JPM - Films vus - Notules -  Janvier 2013

Notules - Janvier 2013

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : Anna KarenineAnna KareninaHappiness therapySilver linings playbook – Les rois du désert – Flirter avec les embrouilles – Les six samouraï – Fighter – Le monde de CharlieThe perks of being a wallflower – Les trois mousquetaires – YossiHa-Sippur Shel Yossi – Ha-Buah – Yossi et Jagger – Renoir – Le gamin au vélo – Les enfants du paradis – Van Gogh – PossédéeThe possession – L’exorciste – Le plus sauvage d’entre tousHudAlceste à bicyclette – Le coût de la vie – Les femmes du sixième étage – Docteur HouseLe misanthrope – Nos meilleures années – Un prince (presque) charmant – Théorème – La paradeParadaCookieManiac – Le cabinet du docteur Caligari – Deuxième sous-sol – LincolnBlancanievesCendrillonBlanche-Neige – The artist – The master – Magnolia – There will be blood – Foxfire, confessions d’un gang de filles – Vers le Sud

Personnes citées : Joe Wright – Léon Tolstoï – Jude Law – Keira Knightley – Aaron Taylor-Johnson – David O. Russell – Sharon Waxman – Robert DeNiro – Stephen Chbosky – Eytan Fox – Gilles Bourdos – Auguste Renoir – Pierre Renoir – Jean Renoir – Alice Renoir – Claude Renoir – Thomas Doret – Jean-Pierre Dardenne – Luc Dardenne – Claude Renoir (II) – Catherine Hessling – Michel Bouquet – Vincent Rottiers – Maurice Pialat – Jacques Dutronc – Guy Ribes – Ole Bornedal – Sam Raimi – Martin Ritt – Patricia Neal – Brandon DeWilde – Philippe Le Guay – Fabrice Luchini – Maya Sana – Philippe Lellouche – Luc Besson – Tom Hooper – Claude-Michel Schönberg – Alain Boublil – Victor Hugo – Herbert Kretzmer – Jean-Marc Natel – Steven Spielberg – Hugh Jackman – Jean Gabin – Lino Ventura – Gérard Depardieu – Russell Crowe – Eugène-François Vidocq – Sacha Baron Cohen – Ron Moody – Jean-Paul Le Chanois – Roman Polanski – Srdjan Dragojevic – Léa Fazer – Franck Khalfoun – Jean-Daniel Cadinot – Abraham Lincoln – Robert Lincoln – Pablo Berger – Paul Thomas Anderson – Laurent Cantet – Angelina Jolie

Anna Karenine

Mercredi 2 janvier 2013

Réalisé par Joe Wright

Titre original : Anna Karenina

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 7 septembre 2012

Sorti en France le 5 décembre 2012

Après deux échecs, dont le dernier fut sanglant, Joe Wright retrouve une partie de ses qualités, quoique via un projet bizarre : adapter – une fois de plus – le célèbre roman de Tolstoï, mais en plaçant la plupart des séquences sur la scène ou dans les coulisses d’un théâtre, pour accentuer, pensait-il, le côté artificiel de la société russe du dix-neuvième siècle. Et il se concentre sur l’intrigue amoureuse uniquement.

 Le résultat est assez curieux. Cependant, si on accepte le postulat, le film s’avère plutôt agréable à suivre, car les acteurs sont épatants. Jude Law, artificiellement vieilli pour jouer Karénine, est presque méconnaissable, Keira Knightley est toujours éblouissante, et Aaron Taylor-Johnson, qui joue l’amant Vronsky, est charmant.

Notons que les faiseurs de sous-titres sont toujours aussi brillants : alors que les épouses russes portent le nom de leur mari, mais féminisé par un A final, ils nous donnent à lire « la comtesse Vronsky » quand le dialogue fait entendre « la comtesse Vronska ». On n’a donc aucune notion de russe, chez ces grands spécialistes de la traduction ?

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Happiness therapy

Vu le jeudi 3 janvier 2013 – Sorti le 30 janvier 2013

Réalisé par David O. Russell

Titre original : Silver linings playbook

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 8 septembre 2012

Sortira en France le 30 janvier 2013

Titre À La Con, le film ne s’appelle pas du tout ainsi (le titre, faisons simple, signifie à peu près « Manuel sportif à couverture argentée », sic !), et, une fois de plus, on rebaptise un film étranger avec un titre bidon, Dieu sait pourquoi...

