JPM - Films vus - Notules - Janvier 2008

Notules - Janvier 2008

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : It’s a free world... – Happy together – In the mood for love – 2046 – Eros – La main – La dame de Shanghai – Fellini-Satyricon – Satiricon – Casanova di Federico Fellini – FilaturesGun chungEye in the skyShotgun storiesInto the wild – Ken Park   L’auberge rouge – Reviens-moiAtonement – Orgueil et préjugés – Détention secrète Rendition – Plus belle la vieJulie LescautJoséphine, ange gardien – La vie des autres – Smiley face – Mysterious skin – La guerre de Charlie WilsonAngels in AmericaGarageLust, caution – Brokeback Mountain – Hulk – Garçon d’honneur – Un petit jeu sans conséquence – Empire du Soleil – Le roi et le clownSweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet StreetSweeney Todd - The demon barber of Fleet Street – Ed Wood – 13 m²Didine – Tatie Danielle – Astérix aux Jeux Olympiques – Cortex – Vol au-dessus d’un nid de coucous

Personnes citées : Ken Loach – Olivier Besancenot – Kar-wai Wong – Charles De Gaulle – Michelangelo Antonioni – Steven Soderbergh – Jude Law –Federico Fellini – Orson Welles – Yau Nai Hoi – Jeff Nichols – Sean Penn – Emile Hirsch – Jack Kerouac – Joe Wright – Éric Rohmer – Gavin Hood – Gérard Krawczyk – Christian Clavier – Josiane Balasko – Gérard Jugnot – Orson Welles – Meryl Streep – Jake Gyllenhaal – Gregg Araki – Mike Nichols – Philip Seymour Hoffman – Tom Hanks – Lenny Abrahamson – Ang Lee – Bernard Rapp – Steven Spielberg – Jun-ik Lee – Molière – Louis XIV – Tim Burton – Johnny Depp – Barthélémy Grossmann – Wolfgang Mozart – Vincent Dietschy – Édith Scob – Étienne Chatiliez – Tsilla Chelton – Nicolas Boukhrief – André Dussollier

It’s a free world...

Mercredi 2 janvier 2008

Réalisé par Ken Loach

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 1er septembre 2007

Sorti en France le 2 janvier 2008

Un film pédagogique, sur un thème très actuel, celui du travail clandestin.

Angie, mère célibataire de Londres, recrute pour une boîte de travail intérimaire. Au cours d’une mission à Katowice, en Pologne, un client lui met la main au cul ; elle se rebiffe... et se fait virer dès son retour en Angleterre. Elle décide alors de se lancer dans le bizness, avec Rose, une copine, mais cette fois comme patronne. Les débuts sont difficiles, cependant les deux jeunes femmes sont d’accord pour ne pas enfreindre la loi ; par conséquent, pas de papiers, pas de travail ! C’est ainsi qu’un malheureux réfugié politique iranien, Mahmoud, ancien libraire et chargé de famille, doit être éconduit.

Cependant, à cours d’argent, Angie se laisse convaincre que les travailleurs clandestins, c’est bien pratique aussi. Le patron d’une autre boîte d’intérim ayant pignon sur rue et qui emploie des centaines de clandestins n’a reçu de l’Immigration qu’une simple lettre d’avertissement. Aucun risque avec l’État, par conséquent. Et, peu à peu, en dépit de l’opposition de son amie, Angie va devenir impitoyable, jusqu’à passer un coup de téléphone anonyme aux autorités pour faire expulser d’un terrain vague des clandestins qui occupent quelques caravanes... à seule fin de prendre leur place pour loger les quarante-cinq ouvriers qu’elle a engagés.

Le film est bien dans le style de Ken Loach, spécialiste des questions politiques et sociales. Un réalisateur qui ne filme pas pour ne rien dire, et qui sait éviter le manichéisme. C’est ainsi que le parcours d’Angie vers la corruption n’est pas linéaire, elle se ravise parfois, comme dans cet épisode où elle vient en aide à la famille de Mahmoud, l’Iranien qu’elle avait refusé d’engager. Hélas, la même famille est parmi les clandestins qu’elle fait ensuite expulser du terrain vague. Rien n’est simple...

Comme toujours, les acteurs de Ken Loach sont inconnus, et incarnent avec véracité leurs personnages. Une belle claque au star system. Tout au plus ferai-je deux restrictions. D’abord, à propos de cet épisode, qu’on avale difficilement, où les ouvriers qu’Angie n’a pas pu payer (elle s’est fait rouler par un gros client) s’introduisent chez elle, cagoulés, lui volent 10 000 livres et font retenir son fils, Jamie, onze ans, lui faisant croire que si elle se plaint à la police, il ne lui sera pas rendu – mais en fait, c’était une menace en l’air, le gosse n’a pas été enlevé. Et surtout, on devine dès le début que les bonnes résolutions d’Angie ne vont pas tenir longtemps, et qu’avant peu elle sera une salope comme tout le monde. Ce qui se vérifie dans la scène finale, où elle part en Ukraine recruter des travailleurs pour son propre compte, et impose ses conditions : qu’ils ferment leur gueule s’ils veulent garder leur boulot.

Si seulement Ken Loach gardait toute sa tête en politique ! Il prend Olivier Besancenot pour « un grand orateur »... Mais non, voyons, Olivier est seulement un grand penseur.

En bref : à voir.Haut de la page

Kar-wai Wong

Jeudi 3 décembre 2008

On commence à s’apercevoir que Kar-wai Wong, metteur en scène de Hong-Kong fort à la mode, n’est pas si bon que cela.

