JPM - Films vus - Notules -  Août 2010

Notules - Août 2010

 

Plus courtes que les critiques, les notules traitent d’un ou plusieurs films, ou de sujets d’actualité en rapport avec le cinéma. Jusqu’en septembre 2004, elles provenaient de divers forums aujourd’hui disparus. Par la suite, elles s’en affranchissent et sont rédigées directement ici.

Œuvres citées (en italiques, autres que des films) : L’âge de raisonMillénium 3 - La Reine dans le palais des courants d’airLuftslottet som sprängdesInsoupçonnable – The servant – Cellule 211Celda 211 – Un prophète – L’heure du crimeLa doppia ora – Vertigo – Inception – There will be blood – Un poison violentLes rustresChatroomCe que je veux de plusCosa voglio di piuOrly – Les hauts murs – Conte d’hiver – D’amour et d’eau fraîcheCrime d’amour – Stupeurs et tremblements – The karaté kid – The next karate kid – Inception – The killer inside me – The reader – Le bruit des glaçons – Trop belle pour moi – Ne me quitte pasSalt – Little Nikita – AliasCleveland contre Wall Street

Personnes citées : Yann Samuell – Michel Duchaussoy – Sophie Marceau – Daniel Alfredson – Gabriel Le Bomin – Joseph Losey – Marc-André Grondin – Luis Tosar – Giuseppe Capotondi – Alfred Hitchcock – Alain Riou – Éric Neuhoff – Henri Verneuil – Christopher Nolan – Orson Welles – Katell Quillévéré – Michel Galabru – Carlo Goldoni – Hideo Nakata – Silvio Soldini – Angela Schanelec – Émile Berling – Isabelle Czajka – Alain Corneau – Harald Zwart – Pat Morita – Ralph Maccio – Jaden Smith – Will Smith – Éric Neuhoff – Danièle Heymann – Kate Winslet – Casey Affleck – Ben Affleck – Jim Thompson – Jean-Pierre Treiber – Bertrand Blier – Émile Berling – Gérard Depardieu – Josiane Balasko – Carole Bouquet – Nina Simone – Jacques Brel – Jean Dujardin – Phillip Noyce – Angelina Jolie – River Phoenix – Sidney Poitier – Louis de Funès – Robert Dhéry – Jean Girault – Gérard Oury – Jean-Stéphane Bron – Josh Cohen

L’âge de raison

Lundi 2 août 2010

Réalisé par Yann Samuell

Sorti en France (première) le 4 juillet 2009

Sorti en France le 28 juillet 2010

Une petite fille de sept ans pourvue d’un esprit fertile a écrit une série de lettres à la femme qu’elle sera plus tard. Le moment venu, un notaire de province à la retraite les fait parvenir, l’une après l’autre (il y en a des tonnes !), à la femme d’affaires qu’elle est devenue. D’abord agacée, elle finit par être émue et « change de vie » (sic).

Le film est très artificiel et joue à fond la carte de l’humanisme. Hélas, on ne croit pas une seconde qu’une gosse de cet âge ait pu écrire autant de lettres, et aussi sophistiquées. Et surtout, le scénario semble avoir été fabriqué avec, à portée de la main, un livre de recettes : tous les ingrédients susceptibles de plaire au public sont présents et arrivent à point nommé.

Michel Duchaussoy est impérial. Sophie Marceau prouve qu’une starlette banale peut, avec les ans et donc l’expérience, devenir une actrice convaincante. Mais nous sommes au cinéma ; au théâtre, ce serait une autre paire de manches.

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Millénium 3 - La reine dans le palais des courants d’air

Mardi 3 août 2010

Réalisé par Daniel Alfredson

Titre original : Luftslottet som sprängdes

Sorti au Danemark, en Norvège et en Suède le 27 novembre 2009

Sorti en France le 28 juillet 2010

Troisième et dernier épisode de la série, réalisé par le même metteur en scène que le numéro 2 (qui a réalisé cinq des six épisodes de la version télévisée), et meilleur que le précédent. Et lui aussi affecté d’un titre français à rallonge. Signalons que le titre anglais signifie « La fille qui a donné un coup de pied dans le nid de frelons », et le titre original en suédois, plutôt allégorique, seulement – et approximativement – « Le palais des courants d’air » : on n’y rencontre donc aucune reine ! Plus sobres, les Néerlandais se sont contentés de « Justice »...

Cette fois, pas de racolage avec une scène lesbienne, mais uniquement une enquête et un procès, celui de Lisbeth Salander, accusée d’avoir voulu tuer son père dans le deuxième épisode. Celui-ci, gravement blessé, sera d’ailleurs exécuté par un tueur dans l’hôpital où il est soigné, à deux pas de sa fille, elle aussi blessée.