C’est l’histoire d’un type qui sort de cure en hôpital psychiatrique : il avait perdu son travail, et sa femme est partie. Il retourne chez ses parents, rencontre une autre fille assez bizarre dont il espère qu’elle va l’aider à se raccommoder avec sa femme, etc. Bien entendu, on sait qu’il va se mettre en ménage avec la fille, mais ça lui prend plus de deux heures.

Le film serait, non pas meilleur, mais moins mauvais si l’on coupait une séquence mortellement ennuyeuse où son père et ses copains parlent de football et de paris sur les matches, à quoi on ne comprend rien puisqu’il s’agit d’équipes locales, et si la séquence de danse était filmée par un réalisateur compétent. Mais ce n’est pas le cas (montage haché, scènes vues de trop près, tout ce qu’il ne faut pas faire).

Le réalisateur s’est fait connaître avec Les rois du désert et Flirter avec les embrouilles, deux films assez ratés mais qui lui ont valu les honneurs d’un livre sur les nouveaux « génies » [re-sic] d’Hollywood, Les six samouraï, de Sharon Waxman, correspondante du « Washington Post ». Son précédent film était Fighter, sur la boxe, lui aussi très moyen. Notons que ce film est une étape de plus dans la dégringolade de Robert DeNiro, qui a été quelqu’un, vers un avenir où il ne sera plus rien.

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Le monde de Charlie

Vendredi 4 janvier 2013

Réalisé par Stephen Chbosky

Titre original : The perks of being a wallflower

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 8 septembre 2012

Sorti en France le 2 janvier 2013

Cette fois, on avait un titre original qui sortait de l’ordinaire, puisqu’il signifiait « Les avantages d’être une giroflée » ! Trop bête pour comprendre, le public bénéficie donc d’un titre français passe-partout et qui ne veut rien dire de particulier. Merci aux distributeurs.

Encore un film qui serait bien meilleur si on l’avait terminé avec une paire de ciseaux ! Charlie est un garçon réservé, gentil, serviable mais peu sûr de lui, qui craint donc de ne pouvoir se faire des amis au début de sa première année de lycée (nous sommes en 1991). Or ses craintes sont vaines, et il aura un ami – homo – et une petite amie très jolie, bien qu’elle aussi se juge « tarée ». Pourquoi donc a-t-il fallu justifier cette réserve par le fait qu’il se sent coupable de la mort de sa tante, qui, apparemment, l’avait harcelé sexuellement quand il était enfant ? Ce kyste scénaristique n’a aucune utilité.

Le réalisateur, précédemment scénariste, adapte ici son propre roman. Il aurait dû consulter quelques collègues compétents. Cela dit, il réussit très bien le portrait de ses jeunes personnages. Le héros est ce jeune acteur très beau garçon qui jouait d’Artagnan dans ce film idiot, Les trois mousquetaires en 3D. C’est assez drôle, il joue un catholique alors qu’il est juif !...

À voir pour les personnages.

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Yossi

Lundi 7 janvier 2013

Réalisé par Eytan Fox

Titre original : Ha-Sippur Shel Yossi

Sorti aux États-Unis (Festival de Tribeca) le 19 avril 2012

Sorti en France le 2 janvier 2013

En quelque sorte, c’est la suite du film Ha-Buah de 2002 (ce qui signifiait « La venue de Dieu », transposé en français par Yossi et Jagger), dans lequel deux soldats israéliens étaient amoureux mais devaient se cacher, car l’armée était beaucoup moins ouverte d’esprit qu’aujourd’hui. L’un des deux mourait, et l’autre, Yossi, est le personnage central du film dont on parle ici. Dix ans plus tard, il est devenu médecin cardiologue à Tel-Aviv, s’est un peu empâté, n’a aucun amour et se contente de rendez-vous furtifs pris sur Internet. C’est qu’il a honte de son âge, de son physique, de son apparence (il ne se rase plus guère), et il fuit les rapports humains.

Pourtant, Yossi, qui a eu l’occasion de soigner la mère de son ancien amant, ressent le besoin d’aller voir les parents qui ne savent rien des amours de leur fils. Face à cette révélation, la mère le prie de partir, alors que le père, plus compréhensif, l’invite à visiter la chambre restée intacte du jeune mort.