Il a d’abord tourné une tapée de films à Hong-Kong, entre 1988 et 1996, qui n’ont apparemment pas été vus ailleurs. Puis, en 1997, il a réalisé en Argentine un navet horriblement mal photographié, Happy together, qui décrivait les tribulations de deux homosexuels à Buenos Aires. Ce film-là est sorti en France, et la critique lui est tombée dessus à bras raccourcis. Non sans raison, le film était passablement nul, autant sur le plan du scénario que sur celui de la mise en scène.

C’est en 2000 que le succès est venu, mais pas immédiatement : lorsque In the mood for love a été présenté au festival de Cannes, on s’est souvenu que le réalisateur avait vainement tenté de le faire financer par les chaînes de télévision françaises, qui lui avaient montré la porte, et qu’il n’avait trouvé qu’un petit producteur, Paradis Films. Le film a fait un bide lugubre à Cannes, ce qu’aujourd’hui on a tendance à oublier – ou occulter, histoire d’éviter le ridicule. Cependant, sorti en salles quelques mois plus tard, il remporta un succès inattendu, on n’avait pas l’habitude de voir un film hong-kongais romanesque ! En fait, cette pellicule n’était pas fameuse : un homme et une femme, mariés chacun de son côté, tombaient amoureux mais n’osaient pas passer à l’acte ; ils compensaient en parlant longuement, dans la rue et sous la pluie. Les dialogues étaient inénarrables, on discourait sans fin sur la nourriture, et particulièrement sur les nouilles, que les Asiatiques consomment sans modération. Puis, comme le réalisateur ne savait comment terminer son film, il y avait inclus des bandes d’archives montrant... l’arrivée de De Gaulle à Phnom-Penh en septembre 1966 ! C’était burlesque, mais au troisième degré.

La séparation des divers épisodes était marquée par des musiques répétées sans la moindre variation (comme le célèbre Quizàs, quizàs), mais les gogos gobèrent le tout, et le cinéaste devint « culte », ainsi que disent les gens férus de pensée originale. On murmure, d’ailleurs, que le disque de la bande sonore s’est mieux vendu que le film lui-même, en dépit de sa piètre qualité d’inspiration.

Et comme toujours dans ces cas-là, les journalistes volèrent au secours du succès, si bien que son film suivant, 2046, fut déclaré chef-d’œuvre avant que quiconque l’ait vu. C’est à peine si quelques voix osèrent mentionner ensuite que le scénario était inexistant.

La même année, Wong Kar-wai fut prié de participer à Eros, un film à sketches dont l’idée était due à Michelangelo Antonioni. Le premier sketch était réalisé par Antonioni en personne, et il était lamentable ; le deuxième fut mis en scène par Steven Soderbergh et gâchait une bonne idée de court métrage comique ; enfin, le troisième était de Wong lui-même et s’intitulait La main, vous allez comprendre pourquoi : une prostituée de haut vol désire se faire faire une robe par son tailleur, un jeune apprenti se présente pour prendre ses mesures, et elle le masturbe afin qu’il s’en souvienne et à l’avenir « lui fasse de belles robes » – procédé dont on me dit qu’il a peu cours avenue Montaigne, où les grands couturiers sont davantage sélectifs sur le plan du travail manuel. Plus tard, la voilà malade et ruinée ; l’ex-apprenti, devenu son tailleur attitré, lui paye son loyer, et elle le masturbe de nouveau, pour le remercier cette fois. Ce sketch d’anthologie conservait les défauts du réalisateur, son goût pour les décors lugubres sous la pluie et les musiques d’accompagnement pour bobos, interprétées par des instruments à corde. Son seul intérêt était de confirmer l’art qui caractérise les cinéastes asiatiques, raconter suavement des histoires que chez nous on jugerait sans doute « choquantes » – ou, avec gravité, des anecdotes qu’on estimerait trop ridicules pour être filmées.

En dépit de la présence de Jude Law, je n’ai pas pris la peine de voir Blueberry nights, actuellement à l’affiche, et qui a enfin donné aux critiques presque unanimes le courage de dire que ce cinéaste aurait besoin d’un bon scénariste ! Car j’avais eu le bonheur d’admirer son œuvre la plus marquante à ce jour : un spot de publicité, également projeté en ce moment, pour un téléviseur Philips. La grande innovation : Kar-wai Wong, totalement persuadé qu’il est un génie du cinéma, a osé, le premier dans les annales de la pub, signer son spot... Hé oui, faute d’affiche pour ce type de films, il n’a pas pu imiter Fellini, qui, lui, insérait son nom dans le titre (il l’a fait deux fois, pour son Satyricon – sic, le livre s’intitule en fait Satiricon, comme quoi une seule lettre suffit parfois pour bien racoler – et pour son Casanova). Bref, cette œuvre publicitaire du petit génie chinois est grandiose et pleine d’imagination : on montre un écran plat, et une fille devant. Mais l’écran n’est pas le seul qui soit plat.

Projet du maître pour 2010 : La dame de Shanghai. Si si ! Il va refaire un chef-d’œuvre d’Orson Welles, et sans doute l’améliorer.

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Filatures

Vendredi 4 janvier 2008

Réalisé par Yau Nai-Hoi

Titre original : Gun chung

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 10 février 2007

Sorti en France le 2 janvier 2008

Le titre français est assez parlant, mais le titre anglais, Eye in the sky, plus expressif : un policier chargé d’une filature doit tout voir, comme un œil dans le ciel. Et c’est pour n’avoir pas tout vu en filant son chef putatif (en fait, il s’agissait d’un examen de passage) que la jeune Piggy a failli ne pas être engagée dans la cellule Zoo, où tous les membres ont pour sobriquet un nom d’animal.