Le film se concentre sur son objet, ne s’égare pas dans toutes les directions, et sa mise en scène reste fonctionnelle, aussi est-il facile à suivre – bien qu’un peu trop long, en vertu de la mode qui veut qu’une œuvre de cinéma ne puisse pas être prise au sérieux si elle ne dépasse pas les deux heures réglementaires.

On a dit plus haut que cet épisode était le dernier. En effet, tout ce que les deux premiers avaient laissé en suspens est résolu ici, et on voit mal ce qui pourrait être ajouté. Aussi peut-on être sceptique quant à l’existence d’un quatrième épisode, qui serait présent dans l’ordinateur de l’auteur défunt du roman, et dont aurait hérité sa compagne. Encore une probable invention de journaliste en mal de copie.

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Insoupçonnable

Jeudi 5 août 2010

Réalisé par Gabriel Le Bomin

Sorti en France (Paris Cinéma) le 13 juillet 2010

Sorti en France le 4 août 2010

Pendant les quatre cinquièmes du film, on se dit que l’intrigue est trop simple : une fille s’arrange pour épouser un riche veuf, et fait passer son amant pour son frère – un peu comme dans The servant, de Joseph Losey. Puis les deux complices simulent un enlèvement de la fille pour soutirer une rançon au pigeon. Mais ça se passe mal et le pigeon est tué. Le dernier cinquième du film renverse complètement la situation : les deux amants criminels ont été manipulés par le frère du mort, qui voulait se débarrasser de lui pour garder toute la fortune familiale. Mais le mort n’était pas mort et révèle le pot-aux-roses à son pseudo-assassin. La fille alors abat le frère machiavélique, mais, comprenant que la vie ne leur offre plus rien, elle provoque un accident, et les deux apprentis-gangsters finissent dans un ravin. Cette fois, la barque est trop chargée, et le spectateur décroche.

C’est délicat, le cinéma : s’il comporte trop d’action et trop peu d’intelligence, le film est dédaigné ; s’il est trop cérébral, il court le risque de semer en route le spectateur, et c’est alors irrattrapable.

Ici, on le regrette, car la réalisation est correcte, quoique trop chargée en gros plan, et les acteurs sont excellents, mais les situations qui passent très bien dans un livre ne conviennent pas forcément dans un film. Comme toujours, c’est Marc-André Grondin qui retient l’attention, car il a le rôle le plus intéressant. Mais la ville de Genève est-elle à ce point hideuse ?

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Cellule 211

Vendredi 6 août 2010

Réalisé par Daniel Monzón

Titre original : Celda11

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 4 septembre 2009

Sorti en France le 4 août 2010

Encore un bon film en langue espagnole. Un film de prison qui ne m’a semblé pas inférieur à celui français tant vanté, Un prophète, mais c’est une opinion personnelle. Un jeune gardien de prison (à propos, vous n’en avez pas marre de lire « Un jeune maton » dans TOUS les comptes-rendus de films parus à l’occasion de la sortie ? Ce terme est insultant, mais les journaleux qui l’utilisent exclusivement ne semblent pas en avoir conscience. De quel droit sont-ils obstinément méprisants ? Et si on les appelait, eux, « fouille-merde » ou « pisse-copie » ?), un jeune gardien de prison, donc, vient visiter celle où il doit prendre son poste dès le lendemain... et se retrouve au milieu d’une mutinerie. Pour ne pas servir d’otage, il se fait passer pour un nouveau prisonnier, gagne la confiance du caïd de la prison, puis se retrouve en tête de la révolte parce que sa femme, enceinte et venue aux nouvelles, a été brutalisée par un gardien et en est morte. Lui et le caïd seront d’ailleurs tués peu avant la fin.

C’est le type de scénario qu’on devrait détester, car le scénariste construit des évènements arbitraires, trop nombreux, avec le seul dessein d’obtenir des effets, et d’abord des coups de théâtre. Et, certes, on a quelque réticence à gober le postulat de ce jeune inconnu qui devient presque instantanément l’homme de confiance et le second du caïd de tous ces criminels – personnage remarquable, le caïd, très bien tenu par Luis Tosar –, ou l’épisode de la mort de sa femme, tuée dans une manifestation devant la prison, alors que, enceinte, elle n’avait rien à faire là. Mais l’histoire n’existerait pas sans ces coups de pouce à la vraisemblance.