Néanmoins, de quatre jeunes soldats qu’il a pris en autostop, l’un d’eux, qui est homosexuel, qui ne s’en cache pas et qui a tout compris, le drague ouvertement, et Yossi finit par accepter ce nouvel amour. Dans la dernière scène, les deux décident de rester ensemble, malgré l’armée et l’hôpital qui les attendent respectivement. On n’y croit pas, eux-mêmes non plus sans doute, mais l’essentiel est de l’avoir dit.

Mise en scène classique et très soignée, acteurs excellents, et le film, très clair, est court. Malheureusement, il n’est pas très bien distribué (deux salles à Paris seulement, rien en province).

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Renoir

Mercredi 9 janvier 2013

Réalisé par Gilles Bourdos

Sorti en France (Festival de Cannes) le 25 mai 2012

Sorti en France le 2 janvier 2013

Pas du tout une biographie comme on en a tant vu, avec la vie entière du personnage défilant dans l’ordre ou parfois dans le désordre. Ici, seulement un moment de la vie du peintre Auguste Renoir, en 1915, quatre ans avant sa mort, alors que deux de ses fils, Pierre et Jean, sont à la guerre et que sa femme Alice vient de mourir. Ne restent auprès de lui qu’une armée de servantes (aucun homme), et son plus jeune fils, Claude, âgé de 14 ans, joué par Thomas Doret qui était déjà Le gamin au vélo des frères Dardenne et qui incarne très bien un garçon hérissé, se croyant délaissé par un père l’aimant pas, et qui ne s’intéresse qu’aux animaux morts ! Ne pas le confondre avec l’autre Claude Renoir, son neveu, fils de Pierre, et qui sera directeur de la photographie, d’autant moins que le Claude du présent film a, lui aussi, travaillé dans le cinéma (assistant-réalisateur, directeur de production, co-réalisateur).

Mais les principaux personnages sont le patriarche Auguste, acharné à peindre malgré ses mains envahies par l’arthrite et recherchant toujours plus de simplicité ; son fils Jean, le futur plus grand réalisateur français de l’histoire, convalescent après avoir été blessé à la jambe durant les combats, mais qui ne sait pas encore pour quoi il se passionnera ; son modèle Andrée, alors âgée de 15 ans (mais elle semble beaucoup plus âgée dans le film), qui deviendra la femme de Jean et sera aussi actrice sous le nom de Catherine Hessling ; et enfin Pierre, l’aîné, lui aussi blessé à la guerre, déjà acteur de théâtre mais qui avait déjà joué dans un film en 1911 – il en fera soixante-cinq, dont Les enfants du paradis.

Le film est aussi beau qu’intelligent, même s’il m’a paru faiblir un peu vers la fin, et l’on s’attache à tous les personnages, y compris au plus rugueux, Claude, dit « Coco ». Évidemment, deux grands acteurs dominent, Michel Bouquet et Vincent Rottiers, mais, même si on est allé voir le film pour eux, la beauté des paysages et surtout de la lumière, des mouvements d’appareil, et la grande humanité des personnages, font qu’il marque la mémoire. Et puis, pour une fois, on voit un peintre en train de peindre, remettant à sa place le très surestimé Van Gogh de Maurice Pialat, où Jacques Dutronc se ridiculisait (Pialat a dit pis que pendre de lui !). Naturellement, l’ensemble des critiques ayant pignon sur rue va prétendre le contraire.

Rions : les toiles de Renoir vues dans le film ont été faites par... un faussaire, Guy Ribes, qui fut d’ailleurs condamné en 2004 à trois ans de prison. Une belle réhabilitation.

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Possédée

Vendredi 11 janvier 2013

Réalisé par Ole Bornedal

Titre original : The possession

Sorti en Argentine, Israël, à Hong Kong, au Kazakhstan et aux Philippines le 30 août 2012

Sorti en France le 26 décembre 2012

Une petite jeune fille achète une boîte dans un vide-grenier. Pas de chance, la boîte contenait un dybbuk (un démon, dans le folklore juif). Ce qui provoque une histoire honteusement pompée sur L’exorciste, de sinistre mémoire, quoique en moins répugnant et grossier : la fille ne dit pas de gros mots.

La suite nous vaut un exorcisme à la manière juive, mais qui tourne au ridicule involontaire.