L’histoire, qui se déroule à Hong-Kong, n’a aucune importance, il s’agit de faire tomber un brigand qui donne dans le hold-up. Le récit, dont l’intérêt n’est soutenu que par les rapports des deux personnages principaux, Piggy et son chef, en serait meilleur si certaines séquences n’étaient filmées en caméra portée, avec zoom-avant/zoom-arrière à tout-va, et changement de plan quatre fois par seconde, ce qui est très vite fatigant. On croirait voir le travail d’un quidam qui vient de s’offrir un caméscope chez Surcouf. Et puis, la scène du sergent qui a la carotide tranchée mais trouve la force de raconter au téléphone des histoires drôles est un peu difficile à gober.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

Shotgun stories

Lundi 7 janvier 2008

Réalisé par Jeff Nichols

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 14 février 2007

Sorti en France le 2 janvier 2008

Le père Hayes a eu deux familles. Sa première femme, abandonnée par lui, est devenu « une femme haineuse » et a élevé ses trois fils dans la détestation de leurs quatre demi-frères. Lorsque le père meurt, l’aîné des trois laissés pour compte se pointe aux obsèques et crache sur le cercueil. Commence une guéguerre entre les frères ennemis. Puis, après morts et blessés dans les deux camps, tout s’arrête parce que l’un des protagonistes en a marre et le fait savoir au camp d’en face.

Ne croyez pas la presse, qui a écrit que les fils de la seconde famille avaient été mieux élevés que ceux de la première : ils m’ont paru tout aussi ploucs.

Le film est honorable, mais les personnages si peu attrayants, et le rythme si lent, que j’ai trouvé le tout assez ennuyeux. Cela illustre cette vérité : que la durée subjective d’un film n’a rien à voir avec sa réelle durée. Quatre-vingt-douze minutes peuvent paraître une éternité.

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Into the wild

Mercredi 9 janvier 2008

Réalisé par Sean Penn

Sorti aux États-Unis (Festival de Telluride) le 1er septembre 2007

Sorti en France le 9 janvier 2008

Symbole : lorsque Christopher Johnson McCandless, étudiant de 22 ans, monte sur le podium pour aller recevoir son diplôme de fin d’études, il trébuche. Mais c’est toute son existence qui le fait trébucher, car cet épris d’absolu n’aime que la vérité – il a raison –, au détriment de l’argent (il donne ses 24 000 dollars d’économie à une œuvre, et brûle les billets de banque qui lui restent), de la bagnole (il refuse ce cadeau que voulaient lui faire ses parents), de la carrière (il n’envisage aucun métier), de la famille (il abandonne la sienne), des attachements humains (il repousse pour plus tard l’affection d’un vieillard qui voulait l’adopter), et de l’amour (il décline les avances d’une jolie fille de seize ans, et n’a aucune aventure amoureuse). Et là, il a tort, on ne peut pas se passer des autres, il va l’apprendre à son détriment – voir plus loin.

Bref, cet amoureux de la vérité prend un faux nom, Alexander Supertramp (sic), et part sur les routes, dans sa vieille Datsun qui le lâche bientôt, puis à pied, en canoë ou en stop. Son but, l’Alaska, où bien entendu il va laisser sa peau, pour s’être nourri de baies qu’il ne savait pas vénéneuses. Il meurt, dans la plus totale solitude, en août 1992, à 24 ans, et le journal qu’il tenait a inspiré le film.

Tout cela, parce que son père lui a caché une horrible vérité : il avait abandonné sa famille légale, femme et fils, pour se mettre en ménage avec sa maîtresse, la mère de Christopher. Ce qui, de sa sœur Carine et de lui-même, faisait des « bâtards », comme on ne dit plus depuis quelques siècles. Aussi crédible que l’argument de Ken Park, où un lycéen se faisait sauter la cervelle parce que sa petite amie était enceinte. Ce saint moderne ne serait-il pas, tout compte fait, un rêveur, un impuissant et un niais, en dépit de ses lectures ? Et faut-il vraiment nous convier à l’admirer ?

Le film relève du genre road movie, où l’on peut fourrer à peu près ce qu’on veut. Il n’est cependant pas aussi dépourvu d’intérêt que les autres films du même genre, parce que son réalisateur, l’estimable et très contestataire Sean Penn, y a mis beaucoup de lui-même ; aussi, parce que l’interprète Emile Hirsch est assez charismatique. Mais, d’une part, on se demande si le personnage, plutôt stupide et négatif, est le porte-parole du réalisateur, et l’on espère le contraire ; d’autre part, le spectacle frôle les deux heures et demie, c’est sans conteste excessif. Et puis, jusqu’à quand va-t-on sonoriser les films d’« errance » avec des airs chantés par des voix nasillardes et accompagnés à la guitare ?

En fait, Sean Penn a fait mieux, avec ce court métrage qui durait onze minutes seulement, sur l’attentat du World Trade Center à New York : un homme, qui habite en face des tours jumelles, cultive des fleurs à sa fenêtre, mais les tours, qui leur cachent le soleil, les empêchent de croître. Le jour où elles s’écroulent, la lumière revient et les fleurs refleurissent. Message : c’est le Commerce qui fait obstacle à la Vie. Rigolo et gonflé. On comprend que ses compatriotes n’aiment pas cet artiste iconoclaste.

Au fait, et pour en revenir à Into the wild, vous saviez que le prophète de l’errance, Jack Kerouac, a, jusqu’à la fin de son existence... vécu chez sa mère ?