Le récit est celui de la prise de conscience par un jeune novice de ce fait bien connu, que la prison est l’école du crime. Tout le monde le sait, mais il faut marteler cette évidence, et surtout, mettre sans cesse en avant la responsabilité des gouvernants, surtout des nôtres, en France. Un jour ou l’autre, nous aurons chez nous des évènements semblables.

Le film adopte le style du reportage, en caméra portée, très remuant. Pour une fois, ce n’est ni de la paresse ni de la coquetterie, le procédé se justifie. Et les trois scènes de mutilation (un prisonnier qui s’ouvre les veines, une oreille tranchée par le jeune gardien, obligé ainsi de prouver sa bonne foi, et l’égorgement du méchant par le même) ne sont pas horrifiques et ne brutalisent pas le spectateur, comme on le fait trop souvent au cinéma.

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L’heure du crime

Lundi 9 août 2010

Réalisé par Giuseppe Capotondi

Titre original : La doppia ora

Sorti en Italie (Festival de Venise) le 10 septembre 2009

Sorti en France le 4 août 2010

Démontre qu’un film court – 95 minutes – n’est pas forcément un film rapide. Celui-ci, au contraire, est languissant au point d’en être soporifique. Si bien que, plongé dans la torpeur, vous ne chercherez sans doute pas à savoir si le principal personnage masculin a été tué au cours du cambriolage (on voit sa tombe, encore un rêve ?), ou pas. A-t-on voulu nous faire comprendre que le cinéma italien peut être aussi mauvais que le cinéma français ? Dire que certains y ont vu une réminiscence d’Hitchcock et de Vertigo !

Au fait, pourquoi « L’heure double », traduction du titre original ? Parce qu’à un certain moment, l’homme regarde sa montre et dit « Tiens ! Il est 23 heures 23 », et que, plus tard, Sonia prend un avion à 20 heures 20. C’était crucial, en effet. Mais Desproges a fait mieux avec son 11 heures 11.

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Christopher Nolan : trop intelligent ?

Lundi 9 août 2010

Hier soir, dans Le masque et la plume sur France Inter, un seul des quatre critiques présents, Alain Riou, a plutôt aimé Inception. Mais Riou est un joyeux plaisantin, qui proclame volontiers que la mise en scène n’a aucune importance, et qui a dit, à propos de There will be blood, qu’il n’aimait pas les chefs-d’œuvre. Ses trois collègues ont, en gros, fait les mêmes réserves que moi : film trop long, trop bruyant, trop chargé en scènes d’action que le sujet ne justifient nullement. Éric Neuhoff a même eu le courage de dire qu’il ne comprenait rien à l’histoire.

Cela m’a fait souvenir que, naguère, Henri Verneuil, qui n’était certes pas le meilleur réalisateur de France mais ne manquait pas de bon sens, avait déclaré, au Tribunal des Flagrants Délires sur la même radio, qu’au contraire des réalisateurs français, ceux des États-Unis ne se souciaient pas de « paraître intelligents ». Or, devant Inception, on a vraiment l’impression que Nolan, son réalisateur, a misé sur le fait que les spectateurs, craignant de paraître trop sots, reculeraient face à la perspective d’admettre qu’ils n’y ont rien compris. En tout cas, la ruse a bien fonctionné, je n’ai rencontré que des spectateurs qui avaient TOUT compris ! Ô mes parents, que je vous en veux de m’avoir fait naître idiot ! Nolan, lui, doit être trop intelligent.

(Je blague, bien entendu. Orson Welles n’a jamais passé pour un débile admiré par des débiles, or ses films sont d’une clarté sans pareille. De même pour Hitchcock)

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Un poison violent

Mardi 10 août 2010

Réalisé par Katell Quillévéré

Sorti en France (Festival de Cannes) le 14 mai 2010

Sorti en France et en Belgique le 4 août 2010

On ne saura pas quel est ce poison violent. La religion, peut-être ? Car le scénario en est gavé : plusieurs cérémonies à l’église, dont une confirmation avortée (la postulante s’évanouit devant l’évêque), une confession aboutie et une autre repoussée (le curé : « Je ne travaille pas, là. Reviens à 18 heures ! »), un enterrement (la même jeune fille s’évanouit devant la tombe), une prière dite en sanglotant (et en italien) par le curé, une mère pieuse qui a épousé un mari incroyant, et des chants religieux à n’en plus finir. Explication : nous sommes en Bretagne !