Ce qui est intéressant, d’un point de vue sociologique, dans ce navet, c’est que tous les participants au tournage du film ont proclamé que la boîte ayant servi à la production leur avait apporté un tas d’ennuis, à commencer par le producteur Sam Raimi, qu’on a connu mieux inspiré : ampoules de projecteurs qui explosaient, incendie inexpliqué dans l’entrepôt de stockage des accessoires, etc. La publicité nous ravira toujours par les bobards qu’elle invente à notre intention.

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Le plus sauvage d’entre tous

Lundi 14 janvier 2013

Réalisé par Martin Ritt

Titre original : Hud

Sorti aux États-Unis le 28 mai 1963

Sorti en France le 13 septembre 1963

Le grand-père Homer élève des bovins dans sa ferme du Texas, mais une épidémie de fièvre aphteuse va l’obliger à sacrifier toutes ses bêtes, et c’est la ruine en vue. Certes, son fils, Hud, conseille de revendre tout le cheptel à un voisin et sans rien dire, mais Homer se refuse à cette magouille. Il ne tient pas en grande estime ce fils, qui ne fait que boire et courir les filles, et considère les autres comme inexistants. Son petit-fils Lon, orphelin de 17 ans, le neveu de Hud, est plus proche du grand-père, lui aussi est droit, et bien qu’attiré par le côté brillant de son oncle Hud, refuse de l’imiter. Il y a enfin Alma, la gouvernante, surtout cuisinière, que les deux jeunes hommes lorgnent un peu, mais c’est une fille sans homme, et aucun des deux n’obtiendra quoi que ce soit d’elle.

Puis le troupeau est abattu, Alma s’en va et le grand-père meurt. Lon refuse de rester avec son oncle et part chercher du travail.

Cette histoire est belle et sensible, et les acteurs sont excellents. Une mention spéciale à Patricia Neal, qui joue Alma, et à Brandon De Wilde, qui est Lon. Ce jeune acteur, mort trop tôt, à trente ans, avait du talent et un beau visage expressif.

En bref : reprise. À voir.Haut de la page

Alceste à bicyclette

Mercredi 16 janvier 2013

Réalisé par Philippe Le Guay

Sorti aux États-Unis le 28 mai 1963

Sorti en France et en Belgique le 16 janvier 2013

Le réalisateur avait naguère réussi Le coût de la vie, mais complètement raté, l’année dernière, Les femmes du sixième étage. Il réutilise ici son acteur favori, Fabrice Luchini, pour lui donner à faire ce qu’il réussit le mieux : l’acteur pointilleux et caractériel, véritable moulin à paroles, copie presque conforme de ce qu’il est dans la vie.

On assiste donc à un affrontement entre deux personnages de comédiens, l’un devenu vedette d’une série télévisée dans le style de Docteur House, l’autre retraité depuis trois ans et qui ne veut plus jouer. Mais le premier a envie de jouer Le misanthrope, et vient relancer l’autre dans sa retraite de l’île de Ré, non sans lui faire remarquer au passage qu’avoir choisi ce repaire de bobos pour abriter son dégoût du monde, c’est un peu paradoxal.

Bref, après avoir refusé l’offre, le personnage joué par Luchini va évidemment accepter, sans quoi il n’y aurait pas de film. Et l’essentiel du récit consiste en cela : deux acteurs qui s’échinent à répéter la pièce qu’ils ont l’intention de jouer ensemble... mais en alternant les rôles une semaine sur deux.

On s’amuse beaucoup, mais la vérité oblige à dire que l’épisode de la fille qui fait du porno et à laquelle on fait lire le rôle de Célimène est absurde et aurait dû être coupée. Et puis, celui de la bagarre au marché, lourdement amené, fait figure de fausse note dans une histoire qui, sans cela, ne réserverait que du plaisir au spectateur.

J’ai noté que le personnage de Francesca est jouée par cette merveilleuse actrice italienne qu’est Maya Sana. Elle interprétait le personnage de Mirella dans Nos meilleures années, en 2003, et on ne peut pas l’oublier.

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Un prince (presque) charmant

Vendredi 18 janvier 2013

Réalisé par Philippe Lellouche

Sorti en France et en Belgique le 9 janvier 2013

Ce scénario est de Luc Besson, donc aucune surprise n’est à redouter : un mufle quadragénaire, chef d’entreprise plein aux as et deux fois divorcé, doit marier sa fille dans le Midi, mais une grève générale paralyse tout le pays, et il ne peut même pas se rendre sur place en voiture : plus d’essence !