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Bides

Jeudi 10 janvier 2008

Sorti le 5 décembre 2007, L’auberge rouge de Gérard Krawczyk a quitté les écrans parisiens au matin du 9 janvier 2008. Cinq semaines seulement de présence, on n’a pas encore pulvérisé les records du bide, mais c’est encourageant. En somme, apparu au début de l’Avent, le film disparaît pour la Fête des Rois. Il n’a vécu que pour la trève des confiseurs. Les rois mages Clavier-Balasko-Jugnot n’ont donc pas sauvé ce touriste en danger de mort. Une victime de plus à l’actif des aubergistes sanglants ! Puisque cette Trinité s’est avérée inefficace, les distributeurs vont-ils tenter de ressusciter le film à Pâques ? On demande un faiseur de miracles !

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Reviens-moi

Vendredi 11 janvier 2008

Réalisé par Joe Wright

Titre original : Atonement

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 29 août 2007

Sorti en France le 9 janvier 2008

Titre d’une navrante banalité, quand le titre original, Atonement, signifie en français « Expiation ».

En Angleterre, peu avant la Deuxième Guerre Mondiale, dans une famille aisée, avec château et domestiques. Une jeune fille de 13 ans, Briony, très imaginative (elle écrit une pièce de théâtre) surprend une scène qu’elle comprend de travers, entre sa sœur aînée Cecilia et Robbie, fils de domestique mais brillant et promis à des études de médecine. Jalouse, car elle a aimé le jeune homme, elle commence à semer la zizanie entre eux, puis, lorsqu’un viol est commis dans son entourage, elle le dénonce injustement. La guerre vient d’éclater, on donne le choix au garçon entre la prison et l’armée. Il choisit celle-ci et sera tué le 1er juin 1940, à Bray-Dunes, dernière localité française avant la frontière belge. Le 15 octobre, la sœur aînée meurt dans un bombardement à Londres.

Devenu adulte, et rongée par le remords, Briony écrit des romans. Sur le point de mourir, elle raconte la vérité en guise d’expiation (d’où le titre) dans son vingt et unième ouvrage, en y ajoutant toutefois une fin heureuse, des retrouvailles que les héros n’ont pas pu connaître.

Le film est en trois parties. La première est un modèle de récit, impeccablement filmé. La deuxième paraît d’abord un peu faible sur le plan narratif, mais on en découvre la raison dans la troisième : elle était, pour une grande part, imaginaire.

Cette seconde partie, en compensation, contient un plan-séquence très long (7342 images, soit cinq minutes et presque six secondes), mais pas tourné dans une chambre de bonne avec deux personnages, comme on l’aurait fait chez nous, par exemple avec Rohmer derrière la caméra. Non, ce plan, sur le désastre de Dunkerque, est filmé à la steadicam, sans coupure, et comprend mille figurants, une multitude de véhicules, un bateau aux voiles déchirées, des chevaux qu’on abat, un kiosque à musique, un manège, des pièces d’artillerie, huit soldats nus qui courent pour aller se baigner, une grande roue, une chorale et une multitude d’actions ponctuelles, plan que n’auraient désavoué ni les grands Russes ni Orson Welles. Probablement le plus complexe, le plus dramatique, l’un des plus beaux... et le plus cher de l’histoire du cinéma (tourné en une journée à Redcar, il a coûté un million de livres), il justifie à lui seul de voir le film.

 

Atonement

 

La maîtrise dont le réalisateur Joe Wright fait preuve ici laisse annoncer un nouveau maître du cinéma (on lui devait déjà Orgueil et préjugés, une grande réussite).

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Détention secrète

Lundi 14 janvier 2008

Réalisé par Gavin Hood

Titre original : Rendition

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 2 septembre 2007

Sorti en France le 9 janvier 2008

Le premier carton mentionne « AFRIQUE DU SUD ». Fort bien, l’Afrique du Sud existe en tant que pays, et l’histoire commence en effet au Cap. Le deuxième carton mentionne « AFRIQUE DU NORD », et là on ne comprend plus : pourquoi ne pas écrire « MAROC », puisqu’il est évident pour n’importe quel spectateur que nous sommes à Marrakech ? Exquise pudeur...

« Les États-Unis ne torturent pas », ose affirmer Corinne Whitman (Meryl Streep), chargée au FBI du renseignement sur les attentats islamistes. En effet, ils ne torturent pas, ils font torturer par leurs larbins ; ici, les Marocains, donc. Et le réalisateur est assez gonflé pour avoir tourné son film justement dans le pays mis en cause. Cette charmante pratique de la télé-torture a été inaugurée par Clinton, figurez-vous. L’amateur de cigares apparaît de plus en plus sympathique !

La réalisation est très plate, seule Meryl Streep surnage, et le scénario charge fortement la barque : un attentat-suicide se produit à Marrakech, attribué à un terroriste connu et très recherché, un Égyptien nommé Rachid – qu’on ne verra jamais. Sous le prétexte qu’il a reçu des appels de ce Rachid sur son téléphone mobile, les services secrets interceptent, à l’arrivée de son avion à Washington, un ingénieur d’origine égyptienne installé chez eux depuis des années, Anwar. Et comme le FBI a l’intention de lui arracher tout ce qu’il sait sans avoir à se soucier de la loi, de la Constitution et de toutes ces futilités, on l’expédie au Maroc pour l’interroger : la loi ne sera donc pas violée sur le territoire du pays de la Liberté, et Tartuffe qui s’en dédit. Un inspecteur intérimaire, Douglas (Jake Gyllenhaal), est chargé de superviser la torture, sans intervenir lui-même : il joue le rôle du gentil. « C’est ma première torture », dit-il benoîtement. Le chef des tortionnaires, un flic haut gradé, le méchant donc, est un Marocain, d’ailleurs il a une sale gueule et il est chauve comme Goldfinger, pour bien montrer qu’il est le méchant. Comme ont écrit certains critiques à la clairvoyance exemplaire, le réalisateur a su éviter tout manichéisme !