Blague à part, merci au film de ne donner en rien dans le folklore breton. Ici, pas de crêperies, pas de menhirs, pas de coiffes amidonnées en forme de menhirs, pas de biniou, pas de veuve de marin au visage buriné par les embruns et contemplant longuement la mer, voire pas de mer du tout. Mais une histoire familiale : Paul a épousé la très croyante Jeanne, et ils ont eu une fille, Anna. Puis Paul s’est lassé, a quitté le foyer, a trouvé une autre femme, laissant à Jeanne leur maison, leur fille, et... son propre père, quasi-impotent et qui ne sort jamais de son lit. Anna atteint ses quatorze ans et va faire sa confirmation ; elle est aussi un peu amoureuse d’un petit camarade, Pierre, plutôt déluré. Puis le grand-père meurt et on l’enterre. Voilà, c’est tout.

Le film est réalisé très sagement, sans flaflas, et les interprètes sont bons. On a beaucoup dit que Galabru, dans le rôle du grand-père, était « génial », mais c’est saugrenu : quand on donne à Galabru un rôle dans autre chose qu’une couillonnade, il s’en tire toujours bien. Ce n’est pas sa faute si cela ne lui est arrivé, au cinéma, que deux fois dans sa carrière et s’il a dû, en compensation, courir le cachet. Mais il a, au théâtre et à la télévision, joué Les rustres de Carlo Goldoni, et il était parfait.

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Chatroom

Vu le jeudi 1er juilllet 2010 - Sorti le mercredi 11 août 2010

Réalisé par Hideo Nakata

Sorti en France (Festival de Cannes) le 14 mai 2010

Sorti en France le 11 août 2010

L’idée n’est pas mauvaise, mais la réalisation complique tout et la réduit à néant. Mais d’abord, un mot du titre.

Un chatroom, c’est un « salon » (sic) de discussion en temps réel sur Internet. Les visiteurs ne se voient pas, ne savent des autres que ce qu’ils ont bien voulu en dire – le mensonge est roi –, et ne connaissent, de leurs prétendus amis, que des pseudonymes. Tout cela est donc entièrement virtuel, mais l’idée du film est de matérialiser cet univers, et les salons deviennent, dans le film, des pièces situées dans un immeuble crasseux aux couleurs hideuses et criardes ; quant aux jeunes de l’histoire, ils se rencontrent réellement. Il faut donc que le spectateur du film accepte ce postulat d’un univers virtuel... qui est réel.

L’ennui, c’est que William, celui qui a créé le chatroom baptisé « À la vie, à la mort », est un pervers, effectivement hanté par la mort, mais celle des autres, et qui cherche à les pousser au suicide. Explication : il hait sa mère écrivain, son frère Ripley, bien sous tous rapports, qu’elle a pris pour héros de ses livres, et son père, naturellement. Il se présente à ses « amis » comme une sorte de gourou et les invite à exprimer leur haine de ce qu’ils détestent le plus, et à exposer leurs hantises. Après avoir failli réussir à pousser au suicide le jeune Jim, il est démasqué et meurt d’un accident, sous les roues d’un train.

Pourquoi pas ? Mais le récit est excessivement compliqué, part dans tous les sens, il est trop long, et la réalisation est bourrée d’erreurs. Et voilà comment un film britannique finit en navet japonais, nourri des hantises de la jeunesse nippone (le réalisateur, le monteur et le musicien sont japonais).

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Ce que je veux de plus

Jeudi 12 août 2010

Réalisé par Silvio Soldini

Titre original : Cosa voglio di piu

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 15 février 2010

Sorti en France le 11 août 2010

Ce que le spectateur voudrait de plus, c’est un scénario et des acteurs intéressants ! Ici, on a l’histoire banale d’un adultère, banalité renforcée, si je puis dire, par celle des deux personnages et de leurs interprètes. Le réalisateur se rattrape en multipliant les scènes de nu (il y en a quatre, aussi inutiles les unes que les autres), dont deux scènes de copulation ultra-rapides. À la fin de la deuxième, l’homme soupire « Jamais je n’avais connu ça ». On le croit volontiers : expédier la chose en quarante secondes, c’est en effet exceptionnel !

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Orly

Lundi 16 août 2010

Réalisé par Angela Schanelec

Sorti en Allemagne (Festival de Berlin) le 13 février 2010

Sorti en France le 11 août 2010

Il a fallu attendre le mois d’août pour voir le film le plus vide et le plus prétentieux de l’année. Ouf ! c’est fait... Tant d’efforts, tant de personnel (on a été jusqu’à vider l’aéroport d’Orly, de jour, pour une séquence peu avant la fin), et tout cela pour ce festival de néant. Les personnages sont inintéressants, leurs propos sont inintéressants, et l’histoire, qui se réduit à leurs conversations, est absente, jusque peu avant la fin, où une alerte à la bombe oblige à vider l’aéroport – toujours le scénariste créant des évènements pour remplir ses pages, quand ses personnages n’offrent rien qui puisse faire avancer le scénario...