Dès le début, on sait qu’il va évoluer dans le bon sens, en abandonnant tout ce qu’il possédait, comme le patron de Théorème, sans toutefois se déshabiller entièrement dans une gare. C’est qu’évidemment, il a rencontré l’Amour, et aussi un tas de gens très gentils qui lui font honte. Et là, les clichés pleuvent, car ils sont tous épris d’écologie, de justice, de liberté, etc. On finit par trouver le mufle plutôt sympathique !

Mais enfin, les acteurs sont bons, le dialogue est vif, et il y a de beaux paysages. Tant de films n’offrent même pas cela...

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La parade

Lundi 21 janvier 2013

Réalisé par Srdjan Dragojevic

Titre original : Parada

Sorti en Serbie le 31 octobre 2011

Sorti en France le 16 janvier 2013

Film militant pour les droits des homosexuels en Serbie, et dans lequel des voyous homophobes et d’anciens mercenaires de la guerre de Yougoslavie sont amenés, via une astuce de scénario aussi épaisse que les câbles d’amarrage du « Charles-De-Gaulle », à protéger la Gaypride de 2008 à Belgrade, laquelle eut lieu sous la surveillance de... cinq mille policiers, et se solda par 207 blessés. L’inconvénient est qu’on a tout deviné dès le début (les homophobes vont devenir gay friendly, comme il faut dire, et on n’y croit guère). Et puis, cette fausse note de la fin, la mort tragique d’un des principaux personnages sympathiques...

Ce qui sauve le film, en fait, c’est la qualité de ses dialogues, truffés d’énormités visant à ridiculiser l’intolérance qui sévit dans les pays de l’Est. Par exemple : « Si on donne les droits de l’homme aux pédés, tout le monde ensuite va réclamer la même chose ». Ou encore, de ce père venu récupérer en prison son fils pris dans une bagarre contre les homosexuels : « Tu ne pouvais pas te battre contre des gens normaux, que je sois fier de venir te chercher en taule ? ».

Les personnages, joués par des acteurs inconnus en France, sont plutôt originaux, et l’on rit souvent, même si ce n’est pas le chef-d’œuvre de l’année.

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Cookie

Mercredi 23 janvier 2013

Réalisé par Léa Fazer

Sorti en France le 23 janvier 2013

La réalisatrice et ses trois co-scénaristes devraient être internés à Sainte-Anne, pour avoir commis une histoire aussi absurde : la femme de ménage chinoise d’une hôtesse de l’air s’absente de son travail en lui laissant son fils de six ans, qui ne parle pas un mot de français. Elle ne revient pas, et pour cause, puisque, travailleuse clandestine, elle s’est fait cueillir par la police, a été conduite au Centre de rétention de Roissy, puis mise dans un avion pour la Chine, sans même dire qu’elle laissait son fils en France. Si elle avait parlé, son expulsion aurait été suspendue, ou, au pis, on l’aurait expulsée AVEC son fils. Oui, mais alors, il n’y aurait pas de film. Mieux, une fois installée à ShenZhen (ville voisine de Hong-Kong et qui a dépassé les dix millions d’habitants), pas une fois elle n’écrit ni ne téléphone à son ex-patronne pour demander des nouvelles de son fils ! C’est fou, le nombre de films qui n’existeraient pas, si les scénaristes avaient deux sous de bon sens.

Le reste du récit montre comment l’hôtesse de l’air, sa sœur, le mari de sa sœur, l’ex-fiancé de sa sœur – qui est opportunément commandant de police et parle le chinois (!) –, s’unissent pour ramener le gosse en Chine, en le cachant dans une valise pour passer la douane. Ben voyons...

Tout cela est soutenu, si l’on peut dire, par une musique envahissante, sur le mode nostalgique, voire tire-larmes, à base de piano et de violoncelle. Les Français adorent.

Assez vite, on s’ennuie à mourir. Et ne gobez pas ce qu’affirment les critiques complaisants, qui prétendent que l’enfant est formidable. En réalité, il ne fait rien.