En supplément, on apprendra plus tard que la fille du méchant couche avec un joli garçon du coin, Khalid (c’est Mohammed Khouas, et on est allé le chercher à la télévision française : il joue dans Plus belle la vie, dans Julie Lescaut et dans Joséphine, ange gardien, de sacrées références !), qui se révèle être un terroriste en herbe. Or sa bande d’excités barbus a chargé Khalid de se faire exploser au même endroit que la première bombe (pauvre place Djemaa el-Fna, déjà laide, au surplus pavée de mauvaises intentions), en vue de tuer précisément le père de sa belle. Il se fera exploser, mais pour rien, la cible échappe à son sort.

On apprendra peu avant la fin que l’ingénieur égyptien, horriblement torturé, qui a avoué tout ce qu’on a voulu, puis a été libéré par un Douglas écœuré par son boulot, était innocent : les appels téléphoniques du Rachid terroriste, c’est parce qu’autrefois ils avaient joué dans la même équipe de football ! C’est ça, « la fin qu’il ne faut surtout pas raconter »... Mais pourquoi ne l’a-t-il pas dit dès le début pour s’éviter la torture ? Réponse évidente, il n’y aurait alors pas eu de film.

Après cela, Douglas balance tout à la presse et brise au passage sa carrière, puisqu’il « a trahi le FBI », histoire d’imiter le personnage central de ce film allemand à succès, La vie des autres.

Cet épouvantable navet, très cher et joué par des tas de vedettes, mais bête à manger du foin avec une cuillère à café, a beaucoup plu à ceux qui ne voient que les bonnes intentions. Classique...

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Smiley face

Mercredi 16 janvier 2008

Réalisé par Gregg Araki

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 21 janvier 2007

Sorti en France le 16 janvier 2008

– J’ai bien cru que j’allais mourir d’ennui, dit Jane dans la salle d’attente du dentiste.

Le spectateur pourrait en dire autant, devant ce film qui relève de la catégorie « Je me chatouille pour me faire rire ». L’héroïne, actrice sans engagement et constamment droguée, a le génie de se mettre dans des situations embarrassantes et d’y mettre les autres. De ce film sans projet, on a marre au bout de trois minutes...

Gregg Araki abandonne les thèmes gays qui soutenaient tous ses précédents films. Il aurait peut-être dû s’en tenir à ce qu’il sait faire. Mysterious skin, en 2005, traitait de la pédophilie, non sans originalité, sous un angle inédit et loin du politiquement correct. Ici, on se contente de blagues idiotes et sans conséquence, et le style visuel délirant ne s’applique à rien.

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La guerre de Charlie Wilson

Jeudi 17 janvier 2008

Réalisé par Mike Nichols

Titre original : Charlie Wilson’s war

Sorti aux États-Unis le 10 décembre 2007

Sorti en France le 16 janvier 2008

Comme souvent, un fil conducteur simple est agrémenté d’une multitude d’épisodes, et ornementé d’un style propre à l’auteur du scénario. Fréquemment, c’est raté. Dans le cas présent, et parce que Mike Nichols est un bon réalisateur (ce qui ne signifie pas un grand réalisateur), le film est réussi.

Sur le mode de la comédie, mais avec une séquence assez poignante située dans le milieu du récit et montrant des enfants mutilés par la guerre et les objets piégés disséminés par les Russes, l’histoire, qui commence en 1980, traite de la guerre d’invasion menée par les Soviétiques en Afghanistan. Les États-Unis voudraient bien « casser du Russe » – c’est l’expression employée –, mais craignent les retombées : la guerre froide ne risque-t-elle pas de se muer alors en guerre chaude, voire brûlante ? Armer les Afghans afin qu’ils puissent descendre les hélicoptères russes qui détruisent leurs villages, ce serait parfait ; mais si les Russes trouvent une arme dont l’origine prouve qu’elle a été fournie par les États-Unis, cela finira mal. La solution suggérée à un parlementaire, Charles Wilson, qui existe réellement, par un type bizarre, Gust Avrakotos (Philip Seymour Hoffman, le meilleur acteur du moment), consiste à fourguer aux Afghans des armes... russes, récupérées sur les champs de bataille par Israël. Il faut donc monter une alliance entre Israël et les pays musulmans alliés de l’Afghanistan !

C’est délirant, mais la combine va réussir. Entre-temps, une multitude de scènes de pure comédie détaille le processus, que vous aurez le plaisir de savourer, d’autant plus que le dialogue est plutôt brillant et que les mœurs parlementaires de Washington sont allègrement tournées en dérision.

La semaine dernière, Mike Nichols et son acteur-producteur Tom Hanks étaient sur le plateau de Canal Plus, et le réalisateur a été sommairement présenté par les zozos de la chaîne comme l’auteur de son deuxième film, Le lauréat, sorti en... 1967 ! Le metteur en scène du prodigieux Angels in America a dû se sentir flatté d’en être réduit à cela.

En bref : à voir.Haut de la page

Garage

Vendredi 18 janvier 2008

Réalisé par Leonard Abrahamson

Sorti en France (Festival de Cannes) le 19 mai 2007

Sorti en France le 9 janvier 2008

Film irlandais, austère, sans esbrouffe, que des esprits savants qualifieraient de « naturaliste », et dont l’histoire se déroule dans une Irlande assez triste, fort éloignée du vert paradis que nous assènent les publicitaires. Sa principale qualité consiste en l’absence de toute sentimentalité visible : pensées et sentiments ne sont pas exposés, on ne les décèle que par induction, à la vision du comportement des personnages, à partir de détails parfois imperceptibles, comme une simple crispation du visage.