Même le jeune Émile Berling, qui fut si attrayant dans Les hauts murs et dans Conte d’hiver, n’a rien à faire d’autre que de traîner dans les boutiques, puis de dire à sa mère qu’il a eu une relation homosexuelle avec un camarade de classe (« On a baisé », dit-il ; mais quel garçon s’exprimerait de cette façon devant sa mère ?), en riposte à l’aveu de sa génitrice qu’elle a connu un autre homme que son père quand il avait quatre ans ; mais la scène s’arrête là, on ne verra aucune réaction.

Le dénouement est précédé de l’interminable lecture, qui se veut sans doute poétique – et c’est pourquoi je parlais de prétention en commençant –, d’une lettre par la voix masculine d’un personnage qu’on n’a jamais vu et dont on ne sait rien, pas même de quoi il parle. Passionnant, vraiment. Bref, encore un de ces redoutables films conceptuels...

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D’amour et d’eau fraîche

Mercredi 18 août 2010

Réalisé par Isabelle Czajka

Sorti en France (Festival Paris Cinéma) le 10 juillet 2010

Sorti en France le 18 août 2010

Embauchée, sur recommandation de son frère aîné, dans une entreprise de communication « dynamique » et branchée, Julie est reçue par une dirigeante si sympathique et si optimiste qu’on se dit que cela cache quelque chose. Effectivement, peu de temps après, elle est virée par la même. Elle tente de se faire recruter par une boîte qui vend des encyclopédies en porte-à-porte, et ne tient qu’une matinée : cette fois, c’est elle qui part, après avoir jeté à la poubelle ses documents de démonstration. Puis elle part dans le Midi avec un copain, qui s’avère être un petit trafiquant, passeur de bagnoles volées à l’étranger. Assez bête pour faucher un CD dans un supermarché, il se fait coincer, et tous les deux sont arrêtés. Fin du film.

Scénario minimaliste, et fin bâclée. Comme pour l’étoffer un peu, la réalisatrice case trois scènes de nus, toujours aussi parfaitement inutiles.

Ce film souffre du même défaut qu’Orly : vide et prétention sociologique. Seuls les deux acteurs principaux le sauvent du naufrage.

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Crime d’amour

Vendredi 20 août 2010

Réalisé par Alain Corneau

Sorti en France, en Belgique et en Suisse francophone le 18 août 2010

Ce titre doit être là par antiphrase, car il n’existe aucune trace d’amour dans cette histoire, qui décrit effectivement un crime, une vengeance entre femmes ambitieuses, et la manière ingénieuse dont la meurtrière s’arrange pour être d’abord soupçonnée, inculpée, incarcérée, avant de déclencher la seconde phase, soigneusement préparée, qui lui permettra, non seulement d’être innocentée, mais aussi de faire arrêter quelqu’un d’autre à sa place !

 Alain Corneau retrouve le monde de l’entreprise, comme on dit, qui lui avait si bien réussi dans Stupeurs et tremblements. Et c’est un plaisir de voir, pour une fois, un film français sans faute de scénario ni de réalisation. Tout est impeccable, et les décors high tech non moins que les personnages aux dents longues vous engageront à prendre en grippe cet univers glacé. Au fond, c’est un film communiste !

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The karaté kid

Lundi 23 août 2010

Réalisé par Harald Zwart

Sorti en Indonésie, Malaisie, Corée du Sud et à Singapour le 10 juin 2010

Sorti en France le 18 août 2010

C’est bien beau, la Chine. On aurait presque envie d’aller s’y installer, comme la famille du film. Puis on se souvient que les Chinois ne parlent que le chinois, tout comme les Japonais ne parlent que le japonais. Invivable. Alors, on continuera de visiter la Chine au cinéma exclusivement, surtout si le film est beau, comme c’est le cas ici.

Il reprend l’argument de trois films des années quatre-vingt portant déjà ce titre (il y a eu une suite, The next karate kid, en 1994). Le héros était joué par Pat Morita (vrai prénom, Noriyuki, mais il était né en Californie), qui n’était pas d’origine chinoise, mais japonaise. Il enseignait donc le karaté à un jeune homme de 17 ans joué par Ralph Maccio. Dans celui dont il est question ici, le garçon a douze ans, ce qui a fait hurler pas mal de spectateurs, et il est joué par Jaden Smith, fils de Will Smith, beau et talentueux comme son père, et qui va probablement réussir une belle carrière, même si beaucoup mettent en doute son talent et s’indignent devant ce coup de piston paternel. Quant à son mentor, c’est le sympathique Jackie Chan, vieilli, au visage grave, qui combat peu dans cette histoire, sauf au début où il ratatine une demi-douzaine... d’enfants, sans même les toucher !