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Maniac

Vendredi 25 janvier 2013

Réalisé par Franck Khalfoun

Sorti en France (Festival de Cannes) le 26 mai 2012

Sorti en France le 13 septembre 2012

Remake d’un film de 1980 portant le même titre. Enfant, Franck assistait aux débordements érotiques de sa mère, et il en est devenu impuissant. Plus tard, il a hérité d’elle une boutique qui vend des mannequins de vitrine. Il complète ces êtres inertes par une chevelure qu’il arrache à des femmes qu’il assassine. Mais il rencontre une fille, Anna, artiste photographe, et alors qu’elle s’attache à lui, il n’en est qu’obsédé – pas amoureux. Puis il tue l’agent de cette fille, une femme riche qu’il confond avec sa propre mère. Lorsque Anna comprend tout, il la tue aussi, mais ses victimes « reviennent », l’éventrent et lui arrachent le visage.

Ce déferlement d’inepties malsaines et sanglantes ne peut séduire que des spectateurs immatures et peu équilibrés. Quant au personnage principal, il est joué par un acteur plutôt laid, auquel il est impossible de s’identifier, donc de s’intéresser. Hélas, il est de toutes les scènes ; par chance, on le voit peu, puisque le récit est conduit en caméra subjective, presque tout étant vu par lui et la caméra endossant son point de vue – donc on le voit moins. Mais seule la fille est attrayante. Le seul aspect notable est qu’en dehors de trois ou quatre scènes d’horreur dont la subtilité ne vous échappera pas, le tout est assez bien réalisé, et que plusieurs scènes se réfèrent à un film illustre, un classique de l’expressionisme allemand, Le cabinet du docteur Caligari. Mais enfin, les références cinématographiques n’ont jamais sauvé un navet prétentieux.

Rions : le réalisateur Franck Khalfoun avait débuté en 2007 avec Deuxième sous-sol, or ce titre est aussi celui d’un film pornographique de Jean-Daniel Cadinot, aujourd’hui décédé. Pourvu que les spectateurs ne confondent pas !

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Lincoln

Vu le dimanche 27 janvier 2013 - Sortie prévue le mercredi 30 janvier 2013

Réalisé par Steven Spielberg

Sorti aux États-Unis le 8 octobre 2012

Sortira en France le 30 janvier 2013

Je me demandais hier si Steven Sielberg suivrait la mode actuelle : ne conserver, de la biographie d’un personnage, qu’une courte période, supposée déterminante. Et, précédemment, j’avais noté que l’homme qui l’assassina ne faisait pas partie des personnages du film. Eh bien, Spielberg a suivi la mode, et son film, qui ne montre pas cet assassinat dans un théâtre, ne traite que de l’épisode – quatre mois – montrant le président des États-Unis s’évertuant à faire voter son Treizième amendement abolissant l’esclavage, alors même que la Guerre de Sécession n’est pas encore terminée. Tâche difficile, et la difficulté est exposée au bout de la première demi-heure, dans un passage d’ailleurs malaisé à suivre, puisque tout est dans le dialogue et que l’exposé des arguments est ardu.

En fin de compte, tout n’est que récit des tractations, à base de magouilles et de compromis (« J’échange ton vote contre un bon poste ») à quoi cet honnête homme qu’était Lincoln dut se résoudre pour obtenir satisfaction. Si bien qu’on doit convenir ceci : Spielberg, chaque fois qu’il veut filmer la lutte pour une bonne cause, fabrique un film ennuyeux ! Cela s’était déjà produit avec Amistad, qui était pourtant meilleur, une très longue histoire de procès pour la défense des esclaves noirs, et cela se reproduit en pis avec Lincoln, où l’on ne voit que des gens qui parlent.

La seule scène un peu émouvante oppose Abraham Lincoln à son fils Robert, qui veut s’engager dans l’armée. Comme son père, chef des armées, est en mesure de l’en empêcher, Robert lui lance qu’il a surtout peur de sa femme, plutôt que de perdre son fils. Son père le gifle et regrette aussitôt son geste, mais trop tard.

 

Lincoln gifle son fils

 

Cela dure deux heures et demie, et c’est fort ennuyeux pour qui n’est pas citoyen des États-Unis, car la plupart des personnages et des évènements qui défilent nous échappent. Le patriotisme états-unien n’est pas exportable, savez-vous ?