Josie est un quadragénaire simple et gentil, pas très futé, sans aucune ambition, qui n’est jamais sorti de son village, et qui n’a aucun succès avec les filles du coin. Il est employé dans une station-service que possède un de ses anciens camarades d’école, Gallagher, qu’il appelle « monsieur Gallagher ».

Ce Gallagher n’est pas un méchant homme, du reste, et, s’il n’écoute guère les suggestions de Josie pour améliorer le service du garage, il ne se montre pas méprisant ; juste un peu distrait par d’autres préoccupations. Ce patron a eu l’idée d’étendre le service jusqu’à 10 heures du soir les jeudis, vendredis et samedis, et Josie en est très satisfait. Pour ce travail supplémentaire, on lui adjoint un jeune garçon pas très causant, David. Les deux hommes s’entendent bien et boivent ensemble des canettes de bière durant les longs moments d’inactivité. Un soir, histoire de rigoler, et sans penser à mal, Josie montre à David un film porno qu’un routier lui a laissé. David, très gêné, ne dit rien et rentre chez lui.

Quelques jours plus tard, Josie est interrogé par un policier du coin, un copain lui aussi puisque la ville est petite et qu’il n’en a jamais bougé ; on lui fait savoir que la famille de David a déposé une plainte pour fourniture d’alcool à un mineur, aggravée par l’épisode du film porno. Il apprend ainsi que David n’a que quinze ans ! Ce n’est d’ailleurs pas lui qui a cafté, mais un copain, sans doute ce jeune Declan qui n’avait que quolibets pour Josie. Relevons au passage qu’en Irlande, ce merveilleux pays tant apprécié de nos compatriotes qui n’aiment pas le fisc, il est interdit de faire voir un film pornographique à un mineur de quinze ans, mais pas interdit de le faire travailler jusqu’à dix heures du soir trois fois par semaine. Toujours l’échelle des valeurs...

Bref, Josie signe sa déposition et propose de faire des excuses, mais on l’en dissuade, lui conseillant de « se tenir à distance ». Plus tard, Gallagher vient le voir au garage, et, sans qu’un mot de la conversation nous soit livré, on comprend que Josie va être mis à la porte. Après cette entrevue, Josie va se noyer dans la rivière, en prenant bien soin de retirer auparavant ses chaussures et ses chaussettes.

C’est une histoire toute simple, très triste, qui ne caresse pas le public, jouée par des inconnus, sur les malchanceux de la vie. Ceux qu’on ne verra jamais porter une Rolex et des Ray-Ban, ni se pavaner au bras d’un mannequin à la cuisse légère.

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Juste quelques soucis

Dimanche 20 janvier 2008

Il y a deux jours, les Guignols de Canal Plus se sont payés la tête des responsables du cinéma français, lequel n’aurait « pas de problèmes, juste quelques petits soucis : le scénario et les acteurs ». Il me semble que j’ai parlé de ces petits soucis deux ou trois fois, récemment. Je n’avais pas raté non plus l’insistance des scénaristes à traiter cinquante fois dans l’année le même sujet, la fameuse crise existentielle des trentenaires.

Et dire que ce sont les scénaristes d’Hollywood qui sont en grève ! Les nôtres sont seulement en panne.

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Lust, caution

Lundi 21 janvier 2008

Réalisé par Ang Lee

Titre original : Se, jie

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 30 août 2007

Sorti en France le 16 janvier 2008

Ang Lee est un réalisateur tout à fait mineur mais extrêmement coté, en raison du succès de Brokeback Mountain. Rappelons néanmoins qu’il est aussi le réalisateur de Hulk ! Une sacrée référence... En fait, il n’a produit que deux bons films en seize ans de carrière, Garçon d’honneur et Brokeback Mountain, justement, tous deux traitant comme par hasard de l’homosexualité. Et tous ses films sont hollywoodiens, malgré son origine hongkongaise. Il s’apprête à faire le remake d’un film français de 2004, Un petit jeu sans conséquence, de feu Bernard Rapp. C’est dire que ce cinéaste a tout du caméléon.

Comme Empire du Soleil, le chef-d’œuvre de Spielberg, l’histoire commence à Shanghai sous l’occupation japonaise, mais en 1942. On fait connaissance avec les personnages, puis retour en arrière de quatre ans, à Hong-Kong : un petit groupe de jeunes Chinois décide de tuer un compatriote collabo et malfaisant, Mr Yee. Mais le personnage ne peut pas être approché, c’est pourquoi ils décident de déléguer leur plus récente recrue, une jeune fille, Chia-chi ; elle devra le séduire et l’attirer dans un endroit propice, où ses amis l’exécuteront. Problème, il faut qu’elle passe pour une femme mariée afin de se glisser parmi les relations de la cible, puis coucher avec l’horrible individu, or elle est vierge ! Solution, perdre d’abord ce bagage encombrant. Elle aurait bien conclu l’affaire avec le beau Yu-min, mais il est timide et inexpérimenté, donc il ne se met pas sur les rangs, et c’est un autre camarade, assez déplaisant, qui emporte le marché...

Saut en 1941, Chia-chi réussit à approcher Yee, elle lui plaît, il la viole, puis ont des rapports sexuels nombreux et variés. Bien que toujours décidé à le faire tuer, elle tombe amoureuse de lui. C’est alors qu’il lui offre une bague si discrète qu’on jurerait qu’elle a été payée par Nicolas S. pour orner la blanche main de Carla B., geste qui pousse Chia-chi, impulsive, à lui souffler de s’enfuir, si bien que le complot échoue, que ses complices se font arrêter, et elle-même dans le lot. Dénouement, tous les conjurés sont abattus, et Yee récupère la bague. Ouf, il va pouvoir l’offrir à sa prochaine conquête.