Évidemment, on sait dès le début que ce garçon, obligé de quitter les États-Unis parce que sa mère est frappée par le chômage, et qui va vivre à Pékin, va avoir des tas d’ennuis causés par la xénophobie, et s’en sortira en apprenant, non le karaté comme dit le titre, mais le kung-fu. Mais enfin, ce n’est pas un film à suspense et l’intérêt n’est pas de connaître la fin ! Et certaines critiques sur l’invraisemblance du scénario tombent d’elles-mêmes : on sait bien que tous les films sur le sport, qui prennent un héros battu d’avance et en font un champion à la fin, ne cherchent pas à nous convaincre que tout cela est possible ; bref, on est dans le rêve, mieux qu’avec le cauchemardesque Inception, et pas dans la réalité.

Un peu long, le film est parfaitement réalisé (sauf dans le plan du coup de pied final, vraiment raté) par un metteur en scène néerlandais ; aussi passera-t-on avec indulgence sur cette peu crédible excroissance touristique : que le maître ait besoin d’aller entraîner son élève... sur la Grande Muraille, qui se trouve à huit cents kilomètres de Pékin ! L’apprentissage est très curieux, les combats sont bien filmés, les paysages urbains ou ruraux sont magnifiques, et tout le monde inspire la sympathie, y compris, à la fin, les méchants élèves de la méchante école dirigés par un méchant moniteur de kung-fu, qui leur apprenait à « faire souffrir » leurs adversaires, désignés par lui comme « vos ennemis » : son champion ayant perdu le tournoi, ses élèves l’abandonnent pour se tourner vers le modeste employé de la maintenance qui a enseigné son art à son jeune élève, évidemment vainqueur en dépit d’une jambe meurtrie par la traîtrise de son adversaire.

On sera un peu moins indulgent à l’égard de la musique trop abondante, comme presque toujours, mais oublions, car le spectateur sort de là euphorique et ravi.

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The killer inside me

Mercredi 25 août 2010

Réalisé par Michael Winterbottom

Sorti aux États-Unis (Festival de Sundance) le 24 janvier 2010

Sorti en France le 11 août 2010

J’étais réticent à l’idée de voir ce film, car les critiques estampillés, c’est-à-dire payés pour donner leur avis dans un journal, l’ont pour la plupart démoli. Se sont ainsi distingués ceux de France Inter, dans Le masque et la plume, qui y ont vu... ce qu’ils ont apporté. Par exemple, Éric Neuhoff a noté « une scène où la fille se fait défoncer la figure à coups de poing pendant dix minutes ». Ayant cette remarque à l’esprit, j’ai pu, de mon côté, constater que toute la violence du film est concentrée dans deux scènes assez courtes, la première, celle que visait Neuhoff, durant... une minute, et la seconde, la moitié. En outre, presque tous les coups sont hors champ, c’est-à-dire qu’on ne les voit pas à l’écran ! Et aucun gros plan sur les visages tuméfiés ne vient renforcer la thèse du racolage exploitant le voyeurisme du spectateur. Cessons donc de nous indigner pour la galerie, travers où était tombée Danièle Heymann dans la même émission à propos de ce très bon film, The reader : elle avait cru comprendre qu’on y « excusait » un crime nazi par le fait que le personnage féminin joué par Kate Winslet était illettré... À se demander si les journalistes voient les films, ou s’ils dorment pendant la projection parce qu’ils ne payent pas leur place.

Pas d’accord non plus avec les très nombreux admirateurs de Casey Affleck, plutôt mollasson en dehors des scènes de tabassage, et à qui on a trouvé « un visage d’ange » contrastant avec ses crimes. Le frère de Ben Affleck a un visage ordinaire, et il change si rarement d’expression qu’on se demande s’il ne dort pas lui aussi. Mais au fond, pourquoi un tueur devrait-il avoir le visage de Jean-Pierre Treiber ?

Cela précisé, le film illustre un roman de Jim Thompson, que je n’ai pas encore lu mais que je lirai, et cette histoire de tueur sadique, sans être passionnante à l’écran, tient néanmoins la route. Néanmoins, les flashbacks « explicatifs » ou qui tentent de l’être pourraient être supprimés : mieux vaut ne rien expliquer que de le faire si mal.

