles, comme disent les niais – le Parti Socialiste ne recule plus devant rien. Voilà qu’il fait réaliser un film dans lequel il est question d’un casino portant le nom de la nouvelle Jeanne d’Arc.

Bon, tout ça c’est bien beau, camarades, mais vous avez fait une faute d’orthographe dans le titre ! C’est Xavière Tiberi qui a conçu les affiches ?

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Casino Royale (2006)

Jeudi 23 novembre 2006

Réalisé par Martin Campbell

Sorti au Koweit le 14 novembre 2006

Sorti en France le 22 novembre 2006

Allez, je cesse de railler. Il y avait déjà eu en 1967 un autre Casino Royale, d’après le tout premier roman dont James Bond était le héros. Sans doute pour une question de droits, ce roman avait échappé aux producteurs des autres films de 007, les Broccoli, qui sont pourtant des choux, et c’est le producteur Charles K. Feldman qui avait piloté l’affaire, confiant l’écriture du scénario à SEPT scénaristes, dont Billy Wilder et Woody Allen, que le générique ne cite pas – mais Woody jouait dans le film, comme neveu traître du vrai James Bond. Il y avait par ailleurs cinq réalisateurs, et l’illustre John Huston en faisait partie, tout en interprétant aussi un personnage de second plan. Je vous épargne la distribution, qui allait d’Orson Welles à Belmondo, le rôle de sir James étant échu à David Niven, acteur de comédie britannique bien connu. Inutile de préciser que le film était un festival de grosses blagues, puisque même Deborah Kerr en veuve nymphomane y tenait un rôle comique, le seul de sa carrière ! Outre les péripéties loufoques et qui ne tenaient guère compte du roman (l’action, néanmoins, se passait bien en France, contrairement à la nouvelle version), on pouvait savourer une excellente musique due à Burt Bacharach, et une fin qui rappelait Helzapoppin’.

Le nouveau Casino Royale des Broccoli (la fille, Barbara, a repris le travail du père, Albert) s’efforce de faire oublier les précédents... en prenant au sérieux des aventures qui, à l’écran, ne l’avaient jamais été. Et, au passage, James Bond perd la quasi-totalité de son humour ! Grave erreur : parvenu au stade du mythe, ce personnage ne devrait plus être interprété en vue d’atteindre on ne sait quelle vraisemblance – pas plus que les péripéties filmées ne devraient viser un réalisme saugrenu –, mais seulement joué en vue de respecter les canons qui se sont imposés ; faute de quoi, le spectateur est frustré. Et ce n’est pas la seule erreur : un critique dont le nom m’échappe a judicieusement remarqué que le nouveau Bond n’avait rien de britannique, mais ressemblait étrangement à Vladimir Poutine. Un comble !

Ajoutons que la manie d’ajouter, aux intrigues qui n’en ont nul besoin, la fameuse « touche d’émotion » dont je parlais il y a quelques jours, et que rendent désormais obligatoire les recettes de cuisine... pardon, de scénario, plombe le film, et tout particulièrement les scènes d’amour.

Ne resteront par conséquent dans notre mémoire que les cascades, très réussies, surtout celles du début, et qui font vrai.

Notons qu’il faut poireauter jusqu’au dernier plan du film pour entendre la réplique mythique « My name is Bond. James Bond », ainsi que la célèbre musique des génériques d’antan. Un peu frustrant.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

The host

Vendredi 24 novembre 2006

Réalisé par Joon-ho Bong

Titre original : Gwoemul

Sorti en France (Festival de Cannes) le 21 mai 2006

Sorti en Corée du Sud le 27 juillet 2006

Sorti en France le 22 novembre 2006

Il paraît que ce film coréen, mettant en scène un monstre gluant né dans un fleuve à la suite d’une pollution chimique, et qui dévore des tas de victimes, est formidable, novateur, imaginatif, et tout et tout. Franchement, j’aurais plutôt dit « soporifique ». En fait, le préambule est réussi, avec sa description de la vie quotidienne à Séoul, mais, dès que le monstre apparaît, d’ailleurs beaucoup trop tôt, le récit perd tout son intérêt ; en partie parce que, loin d’être effrayant, il possède un aspect ridicule, comme souvent. On n’a pas fini de subir à l’écran les descendants du premier Alien...

Au début, on nous montre sans raison apparente un concours de tir à l’arc. Vous devinez immédiatement que c’est la gagnante de la compétition qui va tuer le monstre dans la séquence finale : on l’asperge d’essence (le monstre, pas la championne), et elle lui décoche une flèche enflammée. On ne nous avait pas encore fait ce coup-là.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Cracher dans la soupe

Samedi 25 novembre 2006

Histoire de soutenir publicitairement le troisième film qu’il vient de tourner sous la direction de Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio a donné une interview dans laquelle il déclare que, si c’était à refaire, il refuserait de jouer dans Titanic, parce que ce film a beaucoup trop « marqué [son] parcours ». Pauvre chou, va ! Ce doit être atroce, d’avoir été rendu célèbre par un excellent film qui a connu un triomphe mondial. Et il regrette de n’avoir pas plutôt choisi d’interpréter Boogie nights, dont le rôle est ainsi échu à Mark Wahlberg (l’intervieweur transcrit « Boogie night », montrant ainsi sa grande connaissance du cinéma).

On aimerait rappeler deux choses.

D’abord, que le petit dernier de Scorsese, avec Matt Damon et DiCaprio, et qui sortira le 29 novembre, n’est que le remake d’un film de Hong-Kong, Mou gaan dou, alias Infernal affairs, tourné en 2002 mais sorti en France en septembre 2004 seulement. Or, faire un remake, pour un réalisateur qui se pose en auteur et grand maître du cinéma, ce n’est pas très glorieux : on prouve surtout son manque d’imagination et de créativité. Et ne m’objectez pas qu’Hitchcock a fait un remake de L’homme qui en savait trop, puisqu’il refaisait vingt et un ans plus tard un film dont il était l’auteur ! Ou que DeMille a refait Les dix commandements, car les deux versions, celles de 1923 et celle de 1956, sont très différentes.