Ce film que les gogos qualifieront sans doute d’« incontournable » dure deux heures et trente-huit minutes, et je le conseille fortement à ceux qui souffrent d’insomnies. Les autres aimeront les images des rues de Shanghai, décidément très télégénique, et peut-être les scènes de sexe, dont il n’est pas certain que toutes ont été simulées.

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Le roi et le clown

Mercredi 23 janvier 2008

Réalisé par Jun-ik Lee

Titre original : Wang-ui namja

Sorti en Corée du Sud le 29 décembre 2005

Sorti en France le 23 janvier 2008

Film coréen de 2005. En Corée, donc, au début du seizième siècle, Jang-sang, surnommé « Capitaine », et son partenaire Gong-gil, un beau jeune homme spécialisé dans les rôles de femmes, sont deux comédiens itinérants. À l’occasion, Gong-gil est aussi prostitué, ce que le Capitaine supporte difficilement. Après une aventure qui a failli mal se terminer, ils décident de tenter leur chance à Séoul, la capitale, alors sous le joug d’un roi tyrannique de la dynastie des Chosen (qui a tenu cinq cents ans), Yeonsan. Le Capitaine a eu la mauvaise idée de railler ce roi et sa compagne, et on les amène au palais, avec ce choix : conserver la vie s’ils parviennent à faire rire le souverain, ou être décapités. Contre toute attente, car le roi ne se déride pas facilement, ils parviennent in extremis à lui arracher un rire. On les installe au palais, et les voilà devenus amuseurs officiels. C’est, avec un siècle et demi d’avance, Molière à la cour de Louis XIV !

Où cela se complique, c’est que le roi, qui jusque là se contentait de posséder toutes les filles vierges qui passaient à sa portée, tombe amoureux du beau Gong-gil et en fait son favori, au point de lui donner un titre de noblesse. En outre, cette fantaisie ne plaît pas aux ministres, et le Capitaine, provocateur né, décide de se payer leur tête, après celle du roi. Ce qui, on s’en doute, ne fera qu’aggraver la situation.

Après une série de péripéties, le roi fait aveugler le Capitaine, et Gong-gil tente de se suicider, mais en réchappe. Puis une révolte de palais éclate, qui détrône le roi, tandis que les comédiens s’enfuient loin de Séoul.

La mise en scène, somptueuse, est au service d’un récit historico-politique passionnant, qui a pour thème central une liberté d’expression que l’époque et l’Asie tolèrent mal. On est très loin des faux films asiatiques d’Ang Lee.

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Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street

Vendredi 25 janvier 2008

Réalisé par Tim Burton

Titre original : Sweeney Todd - The demon barber of Fleet Street

Sorti aux États-Unis le 3 décembre 2007

Sorti en France le 23 janvier 2008

Comédie musicale non conformiste (on entend rarement les mots pisse et merde dans une comédie musicale, et on s’y massacre assez peu !) sur le cannibalisme au service de la vengeance. On connaissait le goût de Tim Burton pour la mort, mais cette fois, il atteint des sommets, et après deux ou trois films un peu loupés comme Sleepy hollow ou Big fish, frôle la perfection avec un scénario sarcastiquement macabre et impeccablement ficelé – si l’on oublie que le dénouement laisse en plan le jeune couple de son histoire.

Le génie visuel de Tim Burton, lui, est repérable sans faille : fascination pour le macabre, décors extravagants et le plus souvent sinistres, personnages lourdement maquillés, costumes très stylisés, sauts gigantesques de la caméra au-dessus d’une ville entière (souvenez-vous d’Ed Wood), musique très présente (mais pas très bonne, reconnaissons-le), et présence quasi-obligatoire de Johnny Depp, qui ferait aussi bien de ne jamais changer de metteur en scène, car le tandem fonctionne à merveille, et il se plante chaque fois qu’il tourne avec un autre réalisateur.

Le barbier Benjamin Barker a perdu sa femme et sa fille, et les croit mortes. Vingt ans plus tard, sous le pseudo de Sweeney Todd, il revient se venger du juge qui fut la cause de son malheur, et, dans la foulée, de toute la classe sociale à laquelle appartient le malfaisant. S’ensuit alors un festival d’égorgements en gros plans. Mais l’aspect pervers, c’est que le spectateur est mis en situation de souhaiter la mort des victimes. Celles-ci, transformées en viande hachée, finissent dans des pâtés très appréciés, que les clients dégustent dans une pâtisserie, naguère spécialisée dans « les pires tourtes de Londres » (sic) et surtout fréquentée par des cafards, mais heureusement devenue à la mode.

Perversités ultimes, le vengeur jette sa maîtresse vivante dans un four, est à deux doigts d’exécuter aussi sa fille qui a été témoin du meurtre du juge, et qu’il ne reconnaît pas car elle est déguisée en garçon et qu’il ne l’a pas vue depuis qu’elle était bébé, et enfin tue sa femme, qui n’était pas morte et qu’il n’a pas reconnue à temps. Puis il est exécuté lui-même par... un enfant de dix ans, qui l’égorge froidement. Culotté.

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13 m²

Dimanche 27 janvier 2008

Réalisé par Barthélémy Grossmann

Sorti en France (Festival de Cannes) le 17 mai 2007

Sorti en France le 20 juin 2007

Film que je n’avais pas pu voir lors de sa sortie, et qui n’est plus à l’affiche, mais le DVD permettra le rattrapage.