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Blancanieves

Lundi 28 janvier 2013

Réalisé par Pablo Berger

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 8 septembre 2012

Sorti en France le 23 janvier 2013

Vers 1920, le célèbre torero Antonio Villarta est gravement blessé dans l’arêne par son sixième taureau, Lucifer. Transporté à l’hôpital, il restera tétraplégique. Pendant ce temps, sa femme meurt en accouchant de leur fille Carmen. Une méchante infirmière met le grappin sur Antonio, et surtout sur sa fortune, et confine l’enfant dans la cave, lui faisant faire les pires corvées. C’est Cendrillon, alors ? Non, c’est Blanche-Neige !

Carmen grandit et devient une belle jeune fille, que sa marâtre tente de faire assassiner par un complice, qui croit l’avoir noyée. Mais elle est recueillie par une troupe de nains, dont une naine (mais jouée par un homme), Los Enanitos Toreros, qui donnent un spectacle ambulant, une tauromachie comique avec des vachettes (sans mise à mort). Détail : ils sont... six ! Carmen va s’intégrer à la troupe, et devenir une torera célèbre sans avoir jamais tué le moindre taureau – ce qui m’a semblé un peu fort de café. Mais au cours d’une corrida où assiste sa marâtre, qui l’a reconnue dans un magazine, un traître lâche un taureau adulte dans l’arêne. Carmen se montre si courageuse que le public réclame... qu’on gracie le taureau, ce qui est accepté par le président de la corrida. La méchante marâtre présente alors à Carmen – acclamée pour une raison que je n’ai pas comprise, puisqu’elle n’a pas conclu –, une pomme empoisonnée. Carmen la croque et tombe, inanimée.

La dernière scène se passe dans une foire : le corps de Carmen est exposé dans un cercueil de verre, et les spectateurs sont admis à l’embrasser pour tenter de la réveiller, pour un centime (c’est donc moins cher que pour Lola Montes). Mais c’est l’un des nains, Rafita, en fait un lilliputien, et beau garçon, qui dort sur place (dans le cercueil, à côté d’elle), qui va l’embrasser, la nuit tombée, quand ils sont seuls. Alors, une larme coule de l’œil de Carmen...

Cette extravagante adaptation du conte des frères Grimm dépasse de loin en originalité toutes les autres tentatives, et l’on en a fait beaucoup ces dernières années. En effet, le film est en noir et blanc, et muet, comme The artist, sans toutefois, au contraire de ce qu’on a prétendu, faire mieux que ce pastiche, plus riche sur tous les plans. La musique est incessante, mais, comme elle convient parfaitement, on ne s’en plaindra pas, pour une fois.

*

Hélas, le film démontre que son auteur ne connaît pas grand-chose à la tauromachie, qui est pourtant au centre de son histoire. D’abord, au cours de la corrida finale, le taureau est gracié sur la demande du public. Or il n’a rien fait de particulièrement méritoire, n’a pas été toréé par Carmen, n’a reçu aucune banderille, ni aucune pique de la part des picadors puisqu’il n’y en a pas. Il n’a donc pas la moindre blessure et n’a montré aucune combativité motivant cette grâce. Autre anomalie, quand un taureau est gracié, et c’est très rare, on n’applaudit pas le matador, qui est alors le perdant de l’affaire ! Ici, Carmen fait son tour de piste comme si elle avait merveilleusement toréé.

Enfin, d’où vient cette maxime selon laquelle le matador ne doit pas perdre la bête de vue ? Vingt fois j’ai vu un torero tourner le dos au taureau pour saluer le public, et parfois s’agenouiller devant lui, à deux ou trois mètres seulement, toujours en lui tournant le dos. Et jamais il n’en est résulté le moindre incident.

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The master

Mardi 29 janvier 2013

Réalisé par Paul Thomas Anderson

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 1er septembre 2012

Sorti en France le 9 janvier 2013

Ce film a l’avantage de m’offrir cette occasion : montrer que je ne suis inconditionnel de personne. En effet, j’avais aimé tous les films de Paul Thomas Anderson, avec une préférence pour les plus spectaculaires, Magnolia et There will be blood. Or je n’aime pas du tout ce film-ci, et, si je conseille de le voir à la rigueur, c’est pour les interprètes. Mais la mise en scène est mollassonne, et le scénario, plein de trous. Expliquons-nous.