Ensuite, on voit mal en quoi les deux précédents films avec DiCaprio et dirigés par Scorsese, Gangs of New York et Aviator, rendent si fier le beau Leo : ils étaient puants, surtout le second, monument de malhonnêteté, qui blanchissait avec cynisme (ou inconscience ?) une canaille notoire, Howard Hugues, ordure raciste et antisémite. Tout au contraire, Titanic, grand film authentiquement de gauche, était irréprochable.

Un peu plus haut dans cette même page, j’ai parlé d’aveuglement à propos d’Antoine de Caunes. Il n’est pas le seul...

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Cœurs

Lundi 27 novembre 2006

Réalisé par Alain Resnais

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 2 septembre 2006

Sorti en France le 22 novembre 2006

La première de ce film a-t-elle eu lieu au Père-Lachaise ?

Imparable : chaque fois qu’un réalisateur très âgé, comme Alain Resnais, 84 ans, sort un film, on ne manque pas, dans la presse, à la radio, à la télévision, de prétendre que jamais on n’avait vu une œuvre aussi jeune d’esprit. À supposer qu’on laisse de côté la complaisance coutumière envers ceux qui « ont la carte », comme on dit, et qui suppose – dogme – que TOUT ce que fait Resnais depuis plus de quarante ans atteint des sommets (rions !), c’est oublier ceci : rien n’est plus normal, donc moins surprenant, chez un artiste, que de tenter de produire le contraire de ce que tout le monde attend de lui. Molière et surtout Feydeau, dont l’existence fut assez lugubre, ont écrit les comédies les plus drôles de tout notre théâtre ; Orson Welles, nourri de théâtre classique, était au meilleur de son art dans ses films policiers ; Shakespeare, homosexuel, a produit le plus beau drame hétérosexuel du théâtre mondial, Roméo et Juliette ; Visconti, aristocrate, faisait des films d’inspiration communiste ; et Beethoven était sourd, dirai-je pour terminer par une blague vaseuse. Pas de quoi s’étonner, par conséquent, si les vieux font des films de jeunes, et vice-versa.

Tiré comme d’habitude d’une pièce de théâtre, Cœurs met en scène des personnages médiocres, interprétés par le sempiternel trio Arditi-Azéma-Dussollier. Citons-les dans l’ordre alphabétique, pour ne pas faire de jaloux, mais la pire est Sabine Azéma, compagne de Resnais, ce qui explique bien des choses, qui s’obstine à minauder, se tortiller, jouer les gamines, contrefaire les fofolles aguicheuses, à 57 ans, comme à l’époque de Smoking et No smoking, qui remontent à treize ans. Ces personnages vivent de mornes existences en débitant des platitudes, comme on le faisait du temps d’Eugène Ionesco, pendant que tombe la neige, inlassablement (vers la fin, il neige même dans l’appartement de Pierre Arditi, pauvre astuce lourdement suggestive, symbole d’on ne sait trop quoi).

Je vous suggère fortement, avant d’aller voir ce film, de vérifier que la salle de cinéma se trouve près d’une station de métro : vous pourrez, en sortant, vous jeter sous une rame.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Le film de la semaine

Mercredi 29 novembre 2006

Non, ce n’est pas le dernier chef-d’œuvre boursouflé d’une vieille gloire du cinéma légèrement surfaite mais que nul ne remet en question. Le film de la semaine, c’est... un spot publicitaire pour les préservatifs Manix, projeté dans les cinémas à partir d’aujourd’hui – jolie façon de célébrer l’anniversaire de Jacques Chirac. On y voit un jeune homme qui s’apprête à faire l’emplette d’un paquet de préservatifs dans un distributeur automatique, et qui a une vision prémonitoire des conséquences d’un tel geste : tout le monde s’envoie en l’air, les femmes ne tombent plus enceintes, les dernières écoles ferment, le gouvernement est renversé, etc. Bref, la fin du monde, ou quasiment. Le film tourne en dérision la propagande traditionnelle en faveur de la natalité, et je ne suis pas certain qu’il est diffusé avec la bénédiction du ministère des Affaires sociales ou de l’archevêché !

C’est trop récent pour avoir suscité les réactions coutumières des associations d’extrême droite, celles qui voient partout des complots contre la famille, mais cela ne saurait tarder.

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Souris City

Jeudi 30 novembre 2006

Réalisé par David Bowers et Sam Fell

Titre original : Flushed away

Sorti au Japon (Festival de Tokyo) le 21 mai 2006

Sorti en France le 29 novembre 2006

Pourquoi les films d’animation produit par Dreamworks sont-ils moins bons que ceux de Pixar ? Sans doute parce que leurs scénarios sont moins intéressants. Roddy, souris mâle des beaux quartiers, vit dans une cage dorée, sans avoir conscience de sa solitude. Le hasard lui fait connaître un monde étranger, peuplé de souris, mais situé dans les égoûts. Lorsqu’il en revient, accompagné d’une petite amie, Rita, et nostalgique, croit-il, de son univers feutré, il comprend que la vraie vie n’est pas là, et retourne dans l’univers souterrain mais marrant et chaleureux où il s’est fait des amis.

Détail : le méchant de l’histoire est un crapaud... français, baptisé Le Frog, et qui a la voix de Jean Reno. On nous adore toujours autant, outre-Atlantique.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le samedi 3 octobre 2015.