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Le bruit des glaçons

Jeudi 26 août 2010

Réalisé par Bertrand Blier

Sorti en France le 25 août 2010

« J’me rappelle plus DE toutes les blagues ». Bravo, monsieur Blier, vous faites progresser la langue française. À part cela, l’entrée en matière laisse prévoir une impasse : même si on admet le postulat de ce cancer matérialisé par un acteur et qui vient s’installer au domicile du malade, il est prévisible que la suite va être laborieuse, car la matière d’un court-métrage n’a jamais fourni un long-métrage satisfaisant.

Alors, comme prévu, afin de rallonger cette sauce un peu légère, l’auteur « crée des évènements », tous plus arbitraires les uns que les autres – et pour l’arbitraire, on peut compter sur Blier, qui en est le roi. Tour à tour, le personnage principal couche avec sa bonne qu’il ne voyait pas jusque là, puis la bonne a un cancer elle aussi (matérialisé par une actrice), puis le fils de seize ans, joué par le prometteur Émile Berling, revient et couche aussi avec la bonne, et ainsi de suite. Remarquons l’autocitation, courante chez les réalisateurs : l’écrivain cancéreux qui devient l’amant d’une femme pas très jolie rappelle Depardieu tombant amoureux de Josiane Balasko alors qu’il est marié avec Carole Bouquet, dans Trop belle pour moi, du même Blier.

La fin est une pirouette : les deux cancéreux feignent d’avoir été victimes d’une agression mortelle par deux gangsters, et, face à deux cadavres dont ils ne peuvent plus rien faire, les deux cancers prennent la poudre d’escampette. Les deux ex-cancéreux, ainsi guéris, partent en vacances au soleil.

Histoire de rire, on notera que le générique de fin est musiqué par la navrante Nina Simone, massacrant la fameuse chanson de Brel Ne me quitte pas, dont on sent bien qu’elle ne comprend pas les paroles. Vu que Jean Dujardin passe son temps à boire du vin blanc – d’où les glaçons du titre –, on aurait pu lui faire chanter « Ne te cuite pas ».

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Salt

Vendredi 27 août 2010

Réalisé par Phillip Noyce

Sorti aux États-Unis le 19 juillet 2010

Sorti en France le 25 août 2010

Un transfuge russe, qui se dit condamné par un cancer et n’ayant donc rien à perdre, est interrogé, dans les locaux de la CIA, par le super-agent Evelyn Salt (Pepper devait être en congé), que joue Angelina Jolie. Là, il affirme que celle qui l’interroge est une taupe de l’ex-KGB, infiltrée aux États-Unis depuis l’enfance – un thème souvent utilisé, par exemple dans Little Nikita, avec River Phoenix et Sidney Poitier, en 1988. Comme ses collègues semblent croire à cette version qui l’accuse, elle s’échappe, pendant que le transfuge sort tranquillement des locaux de la CIA, par la porte, sans être inquiété. Commence alors un film-poursuite épuisant (pour le spectateur, notamment à cause de la musique, toute de percussions, tonitruante et quasi-incessante, destinée à soutenir l’attention du public, au cas où les images n’y suffiraient pas).

Le complot russe, lui, est assez tordu : d’abord, faire assassiner... le président russe pendant une visite aux États-Unis, puis une autre taupe enverra des missiles sur l’Iran et sur La Mecque, afin de provoquer contre le gendarme du monde une vague de haine mondiale qui causera sa perte. Comme si cette haine n’existait pas déjà dans le monde musulman... Bref, les Russes rejouent à la guerre froide et veulent la réchauffer. C’est d’un crédible ! Mais comme on se doute bien qu’Angelina ne peut pas jouer une espionne russe qui veut détruire les États-Unis, on s’attend à une multitude de rebondissements, qui surviennent en effet.

En réalité, ce film est un vulgaire clone du feuilleton Alias, dont seuls ceux qui n’ont pas la télévision ignorent qu’il était tout à la gloire de la CIA, laquelle, en effet, avait bien besoin qu’on redore son blason un peu terni. Néanmoins, la fin est absente, ce qui laisse augurer (craindre !) qu’une suite va nous être infligée dans un an ou deux : prisonnière de ses ex-collègues de la CIA, Evelyn Salt saute d’un hélicoptère dans le fleuve Potomac, et le dernier plan la montre courant dans les bois. Nul doute que la CIA la rattrapera, et la traitera avec cette qualité d’écoute, cette mansuétude et cette humanité qui ont fait sa réputation mondiale.