Freddie Quell a combattu dans le Pacifique, et il en sort passablement déséquilibré : il est alcoolique, violent, dominé par ses sautes d’humeur, et seul. Après quelques tribulations, il finit par tomber sur un escroc, fondateur d’une secte inspirée de la Scientologie (rapprochement que le réalisateur nie), et que son gourou-fondateur, Lancaster Dodd, a nommée « La Cause ». Or cet homme prend assez vite un ascendant sur lui qui est presque total. Presque, car Freddie, tout en remplissant auprès de lui le rôle d’homme de main et de factotum, va se rebiffer deux ou trois fois, osant lui lancer qu’il dit n’importe quoi, qu’il invente, et que sa propre famille le déteste. Cependant, Dodd semble l’aimer beaucoup, et les deux hommes passent leur temps à se donner l’accolade, ce qui ne contribue pas à donner au spectateur l’impression d’une grande cohérence scénaristique.

D’autant moins que l’épilogue est incompréhensible : Freddie a quité Dodd, qui est allé s’installer en Angleterre. Un jour, alors qu’il visionne, seul dans une salle de cinéma, un dessin animé, un employé lui apporte un téléphone, ce qui semble indiquer qu’il est devenu quelqu’un d’important dans le cinéma, surprenante promotion sociale que rien n’annonçait jusque là. L’appel vient d’Angleterre, Lancaster lui demande de venir le rejoindre d’urgence, et de lui apporter... des Kools (c’est une marque de chewing-gum introuvable en Angleterre). Freddie obtempère, mais Dodd le reçoit avec indifférence, et lui déclare que s’il veut rester, c’est parfait, mais que s’il s’en va, il sera indésirable ad vitam aeternam. Fin du film !

On voit que le réalisateur-scénariste a fait n’importe quoi, et qu’il a probablement égaré le tiers au moins du scénario. Sanction : le public ne se bouscule pas pour voir le film, et on le comprend. Ne subsiste dans le souvenir qu’une ou deux scènes, dont celle où Freddie, incarcéré, casse tout dans sa cellule. Pour le reste, dominent l’ennui et l’incompréhension.

La publicité nous a fait savoir qu’Anderson a tenu à filmer avec de la pellicule 70 mm, rarement utilisée aujourd’hui (elle était à la mode dans les années 60), parce que « Ce format donne une image d’une netteté fantastique ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que rien de tel n’apparaît à la projection. C’est donc un pur argument publicitaire.

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Foxfire, confessions d’un gang de filles

Jeudi 31 janvier 2013

Réalisé par Laurent Cantet

Sorti au Canada (Festival de Toronto) le 10 septembre 2012

Sorti en France le 2 janvier 2013

J’ignore pourquoi cette année 2012 a vu les bons réalisateurs se mettre à faire de médiocres films ! Dans le cas de Laurent Cantet, c’est peut-être pour avoir voulu travailler dans un autre pays que le sien. Déjà, avec Vers le Sud, tourné en Haïti, il n’avait pas rameuté les foules, mais ce Foxfire, au bout de quatre semaines, est relégué dans une seule petite salle à Paris, et a peiné pour atteindre les 100 000 entrées...

Autre cause de cet échec cinglant, Cantet semble avoir tourné le dos, provisoirement on l’espère, à ce qui l’intéressait jusqu’ici, le monde du travail, la vie sociale, l’éducation, et tout cela de nos jours. On comprend mal pourquoi il s’est évertué à adapter un roman en langue anglaise dont l’action se passe... en 1955 ! Et d’autant moins que ce qu’il montre, une révolte de lycéennes qui, voulant se venger des humiliations masculines, tombent dans la délinquance (pas terrible, il est vrai, hormis un enlèvement avec demande de rançon, mais qui échouera), n’est pas d’une folle originalité... Ayant échoué en tout, leur bilan est piteux, et deux d’entre elles font un peu de prison, deux s’embourgeoisent, deux s’échappent, sans doute vers le Canada. On laisse entendre que la meneuse a rejoint les révolutionnaires castristes.

Le film cède à la mode actuelle, qui est de faire long. Sans la moindre nécessité, il dure deux heures et 23 minutes. C’est d’autant moins nécessaire qu’il s’agit d’un remake, d’après un film de 1996 avec Angelina Jolie, et qui durait quarante minutes de moins.

Finalement, ce n’est pas un calvaire, mais on ne se passionne pas non plus.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page