Le scénario n’a guère d’intérêt, il s’agit des suites d’un braquage, que d’ailleurs on ne voit pas mais qu’on entend (donc on évite un cliché), et qui échoue comme tous les braquages de cinéma. Trois petits malfrats de banlieue s’attaquent à un fourgon blindé, y volent deux millions d’euros, tuant au passage l’un deux convoyeurs, qui, malchance, s’avère être le frère de la petite amie d’un membre du trio. Celle-ci découvre la vérité et dénonce à la police le garçon responsable.

Les personnages ne sont guère attachants, même si l’auteur du film, Barthélémy Grossmann, les exonère en affirmant, pour conclure son film, que souvent il n’a manqué que de l’argent pour que les gens restent honnêtes ! Pensée profonde sur quoi l’on peut faire d’infinies variations, telle que « Il ne vous a manqué que la santé pour ne pas être malade ».

L’intérêt réside plutôt et tout entier dans la mise en scène, très souple, l’utilisation des décors (cette étroite allée entre deux immeubles, entièrement couverte de graffiti), et la musique, laquelle évite complètement les genres à la mode et s’autorise jusqu’au Requiem de Mozart.

Ce n’est certes pas un grand film, parce que, encore une fois, les personnages n’attirent pas la sympathie, et qu’il est donc impossible de jouer sur l’identification du spectateur aux « héros » (qui n’en sont pas). Mais l’auteur, qui a su faire court, progressera, c’est presque certain.

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Didine

Mardi 29 janvier 2008

Réalisé par Vincent Dietschy

Sorti en France le 23 janvier 2008

Encore et toujours le mal de vivre des trentenaires...

À la suite d’un petit incident à l’hôpital où sa meilleure amie a été admise après une tentative de suicide, Didine se retrouve à faire du bénévolat pour une association qui envoie des visiteuses chez des vieillards un peu délaissés, afin de leur fournir un peu de compagnie. On lui attribue une septuagénaire plutôt revêche (mais qui va s’amadouer à la fin), dotée d’un séduisant neveu qui bientôt va remplir sa vie.

On assiste à une sorte de road movie, mais immobile : les personnages vont et viennent, et font des rencontres. C’est parfaitement insignifiant, et seul le régime de financement du cinéma français permet l’éclosion de ce genre de production. À voir uniquement pour Édith Scob, la vieille dame indigne. Deux ou trois ahuris des radios-télés ont prétendu qu’elle évoquait tatie Danielle, le personnage central du film de Chatiliez, joué par Tsilla Chelton, mais c’est une bourde : la tatie Danielle en question était foncièrement bête et méchante, ce qui n’est pas le cas ici, où madame Mirepoix est intelligente, spirituelle, dotée certes d’un esprit caustique à l’affut des clichés de comportement, mais nullement destructrice. Elle et son interprète sauvent le film.

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Chut !

Mardi 29 janvier 2008

Entendu à la radio une péronnelle qui tenait ce curieux raisonnement : ne disons pas qu’Astérix aux Jeux Olympiques (qui sort demain) est un mauvais film, car cela ferait du mal au cinéma français. En effet, les recettes des films projetés en France, qu’ils soient bons ou mauvais, français ou étrangers, vont alimenter les caisses du Centre National du Cinéma. Or cet organisme, par le système d’avances sur recettes, finance les films français à venir. Rappelons que ces « avances » sont rarement remboursées si le film qu’elles financent ne rentre pas dans ses frais. Il y a donc peu de risque à produire n’importe quoi, les spectateurs ont payé d’avance.

En somme, cela revient à dire : chers producteurs, distributeurs et réalisateurs français, fabriquez un maximum de merdes, c’est bon pour l’avenir du cinéma national.

Le plus réjouissant, ces dernières semaines, a été de voir ou d’entendre les animateurs d’émissions de radio-télés, où la brosse à reluire est un instrument de travail, se livrer à d’inhumaines contorsions pour ne pas dire que le film est un pitoyable navet.

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Cortex

Mercredi 30 janvier 2008

Réalisé par Nicolas Boukhrief

Sorti en France le 30 janvier 2008

La seule bonne raison de voir ce film, un scénario qui s’écarte de la norme actuelle (les états d’âme des trentenaires) : un policier, à la retraite depuis trois ans et atteint de la maladie d’Alzheimer, est placé par son fils dans une institution spécialisée. Très vite, des morts suspectes chez les patients l’incitent à mener une enquête, et à découvrir une infirmière criminelle, tueuse en série dont on ne connaîtra pas les mobiles.

Le truc de l’intrus dans un milieu médical très fermé a fréquemment été utilisé, ne serait-ce que dans Vol au-dessus d’un nid de coucous. En général, on tombe dans la caricature du genre « médecin fou » et « infirmière sadique », et, malgré les efforts du réalisateur Nicolas Boukhrief pour ne pas en faire trop, on finit par avoir des doutes sur l’originalité de son inspiration. D’autant plus que le film, très répétitif, n’avance pas.

Et puis, est-ce qu’un malade atteint de l’Alzheimer peut aller mieux et quitter sa clinique, comme Dussollier à la fin du film ? Est-il vraiment capable de résoudre un Rubik’s cube, exercice fondé sur la mémoire ? Et les cliniques de ce type sont-elles si peu surveillées qu’un pensionnaire puisse dissimuler un revolver dans un tiroir d’une armoire qui ne ferme pas ?

C’est l’un des grands défauts des scénaristes français : ils situent leurs histoires dans des milieux sur lesquels ils ne se sont pas documentés. Pas très sérieux...

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le mercredi 25 mai 2016.