En bref : inutile de se déranger.Haut de la page

Cinéphiles en herbe

Dimanche 29 août 2010

Ce n’est pas forcément une idée idiote que de créer un festival destiné à initier les enfants au vrai et bon cinéma. C’est pour cela que Mon Premier Festival existe à Paris, et qu’il aura lieu du 27 octobre au 2 novembre (le jour des Morts, quelle bonne idée pour la clôture !).

Oui, mais...

Il se trouve que cette année, pour la sixième édition de ce festival qui se déroulera dans dix salles parisiennes et au Forum des Images, on a inclus un hommage à... Louis de Funès ! Un grand bravo. Sauf dans les films réalisés ou produits par Robert Dhéry, ce pitre n’a joué que dans d’ignobles navets, en général réalisé avec les pieds par les pires metteurs en scène du pays, tel Jean Girault. Et je compte Gérard Oury parmi ces pires, car tous ses films brillaient par leur vulgarité, même si on feint de penser le contraire. Voilà donc l’exemple de vrai et bon cinéma qu’on va proposer aux gosses. De quoi fabriquer une génération d’abrutis incultes, comme s’il y avait pénurie.

Lors de la sortie d’un de ses films, « Le Canard enchaîné » avait écrit à peu près (je cite de mémoire) : « On prétend que Louis de Funès est plus intelligent que les films dans lesquels il joue. Pas d’accord. Pour faire des films aussi cons, il faut être con ». J’adhère !

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Cleveland contre Wall Street

Lundi 30 août 2010

Réalisé par Jean-Stéphane Bron

Sorti en France (Festival de Cannes) le 16 mai 2010

Sorti en France le 18 août 2010

Un brûlot contre les banques, réalisé par un acteur-réalisateur suisse ? Ce Jean-Stéphane Bron va finir dans le Lac Léman, avec une roue de gruyère attachée aux pieds...

Ce film est un résumé très succinct d’une action intentée par la ville de Cleveland, où de nombreux quartiers pauvres ont été ravagés par les expulsions qu’a causées le système bancaire dit « des subprimes » – en clair, les banques poussent les pauvres, jamais les riches, à s’endetter pour améliorer l’état de leur maison ou pour en acheter une, sachant bien qu’ils ne pourront pas payer, et que leurs possessions tomberont dans l’escarcelle des prêteurs. Ce procès imaginaire, joué par de vrais avocats, un vrai juge et de vrais témoins, s’est déroulé le 11 janvier 2008, sur place, et l’avocat Josh Cohen (pas très bon, d’ailleurs) poursuivait vingt-et-une banques de New York. On ne nous dit pas clairement si l’avocat des banques, plutôt meilleur, a été réellement engagé par elles. Disons tout de suite que la règle exigeait un verdict prononcé par une majorité de six jurés sur huit, et que celui qui fut rendu, à cinq contre trois, ne permit pas de « condamner » les banques.

Étrange, ce procès. Les deux avocats demandaient leur avis aux témoins et les interrogeaient sur leurs impressions, ce qui est tout à fait contraire à la pratique des tribunaux aux États-Unis, sans que jamais le juge ni la partie adverse fassent objection ; un témoin est un garçon de quatorze ans, à qui l’avocat des plaignants, ne s’intéressant à aucun fait, veut seulement faire dire ce qu’il ressent à devoir bientôt être expulsé de sa maison ; puis le même garçon, témoin donc, demande au juge s’il peut « poser une question à Josh » (l’avocat, qu’il désigne ainsi par son prénom), et le juge l’y autorise ! Jamais on n’a vu de pareilles absurdités dans un véritable tribunal. Mais les critiques du film et le public semblent avoir pris tout cela au sérieux...

Sur le fond, la déposition d’un témoin, spécialiste des pratiques bancaires, permet tout de même d’éclairer un peu la question des subprimes, mises au goût du jour par les banques : on recherche de futurs clients choisis dans les quartiers pauvres, on les pousse à s’endetter, à payer cette dette avec des cartes de crédit basés sur un compte quasi-vide, ce qui augmente la dette, et on augmente le taux d’intérêt (jusqu’au double du taux habituel) en argüant du « risque » pris par la banque en prêtant à des gens insolvables, ce que résumait très bien Coluche : moins tu peux payer, plus tu payes. Et lorsque le fruit est mûr, c’est-à-dire le client incapable de faire face, on saisit tout ce qu’il possède et on le jette à la rue.

En bref : à voir à la rigueur.Haut de la page

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Sites associés :    Yves-André Samère a son bloc-notes 125 films racontés

Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 septembre 2015.